Pascal Bastarache

Préposés aux bénéficiaires: le syndicat interpelle la ministre de la Santé

TROIS-RIVIÈRES — Estimant que le temps supplémentaire obligatoire (TSO) est utilisé au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) comme un outil de gestion comme les autres, le syndicat qui représente les préposés aux bénéficiaires interpelle la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. Le syndicat lui a envoyé une lettre l’invitant à venir constater elle-même sur le terrain les conditions de travail difficiles des préposés aux bénéficiaires.

Le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers – CSN, Pascal Bastarache, évoque dès les premières lignes de cette lettre l’événement survenu en décembre dernier au Centre Saint-Joseph où dix préposés ont dû demeurer au travail, car une personne du quart de soir était absente. Lorsque cet événement était survenu, le syndicat avait même soulevé la possibilité d’appeler la police, si jamais un gestionnaire contraignait physiquement un travailleur à demeurer en place. 

«Malheureusement, cet événement [du Centre Saint-Joseph] n’est pas un cas isolé. Nous pourrions vous énumérer d’autres exemples où la gestion du TSO se fait au détriment de nos membres», a écrit le président du syndicat dans la lettre. 

«Malgré de nombreuses rencontres, notre employeur, qui dit admettre qu’il y a un problème, n’a pas amélioré la gestion du TSO. Nous n’en pouvons plus. Cette situation inhumaine, qui a de graves répercussions sur la population, ne peut plus durer.»

À la suite des événements de décembre dernier, la ministre de la Santé et des Services sociaux s’était prononcée en affirmant que le recours au TSO ne devrait «pas être une pratique systématique». 

«Or, le TSO est la norme au CIUSSS MCQ. Il est utilisé comme moyen de gestion, et ce, au quotidien», a poursuivi Pascal Bastarache dans la lettre envoyée à la ministre. «Nous vous demandons donc d’intervenir personnellement auprès du CIUSSS MCQ pour que ce dernier cesse cette pratique.»

Le syndicat souhaite rencontrer la ministre pour lui parler du recours au temps supplémentaire obligatoire, mais aussi des conditions de travail des préposés. Pascal Bastarache explique en entrevue que la pénurie de préposés dure depuis des années et que les conditions actuelles de travail ne favorisent pas le recrutement. 

«On a beau dire qu’on veut embaucher du personnel, mais les conditions de travail des préposés rendent difficiles ces embauches. Et on ne parle même pas du salaire», affirme le président du syndicat qui soutient que la réforme de la santé de l’ancien ministre Gaétan Barrette a nui au recrutement et continue d’avoir des impacts négatifs sur le réseau encore aujourd’hui.  

«Quand c’était le temps d’embaucher, on ne l’a pas fait parce que nous étions en mode coupes.»

Par ailleurs, Pascal Bastarache ne souhaite pas qu’une visite de la ministre de la Santé ait lieu alors que tout a été mis en œuvre pour «camoufler» les problèmes. «On veut qu’elle vienne visiter pour prendre conscience de la situation», mentionne-t-il. «Nous n’avons pas besoin d’une visite ministérielle où tout semble parfait sur le terrain et qu’il n’y a pas de manque.»

La lettre envoyée à la ministre de la Santé et des Services sociaux a été accompagnée d’une quarantaine de témoignages de préposés aux bénéficiaires et d’autres professionnels de la santé ayant été contraints de faire du TSO. «C’est en partie la raison pour laquelle je suis partie en arrêt de travail pour épuisement professionnel le 11 août 2018 et que j’essaie encore de m’en remettre», peut-on lire dans ces témoignages. 

«J’ai été obligé de rester en TSO, sinon il y avait une note à mon dossier. J’étais carrément épuisée et cela a fait que j’ai été en arrêt pour maladie durant trois mois. C’est sans compter les nombres de jours qu’on est moins de travailleurs. Nous sommes tous épuisés, sans exception», lit-on dans un autre témoignage. 

«Je revenais de mon opération et mon médecin m’a fait un papier comme quoi je ne devais faire aucun temps supplémentaire pour retrouver la santé. Eh bien, savez-vous quoi, ils n’ont pas accepté mon papier du médecin et je me suis fait menacer, car je ne voulais pas faire de TSO. Il a fallu que ce soit les infirmières qui me remplacent. Imaginez comment je me faisais regarder. [...] Le moral ensuite n’y était pas, j’étais épuisée et je me suis blessée», poursuit une autre préposée aux bénéficiaires. 

Le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers affirme que les absences de travailleurs pour des raisons de santé, notamment pour épuisement et dépression, sont constamment à la hausse au CIUSSS MCQ ces dernières années. 

Le syndicat n’a pas encore eu de réponse de la part de la ministre de la Santé. Il a toutefois eu un avis de réception de la lettre.