Frédéric Dion

Premiers signes de civilisation

Je n'ai pas encore été chanceux hier (jeudi) au niveau de la chasse et de la pêche, mais j'ai trouvé une cache de chasse. Je suis donc allé voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Elle était abandonnée. J'étais assez déçu que mon premier signe de civilisation ne contienne rien pour moi.
Toutefois, c'était encourageant puisque ça signifiait que je m'approchais des chalets et de la civilisation. J'ai trouvé par la suite une deuxième cache, encore une fois abandonnée. Finalement, en fin d'après-midi, je suis tombé sur un chalet qui n'était pas abandonné. J'ai pu entrer à l'intérieur et j'ai retrouvé plusieurs choses qui m'ont manqué. Il y a un lit et de la nourriture non passée date comme des peppermints, des sachets de soupe et des arachides.
J'ai aussi pu me regarder dans un miroir et je suis absolument monstrueux. J'ai les oreilles enflées, des piqûres partout sur le visage et de la croûte en arrière des oreilles et sur les joues. Disons que je ne suis pas beau à voir. J'ai pu aussi me reposer pour la première fois et on dirait qu'en trouvant le chalet c'est comme si mon corps avait flanché. C'est comme si l'adrénaline venait de tomber.
J'ai dormi deux heures et au moment où je me suis levé mon pouls était à 75. C'est plus que deux fois mon rythme cardiaque au repos puisque habituellement ça se situe à 37. Pour moi ce chalet, c'est le luxe et le bonheur. Je vais prendre le temps qu'il faut pour me remettre d'aplomb et me refaire des provisions et des batteries avant de continuer, car ce que je viens de vivre c'est toute une épreuve. C'est cinq jours sans arrêt d'efforts, de combats contre le froid et les moustiques. Je vais rester au moins une journée, malgré que l'idée de me faire une fin de semaine comme le monde normal ne me déplaît pas.
Rivière Péribonka
Au chalet, j'ai mis la main sur des cartes et je sais où je me trouve: sur la rivière Péribonka qui mène au lac Saint-Jean, soit à 300 kilomètres d'où je suis. J'ai parcouru durant mes cinq jours 120 kilomètres et il m'en reste encore un autre 120 avant d'arriver à un endroit où on peut me rejoindre par la route. Je sais qu'en partant d'ici, je risque d'avoir une autre épreuve de trois à cinq jours à franchir. Je veux être certain de me faire des réserves et pouvoir me lancer confiant pour le reste. À 120 km, je suis sûr qu'il y a des gens qui vont m'offrir une bonne bière.