Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec conserve la grande majorité des nouveaux préposés aux bénéficiaires formés cet été.
Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec conserve la grande majorité des nouveaux préposés aux bénéficiaires formés cet été.

Préposés aux bénéficiaires: peu de départs, mais une préoccupation à moyen terme

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Les préposés aux bénéficiaires fraîchement arrivés dans le réseau de la santé après avoir suivi une formation accélérée tiennent le coup à travers un milieu de travail exigeant. Mais la frustration éprouvée par des préposés concernant leurs conditions salariales amène le syndicat à redouter la perte de plusieurs employés d’ici un an.

Dans un article publié en début de semaine, La Presse rapportait que 28 départs avaient été compilés par le ministère de la Santé parmi la première cohorte de quelque 5300 préposés formés en accéléré au cours de l’été, mais que bon nombre de ces derniers ont l’intention de quitter leur poste en raison notamment d’un manque d’encadrement et de fausses promesses reliées au traitement salarial.

Le 15 septembre, 341 préposés aux bénéficiaires ont fait leur entrée dans le réseau en Mauricie et au Centre-du-Québec. De ce nombre, cinq ont remis leur démission. Cela les forcera à remettre leur bourse d’études s’élevant à quelque 9000 $, car le contrat signé avec le gouvernement dans le cadre de cette formation prévoit qu’ils doivent travailler au moins un an au sein du réseau.

Cinq départs en un mois, c’est peu, observe Pascal Bastarache. Mais le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec pense que les préposés sont nombreux à vivre de la frustration concernant le traitement salarial: le gouvernement du Québec a attiré de nombreux citoyens à s’inscrire à cette formation accélérée en parlant d’un salaire horaire de 26 $ l’heure. Mais pour arriver à ce montant, il faut comptabiliser certaines primes qui sont associées à différentes conditions. Des préposés se retrouvent ainsi à gagner autour de 20,55 $ l’heure, soit le salaire de base régi par les conventions collectives.

«Le gros malaise est la paie pour les nouveaux préposés. On voit la suite logique des propos mensongers de François Legault. On se met à la place de personnes qui ont démissionné de poste de 24 ou 25 $ l’heure et qui ont été attirées par le travail de préposé pour aider leur prochain. Je peux les comprendre d’être fâchés. Ils gagnent moins cher et ils sont pris avec des contrats d’engagement. C’est une tactique scandaleuse, les personnes l’ont sur le cœur. D’ici un an, on est préoccupé de voir combien de personnes vont rester au travail.»

Selon Guillaume Cliche, les raisons évoquées par les démissionnaires sont la nature du travail et la conciliation des horaires avec la vie familiale, et non pas le salaire.

«En ce qui concerne les conditions de travail, on a eu des appels et des interventions de la part de nouvelles préposées. Ce n’est pas une raison qui a mené aux départs. Les gens gagnent 26 $ l’heure selon certaines conditions, avec les primes. C’est ce qu’on donne comme information depuis le début. Est-ce qu’on sent une vague de départs? Ce n’est pas l’indication que nous avons et ce n’est pas ce que nous souhaitons. J’ai rencontré les gens de la nouvelle cohorte et ce n’est pas le son de cloche que j’ai», mentionne l’agent d’information du Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Pascal Bastarache

Des problèmes d’encadrement et d’accueil réservé aux nouveaux préposés aux bénéficiaires par les anciens ont été aussi soulignés dans le reportage de La Presse. Les choses semblent mieux se passer dans la région.

«Ce n’est pas du tout une question d’accueil et d’accompagnement. On a fait beaucoup de travail de sensibilisation auprès de nos équipes. L’accueil est primordial pour retenir ces gens. Ça a été bien reçu par notre personnel», dit M. Cliche.

«Il n’y a pas de friction ici entre les nouveaux et les anciens préposés, confirme Pascal Bastarache. On voit de la grogne dans d’autres régions: certains préposés pensent que d’autres gagnent plus cher, mais c’est faux. On a informé nos membres. On a fait beaucoup de validation. Les nouveaux ont été bien accueillis.»

Les préposés aux bénéficiaires se trouvent en pleine période de négociations avec le gouvernement dans le but de renouveler leur convention collective échue depuis mars. Pascal Bastarache rappelle que les demandes syndicales abordent la question salariale, mais aussi d’autres mesures qui vont contribuer à garder les employés en poste.

«François Legault va jouer un rôle dans l’histoire du Québec avec ses actions concrètes pour 2020 et 2021. Il va faire sombrer le réseau de la santé ou le sauver.»

Une deuxième formation avec moins d’élèves

La deuxième formation en accéléré a débuté mardi avec 121 élèves. Ceux-ci ont été recrutés parmi les aides de service du CIUSSS et dans la liste d’attente des gens inscrits à la première formation. Ce nombre est inférieur aux 172 bourses attribuées par le gouvernement du Québec, confirme Guillaume Cliche.

«L’appel de candidatures a été fait par le gouvernement. Il manque 51 bourses pour lesquelles on va tenter de lancer une troisième cohorte au milieu de l’hiver. Mais pour ce qui est la nature de la tâche d’un préposé, on pense qu’il y aura moins de surprise, car les élèves sont majoritairement des aides de service.»

Les 121 élèves en classe à Trois-Rivières, à Nicolet, à Drummondville et à Victoriaville suivent la même formation offerte lors de la première cohorte. La formation prendra fin au début du mois de février.