La population était invitée à visiter la Maison de naissance de la Rivière, à Nicolet, samedi.

Portes ouvertes à la Maison de naissance de la Rivière pour combattre les mythes

NICOLET — Établie depuis 16 ans à Nicolet, la Maison de naissance de la Rivière ouvrait samedi ses portes à la population. Pour l’établissement, dont les 10 sages-femmes couvrent le territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec, c’était l’occasion de montrer l’environnement dans lequel plus de 300 femmes choisissent de donner naissance à leur enfant chaque année et de présenter ses services, mais aussi de combattre certains mythes sur cet endroit et les sages-femmes qui y travaillent.

Depuis 20 ans, les Québécoises ont le choix: elles peuvent être suivies pendant leur grossesse par un médecin ou par une sage-femme. C’est d’ailleurs le mot «choix» qui résume le mieux la différence entre un suivi purement médical et l’approche des sages-femmes. «Ici, c’est le choix de la femme qui prime. On va lui présenter des options de suivi et elle va choisir ce qui lui convient. On n’impose pas des choses, tant que ça reste dans notre champ de pratique», explique Marie-Ève St-Laurent, responsable des services de sage-femme au CIUSSS MCQ.

Le mot «maison» dans le nom de l’établissement n’est pas anodin non plus. La portion du bâtiment qui accueille les femmes pendant leur suivi et à l’accouchement a été aménagée pour que celles-ci se sentent comme si elles étaient à la maison et non à l’hôpital. «On appelle ça une maison de naissance parce qu’on veut recréer un milieu confortable, dans lequel on se sent en confiance et où on a de l’intimité. Ce sont des chambres comme celle qu’elles auraient à la maison. La seule différence, c’est que chacune des nôtres a un bain», lance à la blague Mme St-Laurent.

Ce sont un peu toutes ces raisons qui ont incité Ingrid Gilbert à donner naissance à ses deux filles, dont la plus jeune est âgée de six mois, à la Maison de naissance de la Rivière. «Je voulais un suivi ici parce que pour moi, un accouchement, c’est naturel plutôt qu’un acte médical, explique-t-elle. C’est un lieu accueillant, où on est accompagnées par des professionnelles de la santé reconnues. On se sent écoutées, considérées et on se sent bien, en sécurité.»

Outre les chambres, qui sont au nombre de quatre, une salle à manger a également été aménagée, de même qu’une salle de jeu et un vivoir pour accueillir l’entourage des femmes qui accouchent à Nicolet, soit leur conjoint, leurs autres enfants et d’autres membres de leur famille, selon leur désir.

Les visiteurs ont eu l'occasion de parler à des familles qui ont choisi la maison de naissance pour mettre leur ou leurs enfants au monde.

Pas de compétition

S’il a pu jadis exister une rivalité ou une méfiance entre médecins et sages-femmes, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mme St-Laurent assure qu’il n’y a aucune compétition entre les départements d’obstétrique des hôpitaux de la région et la maison de naissance. À titre de preuve, elle souligne que les femmes qui souhaitent être accompagnées par une sage-femme pendant leur accouchement, mais préfèrent donner naissance à l’hôpital, peuvent le faire dans deux centres hospitaliers de la région, soit ceux de Trois-Rivières et de Drummondville. Des discussions sont par ailleurs en cours pour que cette possibilité soit offerte à Shawinigan et à Victoriaville.

Mme St-Laurent souligne par ailleurs que les sages-femmes sont formées pour répondre à plusieurs urgences et complications qui peuvent survenir avant, pendant et après l’accouchement. La Maison de naissance de la Rivière est d’ailleurs dotée d’équipement et de matériel médical qui permettent de répondre à ces urgences.

«Contrairement à un hôpital, les urgences que l’on voit ici, ce sont tout le temps les mêmes. Mais nos sages-femmes sont constamment en formation et participent à des programmes d’amélioration des pratiques. On travaille en partenariat avec les hôpitaux de la région et on leur en est très reconnaissants», souligne Mme St-Laurent.

À noter que les femmes qui souhaitent donner naissance à leur enfant chez elles, avec une sage-femme à leur côté, peuvent choisir cette option. Il faut cependant qu’elles demeurent à 30 minutes ou moins d’un hôpital.

Des mythes qui perdurent

Le métier de sage-femme a toujours existé: avant que cette responsabilité ne soit dévolue aux médecins, ce qui est survenu très récemment dans l’histoire de l’humanité, ce sont elles que l’on appelait lorsqu’une femme devait accoucher. La profession a cependant été ressuscitée récemment au Québec. Pour l’exercer, il faut être détentrice d’un baccalauréat, qui n’est offert qu’à l’Université du Québec à Trois-Rivières. C’est d’ailleurs pour souligner le 20e anniversaire de la création de ce diplôme que la quinzaine de maisons de naissance et de services de sage-femme du Québec ouvraient leurs portes au public. C’était également l’occasion de combattre certains mythes qui persistent.

«Encore beaucoup de gens pensent que ça coûte quelque chose, d’accoucher ici, mais c’est complètement gratuit! C’est un mythe très tenace, je sais que des gens s’empêchent d’appeler pour cette raison», mentionne Mme St-Laurent.

Un autre mythe qui ne tient pas la route: plusieurs personnes ont confié à la responsable de la Maison de naissance qu’elles n’avaient pas osé l’appeler, pensant que les places étaient limitées.

«Les sages-femmes peuvent faire un maximum de 32 suivis par année, mais des fois, des places se libèrent parce qu’on découvre quelque chose qui fait en sorte que le suivi doit être fait par des médecins, si on découvre qu’il y a des jumeaux, par exemple. Ça libère des places pour d’autres personnes. Il y a aussi des périodes moins ‘‘achalandées’’: pour une raison que j’ignore, il y a moins d’accouchements en février», illustre Mme St-Laurent.