Abdoulaye Souley, président du Centre culturel musulman de Shawinigan, s’attend à un peu plus de visiteurs lors de la journée portes ouvertes de samedi, à la mosquée de l’avenue Saint-Marc.

Portes ouvertes au Centre culturel musulman de Shawinigan: «c’est une journée importante pour nous»

Shawinigan — Le Centre culturel musulman de Shawinigan organise sa troisième journée portes ouvertes samedi et le président, Abdoulaye Souley, s’attend à ce que le débat de la Loi sur la laïcité de l’État alimente beaucoup de discussions. Il ne serait donc pas étonné que l’activité attire un peu plus que la cinquantaine de curieux habituels.

Ce contexte social particulier, ajouté aux récents attentats en Nouvelle-Zélande et au Sri Lanka, n’a pas incité le Centre culturel musulman de Shawinigan à retarder ou même annuler ces portes ouvertes, bien au contraire. M. Souley tient à ouvrir l’accès à la mosquée de l’avenue Saint-Marc pour une troisième année consécutive afin de satisfaire la curiosité de la population, surtout au moment où le port des signes religieux ostentatoires des personnes en autorité défraie la manchette.

«On espère que les gens viendront en grand nombre pour poser des questions sur les préjugés qu’ils peuvent avoir», mentionne-t-il.

Le porte-parole observe encore des amalgames douteux, véhiculés dans des médias et sur les réseaux sociaux, qui ternissent l’image de la communauté musulmane.

«Dans la rue, je ne vois pas d’islamophobie», partage-t-il. «Mais il suffit d’aller sur Internet et là, c’est autre chose. Le débat sur la laïcité peut entraîner des dérapages, surtout sur la question du voile.»

Les membres du Centre culturel musulman de Shawinigan s’intéressent évidemment au cheminement de la nouvelle loi québécoise. Ses grandes orientations n’enchantent pas trop le président.

«C’est une loi qui est un peu décriée par notre communauté», avoue-t-il. «Ce n’est pas une loi qu’on voit venir d’un bon œil. Au Québec, au Canada, nous sommes dans un pays libre. On devrait permettre à chacun de s’habiller comme il le pense.»

Est-ce que des membres de la communauté musulmane de Shawinigan pourraient être lésés à la suite de l’adoption de cette loi, parce que dans le cadre de leur travail, ils ou elles occupent une position d’autorité? M. Souley ne le croit pas, ce qui ne signifie pas que la situation ne se présentera jamais.

«On entend parler des cas d’enseignantes qui sont en stage et qui ne pourront pas exercer leur métier», déplore-t-il. «C’est assez malheureux. Surtout que la preuve n’a pas été faite que c’était problématique. Aucune étude ne dit que des femmes qui portent le voile peuvent convertir des jeunes. Ça reste de la spéculation.»

«Nous sommes interpellés sans que nous soyons consultés», ajoute M. Souley. «On entend des commentaires sur les femmes qui portent le voile, comme quoi c’est leur mari ou leur père qui les oblige. Mais la plupart du temps, on ne leur donne pas la possibilité de s’exprimer elles-mêmes! On présume que si ça se fait en Iran ou en Arabie Saoudite, c’est vrai aussi au Québec. Nous sommes dans un pays de droit. Une femme obligée par son mari de porter le voile, elle a la possibilité de le dénoncer. Nous avons un système de justice qui fonctionne bien.»

La mosquée de Shawinigan ouvrira donc ses portes au public samedi, de 10 h à 17 h.

«C’est toujours un geste d’ouverture à l’autre», mentionne M. Souley. «On veut faire tomber certains préjugés. La question de l’islam est souvent mal comprise. C’est une journée importante pour nous.»

Le Centre culturel musulman de Shawinigan regroupe une soixantaine de pratiquants.

Évolution

À Shawinigan, l’intégration de cette communauté ne s’est pas faite sans heurts. D’abord prévue en 2015 dans une partie du parc industriel Albert-Landry, la mosquée a finalement abouti sur l’avenue Saint-Marc, dans l’indifférence générale.

«Depuis que nous avons ouvert notre mosquée, nous avons vu une certaine accalmie», analyse M. Souley. «Nous sommes agréablement surpris, compte tenu du mouvement que nous avons vécu avant.»

L’actualité internationale provoque parfois une certaine tension dans la communauté musulmane locale, comme lors de la dernière fusillade en Nouvelle-Zélande, en mars, où une cinquantaine de personnes ont perdu la vie.

«Une certaine crainte est revenue chez des membres», convient M. Souley. «Nous sommes d’ailleurs en pourparlers avec la police pour voir comment peut-on se sécuriser davantage. Pendant les semaines et les mois qui suivent, les gens sont plus inquiets, même si à Shawinigan, nous ne sentons pas de menace directe.»

M. Souley est souvent invité à réagir lorsque des musulmans sont ciblés par des terroristes, mais beaucoup moins lorsqu’ils deviennent agresseurs, comme envers des chrétiens du Sri Lanka lors de la fin de semaine de Pâques. L’un comme l’autre doivent pourtant être condamnés, fait-il remarquer.

«Ce n’est pas ça l’islam», martèle M. Souley. «Que ce soit des musulmans, des chrétiens ou des athées qui sont attaqués, il faut toujours le dénoncer. Ce n’est pas l’islam qui était derrière ça, mais quelques illuminés. Ça n’a rien de religieux. Ce sont des gens déconnectés de la réalité.»