Élianne Picard, une préposée aux bénéficiaires du CHSLD Laflèche, a frôlé la mort après avoir contracté la COVID-19.
Élianne Picard, une préposée aux bénéficiaires du CHSLD Laflèche, a frôlé la mort après avoir contracté la COVID-19.

Préposée du CHSLD Laflèche aux soins intensifs: «Je veux juste que ça n’arrive plus à personne»

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
La COVID-19 a conduit Élianne Picard jusqu’à l’antichambre de la mort. Aux soins intensifs, plongée dans un coma artificiel, placée sous respirateur, elle a oscillé entre la vie et la mort pendant plusieurs jours. Tout ça pour avoir tout simplement fait son travail de préposée aux bénéficiaires au CHSLD Laflèche.

Maintenant sortie du coma, elle est extrêmement affaiblie. Elle a réussi à parler au président de son syndicat, Pascal Bastarache, qui a partagé le message qu’elle souhaitait transmettre au gouvernement. «Je veux juste que ça n’arrive plus à personne ce que je vis, car présentement ce n’est vraiment pas évident. J’ai tout donné et maintenant je ne suis même plus capable de faire 10 pas.»

Toujours hospitalisée au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR), elle espérait, mercredi matin, obtenir des services pour accélérer sa guérison. «En ce moment, je n’ai même pas accès à de la physiothérapie et de l’ergothérapie pour m’aider à reprendre le dessus. Je régresse de jour en jour, aidez-moi s’il vous plaît.»

Son cri du coeur a été entendu puisqu'en fin d'après-midi, elle a appris que dès jeudi, elle allait bénéficier de ces services.


« J’ai tout donné et maintenant je ne suis même plus capable de faire 10 pas. »
Élianne Picard, préposée aux bénéficiaires du CHSLD Laflèche

Après un premier cas au CHSLD Laflèche, la préposée, âgée de 55 ans, a dû se placer en isolement, le 22 mars, comme tout près d'une vingtaine de collègues. Mais contrairement à plusieurs, elle n’est jamais retournée au Centre Laflèche. «Sa condition sans crier gare s’est détériorée d’une façon rapide. Elle s’est retrouvée dans un coma artificiel aux soins intensifs. Elle se réveille dans une situation où elle n’est même pas capable de faire dix pas, elle a de la difficulté à parler. Elle est extrêmement épuisée, découragée et surtout choquée de voir ce qui se passe en ce moment, et de quelle façon elle a été traitée comme le reste de ses collègues», déplore Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS MCQ (SPPSAM-CSN).

Elle et son conjoint, Stéphane Rheault, ont été testés le 23 mars. Le 23 mars, c’était d’ailleurs le premier anniversaire du couple.  «On avait des projets et disons qu’ils sont tombés à l’eau», lâche M. Rheault. Ils ignoraient alors les journées d’enfer qu’ils s’apprêtaient à vivre. Ils ont obtenu les résultats quatre jours plus tard: positifs tous les deux. Mais Mme Picard était déjà malade. Fièvre, toux, difficultés à respirer. Le samedi 28 mars, elle est au plus mal. C’est l’ambulance qui vient la chercher. Direction: le CHAUR. Son conjoint ne peut que la regarder partir sans savoir quand il la reverra. Le lundi 30 mars, elle est plongée dans le coma pour maximiser ses chances de survie.

M. Rheault vit ce drame à distance puisque les visites sont interdites. De toute façon, il est lui-même en quarantaine. Il est dans l’angoisse la plus totale. «Je ne pouvais pas la voir et vu qu’elle était dans le coma, je ne pouvais même pas lui parler. Les dix jours qu’elle a été dans le coma, j’étais sûr de la perdre. Le docteur m’appelait tous les jours. Il me disait : ‘’Ça s’est dégradé, ça s’est dégradé’’. C’est incroyable comme c’est dur à vivre.»

Qu’est-ce qu’il a trouvé le plus difficile? «De ne pas être à ses côtés», répond-il sans hésitation. «J’aurais aimé lui tenir la main», ajoute-t-il.

Stéphane Rheault et Élianne Picard

« J’aurais aimé lui tenir la main. »
Stéphane Rheault

Il est passé au travers «en espérant», dit-il. «Il ne faut pas que tu aies tout le temps des pensées négatives. C’est au jour le jour, mais ce n’est pas facile. Je ne souhaite à personne de vivre ça. »

De son côté, il était lui-même malade. Mais il avait des symptômes plus légers comme de la fatigue et des étourdissements. Mme Picard a été extubée vendredi dernier. Maintenant que sa conjointe est sortie du coma, M. Rheault est rassuré. Ils communiquent par Messenger.

Mme Picard est préposée aux bénéficiaires depuis plusieurs années, mais elle travaillait au CHSLD Laflèche depuis juillet. À part de l’asthme, elle n'avait pas de problèmes de santé particuliers, assure M. Rheault. «Elle est très en forme, je pense que c’est pour ça qu’elle est passée au travers.»

Tout ce qu’il espère maintenant c’est de pouvoir bientôt la serrer dans ses bras. «C’est effrayant comme j’ai hâte de la voir.»

Étant donné qu’elle est demeurée alitée aussi longtemps, sa réhabilitation sera longue. «C’est difficile ce qu’elle vit, et elle veut s’assurer que ça n’arrive plus à personne en raison d’un manque de prévention», note M. Bastarache.

En raison de son asthme, il croit qu'elle aurait dû être retirée plus tôt du travail. «Ça n’a pas de sens. Élianne a été l’une des premières touchées à la résidence Laflèche bien qu’elle ait mentionné à ses supérieurs qu’elle avait déjà une problématique de santé. On lui a dit qu’elle devait quand même continuer à travailler.»

Une deuxième préposée aux bénéficiaires du CHSLD Laflèche, âgée dans la quarantaine, est aux soins intensifs. Elle a été plongée dans le coma et placée sous respirateur au cours des derniers jours.

M. Bastarache espère que ses membres seront mieux protégés. «On n’a aucune louange à faire au gouvernement concernant les conditions dans lesquelles on est forcé de travailler.»

Pascal Bastarache, président du SPPSAM.

Au CHSLD Laflèche à Shawinigan, la mort continue d'ailleurs de frapper sans relâche. Trois autres résidents ont succombé à la COVID-19 en 24 heures. Le nombre de décès s'établit maintenant à 30. Cent trois résidents sont touchés, un de plus que mardi. Chez les employés, il y a 71 cas en hausse de deux.

Au CHSLD Laflèche à Shawinigan, trois autres résidents ont succombé à la COVID-19.

Du côté du CHSLD Mgr Paquin à Saint-Tite, on déplore un premier décès. Le nombre de résidents porteurs du coronavirus est d'ailleurs passé de 12 à 14 en 24 heures alors que les cas parmi les employés demeurent à cinq. C'est donc dire que 42% des usagers du CHSLD Mgr Paquin sont infectés.

La COVID-19 a pris une vie au CHSLD Mgr Paquin.

Nombre de cas de COVID-19 au CHSLD Laflèche

  • Nombre de résidents atteints: 103 
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 1
  • Nombre d'employés atteints: 71
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 2
  • Nombre de décès: 30

 Nombre de cas de COVID-19 au CHSLD Mgr Paquin

  • Nombre de résidents atteints: 14 
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 2
  • Nombre d'employés atteints: 5
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 1
  • Nombre de décès: 1

Source : CIUSSS MCQ


La Mauricie-Centre-du-Québec a franchi la barre des 50 décès liés à la COVID-19. Elle en compte maintenant 52, c'est une augmentation de neuf décès en 24 heures.

La COVID-19 gagne donc du terrain dans les résidences pour personnes âgées (RPA). Trois résidences de la région font d'ailleurs partie de la liste du gouvernement des RPA et CHSLD touchés par des cas de COVID-19, soit les Jardins Latourelle à Louiseville (30 résidents et 18 employés infectés, 5 décès), le Manoir Niverville (19 résidents, 15 employés, 2 décès) et le Pavillon Rigaud à Trois-Rivières (11 résidents, six employés, aucun décès).


Nombre de cas au 15 avril en Mauricie et au Centre-du-Québec: 862 [+ 32 par rapport au 14 avril]

- Mauricie: 731 

  • Trois-Rivières: 275 [+ 13]
  • Shawinigan: 253 [+ 8]
  • Maskinongé: 151 [+ 2]
  • Mékinac: 27 [ + 2 ]
  • Des Chenaux: 25 [ + 1 ]
  • Haut-Saint-Maurice:

- Centre-du-Québec: 131

  • Bécancour: 9 [ - ]
  • Nicolet-Yamaska: 6 [ + 1 ]
  • Drummond: 100 [+ 5]
  • Arthabaska: 16 [ + 1  ]
  • L’Érable:

 Décès : 52 [+ 9]

Source : CIUSSS MCQ

Le premier ministre François Legault a demandé aux médecins spécialistes de venir prêter main-forte au personnel dans les CHSLD. Certains, comme le maire de La Tuque, réclament l’intervention de l’armée. Du côté des syndicats, on veut des bras supplémentaires tout simplement. «Toute personne, qui a une certaine expérience dans le réseau de la santé et qui est formée, qu’elle soit en enseignement, dans les commissions scolaires, va assurément être la bienvenue», note M. Bastarache.

Le décret ministériel permettrait au CIUSSS d’obliger ses employés à travailler dans les CHSLD, mais on n’en est pas encore là, assure-t-on. «On fait appel à leur collaboration», note Guillaume Cliche, porte-parole.