Les défis sont nombreux pour le chef du PQ, Jean-François Lisée, afin de revenir en force en Mauricie et au Centre-du-Québec

Une région à reconquérir

Trois-Rivières — Pour une deuxième fois en moins de quatre mois, le Parti québécois est de retour en Mauricie, où il tiendra son caucus présessionnel hivernal dès mercredi à Shawinigan. Un passage qui n’est pas anecdotique, puisque le PQ veut reconquérir la région.

Lors de la dernière élection, en 2014, l’organisation alors dirigée par Pauline Marois avait subi un cinglant revers. Aucun de ses candidats n’avait été élu en Mauricie. Mis à part le scrutin de 2007, lorsque la vague adéquiste avait soufflé en région, il s’agissait de la première fois depuis la fondation du parti qu’aucun député n’allait porter les couleurs péquistes dans la région. 

De Montréal en descendant le fleuve jusqu’à Berthier, le PQ avait été en mesure de signer plusieurs victoires. Mais son chemin de croix s’est amorcé dans les circonscriptions de Maskinongé et de Nicolet-Bécancour, battu par les libéraux au nord et par la Coalition avenir Québec au sud. Un vent de changement que Jean-François Lisée espère bien faire tourner en octobre prochain.

«La Mauricie, il faut absolument que nous y allions. Nous avons aussi fait un caucus dans les Basses-Laurentides pour englober Lanaudière. Ce sont des régions pour lesquelles nous avons de grandes ambitions.»

La tâche s’annonce toutefois difficile. Le PQ chute dans les sondages au profit de la CAQ, pendant que la baisse chez les libéraux est moins brutale. Un sondage Mainstreet diffusé lundi donnait l’avance au parti de François Legault avec 32 % des intentions de vote, un point de plus devant les libéraux. Le PQ apparaît troisième, à 18 %.

«Si je n’aimais pas la pression, je ne serais pas chef du Parti québécois, lance M. Lisée. La réalité des 15 dernières années, c’est que les gens se décident lors de la deuxième partie de la campagne électorale, et le pourcentage de gens qui se décident dans le dernier 72 heures augmente de cycle en cycle. Les sondages, à huit mois des élections, disent ce qui se passe maintenant, mais pas ce qui va se passer à l’élection. On regarde les cinq comtés de la Mauricie et on les veut.»

Alors que la machine à rumeurs se met lentement en marche quant à de possibles candidatures dans la région, au PQ c’est le silence. M. Lisée prévient toutefois que plusieurs discussions ont été tenues et qu’il faut parfois attendre un moment précis pour faire une annonce. Il dit toutefois avoir été à l’écoute de la population, qui a rejeté les deux derniers candidats vedettes péquistes qui ont été parachutés dans Trois-Rivières, Alexis Deschênes et Djemila Benhabib.

«Je pense que l’ancrage local, c’est important et c’est un des signaux qu’on m’a envoyé à Trois-Rivières. On va le respecter.»

Santé et économie

Jean-François Lisée promet de faire de la santé l’un de ses chevaux de bataille lors du prochain scrutin, particulièrement en Mauricie. Le récent sit-in des infirmières du Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières a amené de l’eau au moulin, tout comme le manque de préposés dans le réseau et l’efficacité du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

«Votre CIUSSS, il ne fonctionne pas, il est trop gros. J’étais à la commission parlementaire avec (Gaétan) Barrette. Je lui ai dit que ça prenait deux CIUSSS. Il ne m’a pas écouté. Depuis ce temps, on s’engage à ce qu’il y ait deux CIUSSS. Ce n’est pas parce qu’on aime avoir des fonctionnaires, mais ça ne fonctionne pas un seul CIUSSS.»

Le chef du PQ promet aussi de redonner à la région les leviers économiques dont elle bénéficiait avant l’abolition des Centres locaux de développement et des Conférences régionales des élus. Mais surtout, il compte sur l’immigration pour absorber la pénurie de main-d’œuvre qui n’ira qu’en s’amplifiant, partout au Québec.

«Il faut connaître les besoins des entreprises et identifier l’emploi des gens qui ont demandé de venir au Québec. Il faut les prioriser. S’il y a un emploi à Shawinigan, ils ne passeront même plus par Montréal mais arriveront directement ici», lance-t-il en exemple.

Et l’indépendance? Les électeurs souverainistes resteront-ils avec le PQ après la décision du parti de ne pas tenir de référendum après la prochaine élection? 

Après tout, la région avait voté en faveur du oui en 1995. M. Lisée sait qu’il devra répéter son message souvent.

«On a un défi. Si les indépendantistes veulent réussir le référendum, ils savent que le seul train, c’est celui du Parti québécois. S’ils veulent l’indépendance, ils doivent prendre ce train. 

C’est vrai qu’on a respecté le rythme des Québécois, et s’ils veulent un État fort, avec de bons services, qu’ils votent pour nous. À la station suivante en 2022, ils auront la chance de continuer ou non. Nous allons essayer de les convaincre de rester.»