Malgré quelques grincements de dents, les gens de la Mauricie-et-centre-du-Québec se conforment à la directive du port du masque obligatoire dans les lieux publics fermés.
Malgré quelques grincements de dents, les gens de la Mauricie-et-centre-du-Québec se conforment à la directive du port du masque obligatoire dans les lieux publics fermés.

Port du masque: discipline, résignation et quelques grognements en Mauricie-et-Centre-du-Québec

TROIS-RIVIÈRES — Tandis que le gouvernement du Québec avait réussi à ce jour à unifier les Québécois derrière les «ça va bien aller» et autres mots d'ordre visant à endiguer la pandémie de COVID-19, la directive du port du masque obligatoire dans les lieux publics fermés, dès samedi, aura soulevé un certain vent d'opposition. Or, selon ce que Le Nouvelliste a observé, la vaste majorité des gens de la Mauricie-et-Centre-du-Québec semble malgré tout – et malgré la chaleur – se plier à la directive. On hausse en général les épaules, en laissant tomber «qu'on n'a pas le choix».

Au centre commerciale Les Rivières, à Trois-Rivières, des gardiens de sécurité avaient été postés à toutes les entrées. Aux environs de midi, on constatait que l'appel à la discipline lancé par le gouvernement avait été entendu. La quasi-totalité des clients s’était jusqu'alors présentée sur les lieux le visage couvert. À l'entrée centrale, on relatait après quelques heures que seulement onze clients avaient omis de se munir d'un couvre-visage pour procéder à leurs emplettes.

Lors de notre passage, deux gardiens ont tenté d'intercepter un jeune homme qui en avait visiblement terminé avec ses courses et qui déambulait vers la sortie, le visage découvert. Interpellé, celui-ci a invoqué des raisons médicales. «Qu'ils me donnent un ticket de 6000$ et qu'ils m'amènent en cour, de toute façon je vais gagner», a-t-il lancé, irrité, sans ralentir sa marche et faisant fi des gardiens de sécurité. C'est sans succès qu'on a tenté de le faire obtempérer. Outre cet incident, les hommes en uniforme semblaient plus occupés à tenir des statistiques sur les allées et venues du public qu'à faire respecter des règles déjà largement adoptées.

«Ça se passe mal»

Si on se pliait à la nouvelle réalité avec une certaine résignation du côté de Trois-Rivières, une employée du dépanneur Premier choix, à Bécancour, raconte avoir fait face à une vague d'hostilité, en début de journée. Sur les six premiers clients, déjà trois ne portaient pas le masque, relate Shantal Cloutier. «J'ai reçu des commentaires pas trop gentils», déplore-t-elle. L'animosité de certains l'aura poussée à lancer un cri du cœur sur les réseaux sociaux.

«J'essaie de vous servir du mieux que je peux au salaire minimum....Vos commentaires poches et votre façon de me parler, je trouve ça déplorable», écrivait Mme Cloutier sur sa page Facebook, peu après l'ouverture du commerce, samedi matin. Elle indiquait également avoir déjà versé quelques larmes. La publication ayant été largement partagée, elle affirmait plus tard avoir reçu le soutien de plusieurs clients. «Je joue un peu à la police», déplorait-elle toutefois.

Shantal Cloutier, du dépanneur Premier choix, à Bécancour, dit avoir fait face à «des commentaires pas trop gentils», en tentant de faire respecter la directive port du masque obligatoire.

La nervosité des employés

À Saint-Étienne-des-Grès, au dépanneur Crevier, Alice Dumont raconte qu'elle appréhendait le quart de travail de samedi. La jeune caissière explique que les clients du commerce sont en général des habitués et que la perspective de faire la discipline la rendait nerveuse. Les écriteaux bien visibles à la porte du commerce et le travail de préparation en amont, fait par ses patrons, se seront toutefois avérés efficaces. Quelques clients avaient bien oublié de se munir d'un masque, mais se pliaient de bon gré à la directive lorsqu'on leur demandait, relatait la jeune femme en début d'après-midi.

Soulagée, Alice Dumont dit n'avoir fait face qu'à l'irritation d'un seul client. Cependant, celui-ci l'aura finalement complimentée sur le masque qu'elle portait. Son couvre-visage était en effet orné de motifs d'arbres. «Il m'a dit que s'il en trouvait un aussi beau que le mien, il en porterait peut-être un». La caissière avait par ailleurs reçu la directive de «ne pas se battre» avec les clients.

Plus près de Trois-Rivières, dans un dépanneur du boulevard des Forges, c'est le jeune préposé qui ne portait pas de masque lors de notre passage. «Je fais de l'asthme. J'ai appelé mon patron et il m'a donné la permission de l'enlever jusqu'à ce que je me sente mieux», indique-t-il en pointant le masque posé sur le comptoir, non loin de lui. Ses joues rouges et son teint pâle tendaient à donner du poids à ses propos. Derrière son plexiglas, le jeune homme applique néanmoins les directives et invite les clients qui ne portent pas de masque – environ la moitié, estime-t-il – à se conformer aux nouvelles règles en vigueur. Ce qu'on semble faire, sans trop rechigner. «Ils comprennent que ce n'est pas ma faute», laisse-t-il tomber.

Rappelons que selon le décret du 15 juillet 2020, hormis certaines exceptions, il est de la responsabilité des commerçants de s'assurer du respect des règles. On «interdit à l’exploitant d’un lieu qui accueille le public d’y admettre une personne qui ne porte pas un couvre-visage ou de tolérer qu’une personne qui ne porte pas un couvre-visage s’y trouve», stipule le décret. Les commerçants contrevenants s'exposent à des amendes variant entre 400$ et 6000$.