Jean Fournier, président du Syndicat des professeurs et professeurs du Cégep de Trois-Rivières.

Possible fermeture de programmes: une décision «mauvaise et hâtive»

TROIS-RIVIÈRES — Devant la possibilité de voir quatre programmes du secteur technique être bientôt suspendus au Cégep de Trois-Rivières, le Syndicat des professeures et professeurs interpelle directement le conseil d’administration du Cégep afin de renverser la vapeur et de ne pas aller de l’avant avec cette recommandation de la direction de l’établissement.

C’est d’ailleurs en grand nombre que les professeurs du Cégep, mais également le Syndicat des employés de soutien, se sont réunis lundi midi afin de dénoncer cette orientation prise par la direction, et qu’on n’hésite pas à qualifier de «hâtive et mauvaise». Les membres des deux syndicats ont également l’intention de se rendre nombreux, mercredi soir à la réunion du conseil d’administration, où ces orientations seront discutées et où la décision finale sera prise.

Rappelons que le Cégep de Trois-Rivières envisage de suspendre les programmes de Métallurgie profil Contrôle des matériaux, Génie électrique profil Télécommunication, Mécanique du bâtiment ainsi qu’Éco-développement (anciennement Pâtes et papiers). Le trop petit nombre d’inscriptions à ce moment-ci justifierait la suggestion faite au conseil d’administration.

Or, le syndicat ne le voit pas du même œil, alors que seul le premier tour des inscriptions est passé et que ces programmes se sont historiquement remplis davantage aux deuxième, troisième et même quatrième tours. Par ailleurs, les professeurs déplorent avoir voulu fournir des solutions, mais ne pas avoir pu se faire entendre de la direction. 

«La décision est hâtive et mauvaise. Les solutions peuvent venir de Québec, qui est en train de réviser la formule de financement, ou encore par les enveloppes prévues pour financer les programmes ayant de petites cohortes. À l’interne, il y a aussi des alternatives qu’on anticipait en assemblée générale, qui est de déplacer des ressources enseignantes pour soutenir les programmes. On est prêt à faire notre part très activement mais il n’y a pas de dialogue», constate le président du syndicat, Jean Fournier.

Ce dernier s’inquiète d’autant plus de voir que les programmes qui sont visés font actuellement l’objet d’une sérieuse pénurie de main-d’œuvre partout dans la région et même à travers le Québec. L’exil des étudiants pour aller se faire former ailleurs alerte les enseignants, qui disent plus que jamais croire en la vocation d’un Cégep public en région comme vecteur de rétention de la main-d’œuvre.

Pour appuyer leurs revendications, ils ont interpellé tout près de 150 entreprises de la région afin de les soutenir et de faire valoir, à leur tour, à quel point la formation de la main-d’œuvre ici est essentielle. 

Un point de vue soutenu par Paul Lavergne, président du Conseil central du Cœur-du-Québec pour la CSN. «La décision qui semble vouloir se prendre va à l’encontre du besoin criant des entreprises de la région. Pour une entreprise, pouvoir recruter un, deux ou trois employés de plus, parfois ça fait la différence entre prendre de l’expansion ou refuser des contrats. J’incite la direction et le conseil d’administration à interpeller tous les ministères, autant l’Enseignement supérieur que l’Emploi ou l’Occupation du territoire. Ce sont actuellement tous des ministères intéressés par ce qui se passe», croit M. Lavergne.

Si la décision devait être entérinée, ce sont quelques dizaines de professeurs et neuf employés de soutien qui seront affectés, dont certains professeurs n’ayant pas de statut permanent qui perdront leur emploi. 

«Depuis plus de 50 ans, notre collège mise sur l’importance de maintenir la carte des programmes la plus diversifiée possible dans le but d’assurer l’accessibilité aux études supérieures au plus grand nombre. Réduire la carte des programmes, prétextant un nombre d’inscriptions peu élevé au premier tour et des difficultés de gestion des budgets, c’est exprimer une vision à courte vue», renchérit M. Fournier.