Une séquence politique bâclée

DÉCODAGE / Le candidat de Québec solidaire dans Rosemont, l’ancien chroniqueur Vincent Marissal, a raté son entrée en politique en louvoyant sur ses fréquentations partisanes.

L’«homme de gauche», comme il s’est plu à se présenter, a cependant de l’élan et de l’aisance; suffisamment sans doute pour faire son chemin malgré cet épisode. Son arrivée, bien que médiatiquement tonitruante, ne constitue toutefois pas le principal dossier de la semaine. Pas sur le fond, en tout cas.

Ce n’est pas non plus celui portant sur la énième poussée de fièvre sur le hijab et le turban. C’est celui du délai de prescription pour les victimes d’agression sexuelle et de violence subie durant l’enfance. Un sujet complexe qui révèle à quel point, parfois, les choses vont si vite à l’Assemblée nationale qu’elles peuvent être bâclées.

À la sauvette

Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont parlé d’une seule voix mercredi pour réclamer la fin du délai de prescription de 30 ans, terme au-delà duquel une victime d’agression sexuelle ne peut plus entamer une poursuite civile contre son agresseur. Pourtant, on sait depuis bien avant le dernier avis du Protecteur du citoyen, déposé en décembre, que l’Assemblée nationale n’a pas été suffisamment loin en 2013 (lorsqu’elle l’a fait passer de 3 à 30 ans).

À l’époque, le ministre de la Justice du gouvernement Marois, Bertrand St-Arnaud, tenait à peu près le même discours que l’actuelle titulaire du poste, Stéphanie Vallée, pour refuser l’«imprescriptibilité», c’est-à-dire l’abolition de tout délai pour intenter une poursuite civile.

Pas besoin de remonter bien loin dans les archives pour voir de quelle manière le dossier a été conduit, puisque c’était il y a à peine cinq ans. Aparté : M. St-Arnaud a été nommé juge par Mme Vallée depuis ce temps.

Tout a été très vite le 7 mai 2013 à l’Assemblée nationale. Si vite que les députés péquistes, libéraux et caquistes ont proposé différents scénarios de prolongation du délai de prescription, les ont débattus et en ont retenu un… en quelques heures seulement! Une séquence bâclée.

Les victimes n’ont pas été entendues. Les députés ont adopté à la sauvette des amendements qui n’allaient pas aider tout le monde. Sébastien Grammond, professeur de droit civil de l’Université d’Ottawa, l’avait dit à ce moment-là. Mais il n’avait pas été entendu.

L’imprescriptibilité aurait permis et permettrait toujours que la possibilité de recours en dommages-intérêts ne s’éteigne jamais.

Bouche cousue

Le chef libéral, Philippe Couillard, et les libéraux dans leur ensemble se seraient bien passés du zèle du conseiller municipal montréalais Marvin Rotrand, qui souhaite que la police de Montréal autorise ses agents à porter le hijab ou le turban sikh.

M. Rotrand a déroulé un tapis rouge à la CAQ, au PQ et, dans une moindre mesure, à Québec solidaire. La demande a beau être toute théorique, elle a permis aux partis d’opposition de remarteler un message qui trouve écho chez une majorité de francophones, selon les enquêtes d’opinion : pas de signes religieux visibles chez les personnes exerçant des fonctions de coercition.

À chaque épisode du genre, des élus libéraux se mordent les lèvres pour laisser toute la place au seul message officiel de leur parti, celui prescrivant le «visage découvert».

Pour le Parti libéral du Québec, il ne faudrait pas que ce sujet devienne un enjeu phare de la campagne électorale. Si la perspective que ce soit le cas prenait de l’ampleur, elle pourrait même peser dans la réflexion de certains éventuels candidats. 

Pas le meilleur argument

Accuser Québec solidaire de faire le jeu des libéraux, comme il l’a fait dans la foulée de l’arrivée de Vincent Marissal, n’est probablement pas le meilleur argument du chef péquiste, Jean-François Lisée.

Si son mot d’ordre est «battons les libéraux» et que ce thème s’impose, il risque fort de favoriser la Coalition avenir Québec, en avance dans les sondages.

Bien des péquistes croient que leur meilleur argument est celui d’une «équipe responsable». À charge, pour eux, dans ce cas, d’en convaincre davantage de Québécois.

Vraie «gauche»?

On pourrait débattre jusqu’à plus soif des notions de «gauche» et de «droite», tellement il existe de diversité au sein de ces ensembles. Il existe même de fausses gauches, des gauches qui se prétendent telles, qui croient l’être, mais qui à travers certaines politiques favorisent les classes les plus aisées. Ainsi en est-il de la gratuité scolaire à l’université, selon plusieurs. Dans un contexte où les ressources ne sont pas illimitées, n’est-ce pas à l’école primaire qu’il faudrait investir beaucoup plus?

Certaines vraies mesures de gauche sont systématiquement laissées de côté, car elles n’intéressent pas les médias et sont donc peu susceptibles de rapporter des points politiques. C’est le cas du dossier de l’inclusion des pensions alimentaires dans le calcul des prestations d’aide sociale des mères de famille monoparentale.

Le PQ mettra-t-il officiellement dans sa prochaine plateforme électorale la proposition de les exclure du calcul des prestations ou la laissera-t-il seulement dans les mains de QS? Le retour de Lisette Lapointe dans la famille péquiste devrait faire en sorte qu’il la reprenne. Elle en avait fait un cheval de bataille avant QS.

Une telle mesure devrait de toute façon figurer dans le programme de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale, puisqu’une résolution parlementaire sur le sujet a été votée à l’unanimité. Personne n’y a jamais donné suite, cependant. Une séquence plus que bâclée celle-là.

*** 

LES MISES DE... CÔTÉ

***

MA PAROLE!

«Tous les partis m’ont approché d’une façon ou d’une autre. Justin Trudeau m’a déjà tendu la perche fortement.» 

— Le solidaire Vincent Marissal, qui a par la suite reconnu avoir lui-même tendu des perches.