Mariannick Mercure et Mathilde Cinq-Mars aiment bien emmener les petites Charlie-Rose et Bénédicte au restaurant. Elles ont créé un outil web pour répertorier les restaurants trifluviens «amis des bébés».

Pour savoir où aller manger avec bébé

Afin de faciliter la vie des jeunes familles qui souhaitent pouvoir emmener leur marmaille partout où ils en ont envie, deux mamans de Trois-Rivières viennent de développer un outil permettant de connaître les cafés et restaurants de Trois-Rivières qui sont «amis des bébés». Par ce geste, Mariannick Mercure et Mathilde Cinq-Mars espèrent encourager les commerçants soucieux de la réalité des jeunes familles, tout en brisant l'isolement que peuvent parfois vivre certains nouveaux parents.
Car même si la présence des enfants dans un lieu public comme un restaurant est une réalité qui est protégée par la Charte des droits et libertés de la personne, il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des parents qui ont parfois vécu des expériences désagréables dans certains commerces ou restaurants, tout simplement parce qu'ils étaient accompagnés d'enfants.
«Récemment, on a voulu réserver dans un restaurant du centre-ville, et pas forcément un cinq étoiles, mais bien un restaurant grand public. Quand on a mentionné à la dame au téléphone qu'il nous faudrait une chaise haute, elle a soupiré et nous a dit que ce n'était pas possible parce que la chaise haute allait être dans les jambes», raconte Mariannick Mercure.
C'est justement pour éviter ces désagréments aux nouveaux parents, mais surtout pour faire la promotion des commerces qui rendent la vie facile à ceux qui veulent sortir avec les enfants, que les deux amies ont créé une page sur Google où sont recensés certains restaurants classés en fonction de l'expérience vécue et rapportée par des parents de Trois-Rivières. 
On y retrouve aussi une liste de certains restaurants qui, en raison de la nature de leur permis d'alcool, ne peuvent permettre l'admission des enfants.
«Des fois, c'est difficile de s'y retrouver. Juste pour les microbrasseries, il y en a qui disent oui et d'autres non. Quand on arrive au Temps d'une pinte, par exemple, on est toujours les bienvenus avec les enfants. À d'autres places, on ne peut même pas venir en terrasse avec un enfant», constate Mathilde Cinq-Mars.
Mère monoparentale d'une petite fille de trois ans, Mathilde ne compte plus les fois où on lui a suggéré tout simplement de fréquenter les restaurants de grandes chaînes si elle souhaitait sortir et briser un peu son isolement. «Le problème, c'est qu'on n'a pas toujours envie de se retrouver tout le temps à la même place. Et les gens avec qui on souhaite aller manger, eux, n'en ont peut-être pas envie non plus. J'ai aussi envie d'essayer les restaurants locaux, d'encourager les restaurateurs d'ici, de découvrir d'autres endroits. On n'arrête pas de vivre parce qu'on a des enfants», constate-t-elle.
La carte est constamment mise à jour au gré des informations qui sont rapportées aux conceptrices, et vérifiées pour valider leur authenticité. 
«On ne s'en tient qu'à ce qui est permis ou non. Si un restaurant dit qu'il refuse une réservation parce que les chaises hautes sont dans le chemin, on va en faire mention. Par contre, si une personne a mangé dans un restaurant et a eu l'impression que la présence de son enfant exaspérait le serveur, c'est très subjectif alors on n'embarque pas là-dedans. On ne veut pas non plus commencer à faire le procès de certains établissements. On veut surtout faire la promotion de ceux qui nous facilitent la vie», ajoute Mariannick Mercure.
Pour le moment, l'outil web a été hébergé temporairement sur la page d'accueil du site Internet du Centre Ressources Naissance de Trois-Rivières (ressourcesnaissance.ca). 
La coordonnatrice de l'organisme, Marthe Tétreault, a d'ailleurs salué l'initiative qui, dit-elle, répondra à un besoin.
«Les mamans qui viennent ici avec leurs bébés en parlent souvent entre elles et s'échangent les bonnes adresses. Ça va certainement répondre à un besoin. C'est important que les commerçants se montrent aussi ouverts aux réalités des jeunes familles», a mentionné Mme Tétreault. Éventuellement, les deux conceptrices aimeraient trouver un organisme ou une entreprise qui acceptera d'héberger de façon permanente cet outil, ou encore mieux, d'en faire la promotion. «On a créé la page il y a seulement quelques jours et déjà, la réponse est excellente. On va voir ce qu'on peut faire pour développer ça et que ça devienne une référence», mentionne-t-elle.
Entre les droits et le bon jugement des parents
Bien peu le savent, mais le fait de pouvoir aller manger dans un restaurant avec un enfant est un droit protégé en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne. À l'exception de certains établissements dotés d'un permis d'alcool qui ne permettrait la présence de personnes mineures nulle part dans l'établissement, la plupart des restaurants doivent accepter les clients qui se présentent avec des enfants.
Il existe d'ailleurs de la jurisprudence en la matière. En 1995, le Tribunal des droits de la personne avait condamné un restaurateur de Val-Morin à dédommager des clients qui avaient été refusés, car le restaurant avait affiché une politique interdisant l'accès aux enfants de moins de quatre ans. Une pratique qui était contraire à la Charte des droits et libertés, avait tranché le tribunal.
La Cour suprême a d'ailleurs déjà indiqué que «la préférence de la clientèle n'est pas une défense à la discrimination et les droits de la personne ne peuvent être écartés pour des raisons uniquement commerciales». Ainsi, le prétexte que certains clients préféreraient un environnement sans enfant ne serait pas considéré comme une justification réelle et raisonnable de refuser un enfant dans un établissement, dit la jurisprudence.
Bon jugement
Une réalité qui doit toutefois être soumise au bon jugement de chacun, et surtout des parents, nuance l'Association des restaurateurs du Québec. «Ça ramène évidemment le débat de la place des enfants dans notre société. Mais il faut aussi rappeler que certains clients agissent parfois sans considération du reste de la clientèle, laissant leurs enfants courir partout par exemple. Un restaurant n'est pas non plus une garderie», remarque François Meunier, vice-président des affaires publiques et gouvernementales de l'ARQ.
Ce dernier reconnaît qu'on ne peut empêcher une personne mineure d'entrer dans un restaurant, mais plaide aussi pour le bon jugement des parents en toutes circonstances.
Un argument accepté par les deux conceptrices de l'outil web. «Évidemment, chacun connaît son enfant. Tous les enfants ne sont pas forcément turbulents. Si tu sais que ton enfant est capable de rester assis à dessiner et est d'une nature plutôt calme, pourquoi ce devrait être au restaurateur de juger en entrant s'il va déranger les autres? Le parent est la personne la mieux placée pour le savoir», évoque Mariannick Mercure.
Permis
En ce qui concerne les permis de restauration, il faut savoir faire la nuance entre ce qui est autorisé ou non. 
Les établissements munis d'un permis de bar, brasserie ou taverne ne peuvent admettre des personnes mineures. Par contre, ces établissements, s'ils exploitent une terrasse, peuvent admettre les personnes mineures en terrasse et ce, avant 20 h.
Par ailleurs, la présence de personnes mineures n'est pas interdite sur le site de fabrication d'un titulaire de permis de production artisanale, d'un titulaire de permis de producteur artisanal de bière ou d'un titulaire de permis de brasseur, ce qui est le cas des microbrasseries par exemple. Par contre si un détenteur de permis de brasseur est également titulaire d'un permis de bar, de brasserie ou de taverne, les mineurs ne sont pas admis dans la pièce ou les pièces où ce permis est exploité.
Selon la Régie des alcools, des courses et des jeux, «il peut arriver qu'un titulaire de permis d'alcool (autre que bar, brasserie ou taverne), à sa discrétion, refuse qu'un mineur soit présent. Cette situation ne relève cependant pas des lois et les règlements administrés par la Régie», indique-t-on.