Sandrine Bellerive est contrainte de s’exiler à Victoriaville pour suivre une formation de préposé aux bénéficiaires, après avoir essuyé un refus au Centre de formation professionnelle Bel-Avenir.

Préposés aux bénéficiaires: la formation contingentée à Trois-Rivières

TROIS-RIVIÈRES — Dans un contexte où l’on cherche désespérément à augmenter le nombre de préposés aux bénéficiaires aptes à œuvrer dans le réseau de la santé, la formation en «assistance à la personne en établissement et à domicile» offerte à Trois-Rivières n’est pas à la portée de tous. C’est la réalité à laquelle doit faire face Sandrine Bellerive, contrainte de s’exiler à Victoriaville pour suivre sa formation, après que sa candidature eut été rejetée par le Centre de formation professionnelle Bel-Avenir. Une situation qui surprend et choque Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers – CSN. «Dans le contexte, c’est inacceptable», déclare-t-il.

Mme Bellerive, qui obtiendra son diplôme d’études secondaires dans quelques jours, a présenté une demande d’inscription au Centre Bel-Avenir en janvier 2019 dans le but de devenir préposée aux bénéficiaires. Elle dit se sentir interpellée par les gens qui souffrent autour d’elle et avoir envie de faire une différence. De plus, dans une démarche d’orientation professionnelle, celle qui habite à Saint-Étienne-des-Grès avait participé au programme «étudiant d’un jour», dans l’établissement d’éducation professionnelle.

À la suite de sa demande d’admission, elle est convoquée pour subir des tests d’aptitudes et de personnalité. Obligatoires, ces tests sont d’une durée approximative de deux heures. Cette étape étant passée — nous sommes en mars —, on l’invite en entrevue. Cette fois, aux côtés d’autres candidats, dont plusieurs sont plus âgés qu’elle et visiblement dans un processus de réorientation, elle doit répondre à des mises en situation. Les entrevues sont conduites en groupe de huit candidats, relate-t-elle. Si elle se sent confiante, au terme de l’épreuve, elle est aussi consciente qu’elle est en compétition avec des gens qui ont assurément plus d’expérience qu’elle et qui n’en sont pas à leur première entrevue.

Le 2 avril, Sandrine reçoit un courriel l’informant que sa candidature n’a pas été retenue. Déçue, mais déterminée, la jeune femme ne se laisse pas abattre. La même formation est offerte au Centre de formation professionnelle 20 20 de Victoriaville. Elle y envoie une demande d’admission. Un accusé de réception l’informe que son inscription est acceptée sans autres formalités. Elle entamera donc sa formation en septembre prochain. La jeune femme devra ainsi trouver à se loger, loin du domicile familial, pour les quelques mois que dureront ses cours.

Le processus de sélection du Centre Bel-Avenir

Denis Laroche, directeur adjoint à Bel-Avenir, explique qu’environ 60 à 70 personnes postulent habituellement en début d’année pour la formation de préposé aux bénéficiaires. Les candidats subissent d’abord des tests de psychométrie. Déjà, soutient-il, plusieurs ne se présentent pas à l’épreuve. Suivant les résultats, une quarantaine d’entre eux sont retenus et convoqués en entrevue de groupe.

Dans la foulée du processus d’entrevue, une cohorte de 22 à 24 étudiants est formée et une liste d’attente est constituée. Un certain nombre de candidats, à l’instar de Sandrine Bellerive, voient leur candidature tout simplement rejetée.

M. Laroche indique que la plupart des étudiants sur la liste d’attente sont éventuellement rappelés, puisque le taux d’abandon est élevé. Il arrive même que des candidats dont la candidature avait été rejetée soient rappelés, si la liste d’attente est épuisée.

Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers – CSN, trouve inacceptable que la formation de préposé aux bénéficiaires soit contingentée à Trois-Rivières, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.

Questionné sur la réponse positive qu’a reçue Mme Bellerive au Centre de formation professionnelle 20 20 de Victoriaville, M. Laroche concède que certains établissements ont opté pour l’admission systématique de tous les candidats. Or, ceux-ci présenteraient un taux d’abandon «extraordinaire», selon lui.

Si une telle approche d’admission générale a déjà été envisagée à Bel-Avenir, le maintien du processus de «filtrage» présente l’avantage, selon le directeur adjoint, de sélectionner les candidats présentant le profil requis pour œuvrer auprès de patients. «On a quand même une responsabilité», soutient M. Laroche, qui croit qu’il ne revient pas aux hôpitaux de faire tout le travail de sélection lors du processus d’embauche.

Par ailleurs, M. Laroche indique que son établissement d’enseignement doit aussi se prémunir contre les forts taux d’abandon. C’est d’ailleurs ce qui se vit à La Tuque en ce moment, explique-t-il. Un nombre élevé d’inscriptions y justifiait cette année l’ouverture d’un groupe, or celui-ci ne compterait plus que 13 étudiants à l’heure actuelle. Une situation qui n’est pas viable, selon lui. «Au niveau des financements, à La Tuque, on paye pour aller là», déplore-t-il. Il relate que l’ouverture de nouvelles cohortes en janvier a été abandonnée à Trois-Rivières pour éviter une telle problématique.

Si Bel-Avenir ouvrait ses portes à tous ceux qui posent leur candidature, la question des ressources humaines serait problématique, selon M. Laroche. «Mon groupe qui n’est plus à 22 parce que j’ai un taux d’abandon à 50 %, je n’ai plus d’argent pour le payer. Je peux le faire pour un groupe, mais si tous les groupes sont comme ça, je n’arriverai plus», maintient-il.

«On ne pourrait pas tout prendre ceux qui appliquent», laisse tomber le directeur adjoint. «Nos filtres sont bons», affirme-t-il. M. Laroche convient toutefois que «l’on peut passer à côté de bonnes candidatures, ce n’est pas des recettes miracles». Il fait finalement valoir que les candidats dont le dossier a été rejeté peuvent toujours tenter leur chance à nouveau.

«Complètement illogique», selon le Syndicat

Le président syndical Pascal Bastarache trouve inacceptable que le ministère de la Santé et des Services sociaux débloque des fonds pour attirer davantage de candidats désireux d’œuvrer dans le réseau de la santé, pendant que le ministère de l’Éducation pose des balises pour s’assurer de la rentabilité de ses opérations.

«Même s’il y a des pertes dans une cohorte — et là encore, on ne peut pas le présumer, insiste-t-il — je crois que c’est un investissement que le gouvernement doit faire de toute urgence, surtout si on a des personnes qui veulent travailler comme préposés aux bénéficiaires», plaide-t-il.

M. Bastarache, pour qui la situation de Sandrine Bellerive jette un éclairage nouveau sur le processus d’inscription au Centre de formation professionnelle Bel-Avenir, entend bien porter la question à l’attention de la ministre de la Santé Danielle McCann. «On va voir s’ils peuvent se parler entre ministères», indique-t-il, qualifiant la situation de «complètement illogique».