Christine Laliberté, présidente de l’AIPSQ.

Pour un meilleur accès aux soins

TROIS-RIVIÈRES — L’amélioration de l’accessibilité aux soins de santé passe sans hésiter par une plus grande autonomie des infirmières praticiennes spécialisées au cours des années à venir. Voilà l’un des constats que souhaite faire connaître l’Association des infirmières praticiennes du Québec (AIPSQ), qui est réunie en congrès à Trois-Rivières jusqu’à samedi soir.

En ouverture du congrès, vendredi midi, la présidente de l’AIPSQ Christine Laliberté a indiqué que de belles avancées avaient été faites au cours de la dernière année, mais qu’il restait encore beaucoup de travail à faire pour mieux faire reconnaître la profession, notamment en ce qui concerne les pouvoirs qu’on lui délègue comparativement aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ailleurs au Canada.

«Il y a quand même de belles avancées. Cette année, il y a eu un retrait de listes restrictives qu’on avait au niveau de la prescription de médicaments, des analyses de laboratoire et d’imagerie. Ça, c’est retiré et on a une pleine latitude. Par contre, on a encore des demandes de visites obligatoires vers nos médecins partenaires qui viennent embourber le système pour des choses que nous serions capables d’accomplir», constate Mme Laliberté.

À titre d’exemple, les infirmières praticiennes spécialisées dans le Canada anglais sont en mesure de poser des diagnostics, ce qui viendrait donner également plus de latitude aux infirmières praticiennes spécialisées québécoises si on leur en donnait le pouvoir. «Au Canada anglais, elles peuvent poser un diagnostic, l’annoncer à leur patient, amorcer des traitements, assurer un suivi et consulter les médecins partenaires au besoin si nécessaire. C’est ce qu’on souhaite au Québec aussi. On sait qu’on a la formation pour ça. On est parmi les infirmières praticiennes les mieux formées au monde, on a le plus d’heures de formation», ajoute la présidente, relatant que pour obtenir la reconnaissance d’infirmière praticienne spécialisée, la personne complète non seulement un baccalauréat, mais également un minimum de deux années de pratiques à la suite desquelles elle doit aussi compléter une maîtrise, un diplôme d’études spécialisées de même qu’un examen de certification.

Un meilleur accès aux soins de santé, martèle Mme Laliberté, passe donc par les infirmières praticiennes spécialisées. «On peut travailler auprès de notre clientèle sans constamment monopoliser le médecin qui est déjà en surcharge. Et si on travaille en collaboration à ce niveau-là, on va aller plus loin, nos patients vont avoir un meilleur accès et on va être plus efficace comme système de santé», mentionne-t-elle, rappelant que cette collaboration s’inscrit aussi avec les infirmières, infirmières auxiliaires, préposés aux bénéficiaires, ergothérapeutes et autres professionnels de la santé qui constituent l’ensemble des équipes de travail.

Propositions
À l’approche des élections provinciales, le dossier de la santé demeure l’un des plus chauds, et l’AIPSQ en est consciente, voyant en cette fenêtre électorale une opportunité en or de se faire entendre. D’ailleurs, les porte-paroles en matière de santé des deux grands partis d’opposition étaient présents à Trois-Rivières vendredi midi pour faire connaître leur position quant au rôle que devraient jouer les IPS au Québec.

La députée péquiste Diane Lamarre a réitéré que le manque d’accessibilité du système de santé actuel était inacceptable, et menait à une détresse évidente du personnel et des gestionnaires. Pour elle, les médecins ne suffisent plus à la tâche, et il devient urgent d’y remédier.

Un gouvernement du Parti québécois proposerait une augmentation des cohortes d’IPS pour passer de 255 à plus de 500, en plus d’une amélioration de la rémunération et une abolition des primes de supervision aux médecins. Le PQ souhaite également le décloisonnement des actes cliniques, un gel de rémunération des médecins et une révision complète de la charge de travail des infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires.

De son côté, le député de la CAQ François Paradis est d’avis que le prochain gouvernement devra provoquer le changement dans le milieu de la santé. «Nous avons une problématique majeure d’accessibilité. En 2016-2017, il y a eu 1 668 000 personnes qui se sont présentées dans les urgences du Québec pour un problème qui ne nécessitait pas une visite à l’urgence. Ce n’est pas rien, c’est 59 % des gens qui visitent aux urgences qui pourraient être traités ailleurs. Pour résoudre ça, la solution est ici», évoque-t-il, en faisant référence aux centaines d’IPS présentes à Trois-Rivières.

Toutefois, un tel changement passe aussi par un changement de culture et une éducation du public, ajoute François Paradis. «On est avec des modèles uniques imposés et ce n’est pas nécessairement les routes que l’on doit suivre. Si à chaque fois qu’on parle de l’interdisciplinarité, ça passe par une prime à verser, ça ne fonctionne pas», ajoute M. Paradis.

Quant à elle Christine Laliberté soutient que ce sont là d’intéressantes propositions des partis d’opposition, et souligne aussi le rôle de l’actuel ministre de la Santé pour les IPS. «Ils ont fait énormément de travaux pour s’assurer qu’on arrive là où on est. On a des choses qui nécessitent encore d’être travaillées avec les corporations et les ordres professionnels pour favoriser ce que le ministère a mis de l’avant», croit-elle.