Politique

SNC-Lavalin: l’opposition échoue à faire comparaître neuf témoins en comité

OTTAWA — L’opposition accuse les libéraux de chercher à balayer sous le tapis les allégations d’ingérence politique dans le dossier SNC-Lavalin.

C’est que les libéraux ont usé de leur majorité en comité, mercredi, afin de bloquer une motion visant à faire comparaître neuf témoins, dont l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould.

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Les conservateurs et les néo-démocrates avaient réclamé la tenue d’une réunion d’urgence du comité permanent de la justice et des droits de la personne, pour la faire adopter.

Leur démarche a échoué, les libéraux ayant forcé l’adoption d’une motion de leur cru.

Celle-ci prévoit la comparution de trois témoins - mais pas la ministre démissionnaire, ce qui a fait sourciller les élus assis de l’autre côté de la table.

Arguant qu’il s’agissait là d’un «remarquable manque de curiosité», le néo-démocrate Nathan Cullen a tenté de bonifier la liste en ajoutant, entre autres, le nom de Jody Wilson-Raybould.

Les conservateurs se sont ralliés à sa suggestion, tout comme le bloquiste Rhéal Fortin, qui était présent à titre d’observateur.

«On ne peut pas étudier les allégations d’ingérence politique sans entendre la plus importante personne là-dedans, celle qui aurait été victime des dites ingérences», a-t-il argué.

Les libéraux n’ont cependant pas bronché, et l’amendement de Nathan Cullen a été battu.

«Chasse aux sorcières»

La rencontre du comité, qui a duré environ trois heures, a donné lieu à quelques prises de bec, chacun se reprochant mutuellement d’exploiter l’enjeu à des fins partisanes.

Le député libéral Randy Boissonnault a accusé les conservateurs de se livrer à une «chasse aux sorcières».

Sa remarque a piqué le conservateur Pierre Paul-Hus au vif. «Je voudrais lui mentionner que la vérité est au-dessus de toute partisanerie», a-t-il répliqué.

L’élu a tourné au ridicule la portion de la motion libérale visant à étudier la relation de travail unissant le procureur général du Canada et le bureau du premier ministre, notamment.

«On n’a pas besoin d’un cours de droit, et je pense que c’est de prendre les membres de ce comité de la justice pour des imbéciles lorsqu’on fait ça», a pesté M. Paul-Hus.

À maintes reprises, les conservateurs ont accusé les libéraux de vouloir museler l’ex-ministre Wilson-Raybould.

Ils ont aussi soutenu que cette résistance libérale en comité était télécommandée par le bureau du premier ministre, et que le refus d’avaliser leur motion équivalait à un «cover up».

Les libéraux ont nié toute tentative d’ingérence du bureau de Justin Trudeau dans leur travail.

Ils ont aussi plaidé que le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, avait déjà accepté de déclencher une enquête, et que le comité n’était pas outillé pour mener un tel exercice.

La prochaine rencontre du comité est prévue mardi prochain et une partie devrait se dérouler à huis clos.

Politique

Le pétrole propre n’existe pas, dit le PQ

Si le premier ministre François Legault s’est permis de rejeter le «pétrole sale» de l’Alberta, le Parti québécois l’avertit qu’il n’existe pas de «pétrole propre». Il réclame que la CAQ mette fin au projet pétrolier Galt en Gaspésie.

La députée péquiste de Gaspé Méganne Perry Mélançon trouve «absolument aberrant» d’entendre parler d’exploitation pétrolière dans «l’écosystème ultrasensible» de la Gaspésie.

Depuis le début janvier, le ministère de l’Environnement étudie la demande de la compagnie Cuda Pétrole et Gaz, qui veut exploiter ce gisement situé à environ 20 km de Gaspé. 

En décembre, le premier ministre Legault avait soulevé la colère de la classe politique en Alberta en rejetant le projet d’oléoduc Énergie Est et en qualifiant le pétrole «d’énergie sale», comparativement à l’hydroélectricité du Québec. 

«Il n’existe pas de pétrole propre», a insisté Mme Perry Mélançon lors de la période des questions mercredi. «Il est inconcevable de laisser évoluer le projet Galt, qui deviendrait le premier projet pétrolier au Québec», ajoute-t-elle. 

La députée demande à ce que le gouvernement caquiste cesse immédiatement l’étude de ce projet. Ce qui n’a pas été accepté par le ministre des Ressources naturelles Jonatan Julien. «Notre gouvernement n’a pas une vision dogmatique par rapport au développement des hydrocarbures», a-t-il soutenu. 

Le projet sera donc étudié, mais il devra absolument rencontrer deux critères, indique M. Julien : l’acceptabilité sociale et le respect de l’environnement. 

Souiller la Gaspésie

Mme Perry Mélançon est d’avis qu’il faut arrêter immédiatement les démarches pour éviter qu’elles n’«ouvrent la porte» à d’autres compagnies pétrolières et à la fracturation hydraulique. S’adressant au ministre de l’Environnement Benoit Charrette, elle se demande «pourquoi il veut souiller le territoire de la Gaspésie pendant 40 ans pour l’équivalent de 42 jours de consommation pétrolière au niveau actuel du Québec?»

M. Charrette s’est voulu rassurant en expliquant que si ce projet voit le jour, «ça se fera dans les plus strictes règles environnementales existantes». Mais selon lui, rien n’est encore certain. 

Pour le ministre de l’Environnement, la conscience environnementale du PQ est surprenante. «C’est ce même parti qui, dans la même région, a tout fait pour développer le projet qui, encore à ce jour, est le plus polluant de l’industrie québécoise en matière d’émissions de gaz à effet de serre», a-t-il décrié, faisant référence à la cimenterie de Port-Daniel.

Politique

Cannabis: l'Institut de santé publique suggère un accès graduel pour les jeunes

Opposé à la hausse de l’âge de consommation du cannabis de 18 à 21 ans, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) propose désormais un compromis : un programme d’accès graduel aux produits légaux pour les 18 à 20 ans.

Dans son mémoire présenté mercredi devant la commission de la santé et des services sociaux, chargée d’étudier le projet de loi 2, l’INSPQ prévient contre les effets «non désirables» d’une augmentation de l’âge légal à 21 ans.

Les jeunes, qui sont les principaux consommateurs de cannabis, seraient plus nombreux à être «judiciarisés», ils consommeraient de la marijuana provenant de sources clandestines et sans contrôle de qualité, en plus d’être exposés à des revendeurs pouvant leur offrir d’autres substances potentiellement plus risquées.

Depuis plusieurs mois, le cannabis divise les experts, qui sont déchirés entre la nécessité d’augmenter l’âge légal pour protéger le cerveau des jeunes et celle d’assurer que ces jeunes aient accès dès l’âge de 18 ans à des produits contrôlés et à des programmes d’éducation.

La solution pour sortir de cette impasse, croit l’INSQ, est de donner accès à des produits à plus faible teneur en THC aux personnes de 18 à 20 ans.

Le gouvernement du Québec pourrait alors choisir de leur permettre qu’un accès partiel à la gamme des produits offerts à la Société québécoise du cannabis (SQDC) et limiter les quantités.

Les jeunes de 18 à 20 ans se verraient donc offrir uniquement du cannabis dont la concentration en THC serait plus faible, non seulement que ce qui se vend sur le marché illicite, mais aussi sur le marché légal.

L’INSPQ recommande qu’on leur permette les seuls produits vendus par la SQDC contenant au plus 10 % de THC, pour une quantité maximale de 10 grammes de cannabis séché ou son équivalent sous d’autres formes.

Le cannabis vendu à la SQDC actuellement inclut des produits dont la teneur en THC atteint près de 30 %.

L’institut estime que cette initiative enverrait un message de prudence à l’ensemble de la population au sujet des produits à haute teneur en THC, qui posent des risques accrus de problèmes de santé mentale, notamment des psychoses.

Extrêmement sceptique, le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a renvoyé les experts de santé publique à une recherche effectuée par la docteure Gabriella Gobbi, de l’Université McGill, publiée mercredi et qui suggère que le diagnostic de dépression chez environ 7 % des Canadiens âgés de 18 à 30 ans est imputable au cannabis.

«Je ne comprends pas comment [la loi actuelle] peut aider nos adolescents», a-t-il lancé en guise de question.

«L’âge n’est pas à rejeter, mais il n’y a pas de démonstration que seulement [augmenter] l’âge serait utile», lui a répondu le docteur Alain Poirier.

Au final, a renchéri son collègue François Gagnon en répondant à une question de l’opposition officielle, «la balance de notre évaluation est que rehausser l’âge à 21 ans va produire une balance négative».

«J’apprécie votre honnêteté», s’est réjoui le député libéral André Fortin, tandis que le député péquiste Sylvain Gaudreault suggérait que l’institut présentait un compromis «pour plaire au gouvernement».

Oui à la consommation en public

Le projet de loi 2 du gouvernement vise tant à hausser l’âge de consommation du cannabis de 18 à 21 ans qu’à l’interdire sur la voie publique.

Sur ce deuxième point, l’Institut de santé publique est clair : il faut maintenir la permission de consommer en public.

Aucune donnée ne permet d’affirmer que la fumée de cannabis dégagée dans les espaces extérieurs porterait atteinte à la santé des personnes, selon ses chercheurs.

Interdire complètement la consommation dans les lieux publics aurait pour effet de diriger les fumeurs de cannabis vers des lieux fermés, ce qui est considéré comme pire pour la santé.

Politique

La ministre Blais se défend d’avoir abandonné le projet de maison pour aînés trisomiques

Le sujet d’une maison pour aînés vivant avec la trisomie 21 ou une déficience intellectuelle s’est transporté à l’Assemblée nationale, mercredi, alors que la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a dû se défendre de vouloir abandonner le projet.

Le Soleil faisait état mercredi de la vive déception du président de la Maison Anne et Charles de Gaulle (anciennement la Société québécoise de la trisomie 21), Sylvain Fortin, qui a obtenu pendant la campagne électorale l’engagement de Marguerite Blais de défendre son projet de CHSLD privé conventionné et de centre de jour pour les aînés atteints de trisomie 21 ou de déficience intellectuelle et leurs familles. 

Sylvain Fortin nous a raconté que deux mois après l’arrivée de la CAQ au pouvoir, le cabinet de la ministre Blais lui aurait laissé savoir que le gouvernement n’irait pas de l’avant avec le projet au motif qu’il ne voulait pas créer de «ghetto». M. Fortin est revenu à charge, pour finalement recevoir une lettre datée du 5 février et signée par la sous-ministre adjointe Lyne Jobin lui annonçant que son projet devait être présenté au CISSS de Lanaudière. 

Quelques jours après avoir reçu cette lettre, Sylvain Fortin aurait appris de la bouche du député de Terrebonne et ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, également ministre responsable de la région de Lanaudière, que le projet avait été confié à un autre organisme. Ce «troisième motif de refus» était de trop pour le président de la Maison Anne et Charles de Gaulle. 

«Je me sens floué, humilié. On m’a utilisé pour se faire du capital politique. Ils étaient derrière nous, ils ne le sont plus. C’est de l’improvisation et du mensonge sur le dos des personnes qui vivent avec une trisomie 21», dénonçait-il dans nos pages.

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M. Fortin s’est livré à l’exercice de soumettre son projet au CISSS, où il se serait fait répondre que «de l’argent, il n’y en a pas pour aucun projet que ce soit», et que «la situation des personnes vivant avec une trisomie 21 est satisfaisante». L’établissement n’a pas répondu à nos questions, disant vouloir prendre connaissance du projet avant de se prononcer. 

Projet en cours d’analyse

En réponse aux questions du porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, André Fortin, la ministre Marguerite Blais a assuré avoir «beaucoup de compassion pour M. [Sylvain] Fortin». 

«On vit actuellement une nouvelle situation émergente, des enfants trisomiques qui deviennent des adultes. C’est une question très importante. Le gouvernement est préoccupé par le vieillissement de la population et les proches aidants», a dit la ministre, tout en rappelant que son gouvernement était «en pleine rédaction d’une politique nationale des proches aidants», que huit maisons Gilles-Carle étaient en cours d’élaboration et qu’il mettra en place des maisons des aînés. «Oui, nous allons tenir compte des enfants adultes trisomiques», a-t-elle précisé.   

«Le projet était au ministère de la Santé et des Services sociaux. Il chemine actuellement au CISSS de Lanaudière. Il est en train d’être analysé. Et nous allons faire tout notre possible pour être en mesure de soutenir tous les parents qui ont des enfants lourdement handicapés», a assuré la ministre responsable des Aînés.

«Nous allons analyser son projet [à M. Fortin]. Il demande 70 lits à Terrebonne, plus 21 places dans un centre de jour. Il demande aussi que l’hébergement soit privé conventionné. Alors, il faut analyser cette situation afin de dire oui et regarder l’ensemble du réseau», a ajouté Marguerite Blais, en ne manquant pas de rappeler que l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait «déjà eu ce projet sur sa table». «Il le connaît très bien. Ce n’est pas d’hier que M. Fortin souhaite avoir une résidence pour accueillir à la fois les adultes ayant une trisomie et les parents», a-t-elle souligné.