Le recteur de l’Oratoire Saint-Joseph, Claude Grou, a été poignardé en pleine messe, vendredi matin.

Prêtre poignardé en pleine messe: un acte isolé disent deux évêques de la région

MONTRÉAL — Un prêtre a été poignardé en pleine messe à l’oratoire Saint-Joseph, vendredi matin.

Le recteur de l’oratoire, le père Claude Grou, aurait été agressé subitement, peu avant l’évangile, selon un témoin.

«Il y a un homme, un jeune homme, qui s’est levé et qui, vite, est allé devant, dans le sanctuaire, derrière l’autel où l’abbé Claude Grou était. Personne ne savait ce qui se passait exactement et j’ai vu que le prêtre bougeait un peu, loin de cette personne», a raconté Philip Barrett, qui a été témoin de la scène.

«Il l’a frappé. Je n’ai pas vu clairement comment il l’a frappé, mais c’était vers son corps, puis après je pense que le prêtre a tombé. Tout de suite, les gens ont réagi et sont allés vers le devant de l’église», a-t-il ajouté.

Si ce triste incident ne les laisse pas indifférents, deux évêques de la région assurent qu’il ne les incite pas à renforcer la sécurité dans les lieux de culte où ils officient. Le recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et évêque auxiliaire de Trois-Rivières, Pierre-Olivier Tremblay, rappelle d’ailleurs que des mesures de sécurité non négligeables existent déjà au Sanctuaire.

«On a déjà une équipe qui vient régulièrement, en particulier lors des messes de la fin de semaine, souligne-t-il. On travaille aussi avec une firme de sécurité lors des événements, par exemple, le Festival de l’Assomption. Je ne vois pas la nécessité d’augmenter de manière massive nos mesures de sécurité, mais on va évaluer la question.»

Le recteur du Sanctuaire ajoute d’ailleurs que son organisation songe à améliorer la sécurité, notamment la surveillance des entrées, dans le cadre de son projet de développement, dont la première de trois phases devrait être terminée en 2021.

Il assure également ne jamais avoir été témoin d’altercations qui auraient pu dégénérer lors de célébrations religieuses, pas plus que de tels incidents ne lui ont été rapportés par des collègues. Ce qui ne veut pas dire qu’il se croit à l’abri de tout problème.

«Je n’ai jamais été témoin de ça et ça fait 20 ans que je suis prêtre, indique-t-il. Mais on accueille tout le monde et des fois, les gens traversent des épreuves difficiles. Ils vont parfois parler plus fort et être plus émotifs, mais ce n’est jamais allé plus loin, pas à ma connaissance. Mais ça peut toujours arriver. Ailleurs dans le monde, des prêtres ont déjà été assassinés.»

L’évêque de Nicolet, André Gazaille, assure également ne pas craindre davantage pour sa sécurité après les événements de vendredi matin. «C’est bien dommage, on s’attend à ce que les lieux de culte soient sécuritaires, parce que ce sont des lieux de paix, indique-t-il. Mais je ne suis pas porté à m’en faire trop pour ma sécurité, j’ai l’impression que c’est vraiment un acte isolé. Si ça avait été organisé, je ne crois pas qu’il (l’auteur de l’agression envers le père Grou) aurait raté son coup.»

Mgr Gazaille indique cependant que si de tels incidents devenaient plus fréquents dans l’avenir, il y aurait alors lieu de repenser la sécurité dans les lieux de culte catholiques.

Pierre-Olivier Tremblay, recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et évêque auxiliaire de Trois-Rivières, ne croit pas que cet événement nécessite que l’on renforce la sécurité dans les lieux de cultes catholiques.

Comme Mgr Tremblay, l’évêque de Nicolet souligne qu’il n’a jamais été témoin d’altercations lors de messes auxquelles il officiait ou assistait. «On peut se faire accuser de choses, comme se faire traiter de pédophile, mais ça se comprend dans le contexte actuel, nuance-t-il. Personnellement, ça m’est déjà arrivé, mais jamais lors de célébrations. Les gens sont respectueux dans les lieux de culte.»

Les deux prêtres ont indiqué bien connaître le père Grou, qu’ils se disent soulagés de savoir hors de danger.

L’homme n’a pas résisté

Au moment de l’arrivée des policiers sur les lieux, le suspect était déjà détenu par le service de sécurité. Selon M. Barrett, l’homme n’a pas résisté lorsqu’il a été maîtrisé par le personnel de sécurité.

«L’assaillant était par terre, calme, et avait deux hommes par-dessus lui qui le maintenaient», a raconté une autre témoin de la scène, Adèle Plamondon.

La porte-parole de l’oratoire, Céline Barbeau, a confirmé que le père Grou a été transporté par ambulance, dans un centre hospitalier.

«Nous sommes rassurés, parce que quand il a quitté l’oratoire il était conscient et il pouvait parler, ce qui est pour nous un bon signe», a-t-elle confié. Elle estime par ailleurs que l’intervention rapide du personnel de sécurité a permis de limiter les dégâts.

La porte-parole du SPVM, Caroline Chèvrefils, a précisé que le prêtre a été blessé légèrement «au haut du corps».

La scène a été protégée par les enquêteurs, a précisé le SPVM.

Diffusée en direct

Céline Barbeau rappelle que la messe est diffusée en direct sur le site de l’oratoire, de sorte que plusieurs internautes ont pu être témoins de l’agression. Elle ne pouvait toutefois pas préciser si la diffusion a rapidement été interrompue après l’incident.

Des mesures de sécurité ont par ailleurs été mises en place pour les personnes qui souhaitaient assister à une autre messe, présentée à la basilique du cinquième étage de l’oratoire, pendant la journée.

«L’oratoire est quand même un lieu de prière. Alors on peut imaginer qu’il y a des gens qui vont venir prier pour le père Grou», a noté Mme Barbeau.

André Gazaille, évêque de Nicolet, espère que l’attaque perpétrée contre le père Claude Grou restera un cas isolé.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a réagi à l’agression sur Twitter.

«Quel geste horrible et inexcusable qui n’a aucunement sa place à Montréal. Je suis soulagée d’apprendre que la vie du père Claude Grou, recteur de l’@osjmr, est hors de danger et que son état est stable. Au nom de tous les Montréalais, je lui souhaite prompt rétablissement.»