La possible scission du CIUSSS provoque des déchirements sur la rive sud.

Possible scission du CIUSSS: déchirements au Centre-du-Québec

Bécancour — L’engagement électoral de la Coalition avenir Québec de doter le Centre-du-Québec de son propre centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) a pour effet de provoquer des déchirements sur la rive sud. Si le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, prône le maintien de la structure actuelle du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie et du Centre-du-Québec, le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, réclame son CISSS centricois tandis que la présidente de la Table régionale des MRC, Geneviève Dubois, est à la recherche d’un consensus régional.

«Actuellement, deux régions n’ont pas leur CIUSSS, la Mauricie et le Centre-du-Québec. Je veux voir les propositions, on est en attente. Nous, ce qui est important, c’est la proximité des services, la reconnaissance du Centre-du-Québec comme une région. Par quoi ça passe, je vais attendre les propositions pour me prononcer davantage», a commenté le président de l’UMQ, en mission en France.

Le maire de Drummondville, Alexandre Cusson.

«Les gens savent que pour moi, qu’on reconnaisse le Centre-du-Québec comme une région administrative à part entière, c’est quelque chose qui est extrêmement important. Maintenant, il faut que ce soit bon pour la population. Ça ne peut pas se faire sur le dos de personne», a-t-il ajouté.

Pour lui, le statu quo n’est pas acceptable. «Que ce soit à Victoriaville ou Drummondville, au niveau de la santé, il n’y a pas de répondants comme tels dans nos milieux. C’est important pour le milieu sociocommunautaire. Il faut trouver une façon de répondre à ces préoccupations-là», déclare le maire Cusson.

Et il rappelle que les corridors de service à l’extérieur de la région, «il en existe déjà à Drummondville». «Avoir l’administration de notre système de santé dans notre région, ce n’est pas de dire aux gens d’aller se faire soigner ailleurs. Quand je dis qu’il ne faut pas qu’il y ait des perdants là-dedans, c’est normal que les gens de Bécancour se fassent soigner à Trois-Rivières. Jamais il faudrait demander à ces gens-là de venir à Drummondville ou à Victoriaville. Nous aussi, on est en bordure d’une autre région administrative, l’Estrie. Ce n’est pas unique à Bécancour. Je comprends les préoccupations du maire Dubois, il faut les intégrer. Il faut saisir l’occasion d’améliorer les services au Centre-du-Québec et en Mauricie», martèle-t-il.

Pour Jean-Guy Dubois, c’est d’ailleurs une question de qualité et de proximité de services s’il veut tant conserver la structure actuelle. «On serait bien malheureux d’être obligé de changer nos habitudes parce qu’il y a des gens qui se sentent malheureux. Je ne réussis pas à trouver d’avantages pour nous autres», a-t-il déclaré. «La zone économique se divise avec le fleuve et c’est une grave erreur avec laquelle on va encore vivre», renchérit le premier magistrat.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

À son avis, si on applique la même médecine au réseau de la santé «en coupant bêtement avec le fleuve», Bécancour va appartenir au CISSS de la rive sud et non plus «au CIUSSS de Trois-Rivières». «Ce n’est pas compliqué, c’est que les services vont être gérés via le nouveau CISSS, et il ne sera pas à Bécancour, il va être à Drummond probablement», croit M. Dubois.

Or, dit-il, «on est proche d’une université et d’un centre très spécialisé». «Nos gens sont nombreux à aller chercher leurs services spécialisés à Trois-Rivières», fait-il remarquer.

D’ailleurs, le préfet de la MRC de Bécancour, Mario Lyonnais, admet que lors des discussions sur le sujet, la Ville de Bécancour a plaidé pour le statu quo, «ayant un intérêt pour l’autre côté du fleuve».

Le préfet de la MRC de Bécancour, Mario Lyonnais.

«On n’a pas pris de décision officielle. C’est sûr que nous sommes un peu divisés là-dessus. Pour l’instant, nous ce qu’on dit, on aime mieux avoir de l’argent sur le terrain que d’avoir de l’administratif», rapporte le maire de Sainte-Françoise, qui parle d’une rencontre éventuelle entre le CIUSSS et le conseil des maires. L’un des sujets à l’ordre du jour devrait être la possible fermeture du CLSC de Fortierville la nuit.

La présidente de la Table des MRC du Centre-du-Québec, Geneviève Dubois.

Pour sa part, la présidente de la Table des MRC du Centre-du-Québec, Geneviève Dubois, admet que «ce n’est pas évident les dossiers où chaque MRC n’est pas impactée de la même façon».

«On va se doter d’une position régionale, centricoise. Le comité politique de la Table se réunit d’ici la fin janvier pour faire le suivi des engagements électoraux, dont celui-là par la CAQ. Et ensuite, on souhaite rencontrer les députés. C’est sûr que nous autres, c’est un dossier qu’on va travailler avec les députés, qui ont déjà rencontré le CIUSSS. On devrait se voir prochainement», fait-elle savoir.

Du même souffle, elle reconnaît que c’est un dossier qui déchire la région. «Nicolet et Bécancour ne veulent pas nécessairement se retrouver avec des corridors de services à Drummond et Victo alors que les nôtres sont à Trois-Rivières. C’est sûr que là, on souhaite vraiment travailler ce dossier-là ensemble et avoir une position commune. Drummond, Nicolet, Bécancour, Victo, L’Érable, on devrait tous être dans le même sens. Ça va être quelque part en février», soutient Mme Dubois.

La préfète de la MRC de Nicolet-Yamaska affirme que les élus veulent des soins pour leur monde. Reste à savoir, dit-elle, comment ça va se traduire. «Ce qu’on a demandé le 28 août aux candidats de la CAQ, c’est comment vont-ils faire pour s’assurer qu’on ait des services équitables à la Mauricie? Leur réponse, c’était que ce serait par la création d’un CISSS. Nous, ce qu’on veut, c’est avoir des services chez nous et arrêter de se promener pour en recevoir. C’est plus une question de services que de structure», plaide celle qui se demande jusqu’où les députés vont aller, étant donné «qu’ils ont vraiment pris cet engagement-là».

Par ailleurs, la mairesse de Nicolet confirme que les services spécialisés qui avaient été perdus au Centre Christ-Roi n’ont pas été rétablis. Quant au fameux pôle d’urologie, il ne serait pas encore complètement implanté. «On avait fait des demandes aussi pour l’urgence, je sais que ça se travaille et que c’est en cours», confie Mme Dubois.

Après avoir interpellé à l’époque Gaétan Barrette, a-t-elle l’intention de rencontrer la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann? «On va attendre de voir ce que le CIUSSS a envie de proposer, comment le dossier santé va se travailler au Centre-du-Québec, si on récupère bien des services. Mais si effectivement ce dossier-là ne bouge pas, les députés nous laissent croire que c’est un dossier qu’ils veulent régler assez rapidement», a-t-elle conclu.