L’ancien premier ministre de l’Ontario siège à « temps partiel » sur le conseil d’administration du groupe Chartwell.
L’ancien premier ministre de l’Ontario siège à « temps partiel » sur le conseil d’administration du groupe Chartwell.

Une belle retraite pour Mike Harris

TORONTO — Après avoir défendu la privatisation du système de soins de longue durée en Ontario, l’ex-premier ministre conservateur Mike Harris siège aujourd’hui parmi les administrateurs du groupe Chartwell.

Mike Harris, celui qui demandait la fermeture de l’hôpital Montfort, est le président du conseil d’administration du groupe de foyers de soins de longue durée à but lucratif. Il y siège sous son nom complet, Michael D. Harris.

L’ex-premier ministre touche un salaire annuel de 237 000 $ dans le cadre de son rôle d’administrateur, un poste qu’il occupe à temps partiel, selon Unifor, l’un des syndicats qui représentent les employés de Chartwell.
Durant les sept années où Mike Harris était au pouvoir, un développement important des établissements de soins de longue durée à but lucratif a pris place en Ontario.

Alors que les listes d’attente pour les foyers de soins de longue durée s’allongeaient, en 1998, son gouvernement a dépensé 1 milliard $ pour créer 20 000 nouveaux espaces. À l’époque, 68 % des contrats pour la construction de ces lits de soins de longue durée ont été alloués au secteur privé. 

« L’histoire non racontée est que les nouveaux foyers de soins de longue durée référencés comme ayant de meilleurs résultats COVID-19 sont en fait le résultat des 20 000 lits de soins de longue durée et du réaménagement de 16 000 lits supplémentaires annoncés par l’ancien premier ministre Mike Harris et son gouvernement en 1998 », a soutenu au Droit une porte-parole du groupe Chartwell, Sharon Ranalli.

À LIRE AUSSI: COVID-19: une différence entre les foyers pour aînés privés et publics en Ontario?

En tout, 33 résidences pour retraités et centres de soins de longue durée de Chartwell ont déclaré une éclosion de la COVID-19 jusqu’à présent au Canada, dont 26 sont situés en Ontario.  

La semaine dernière, le premier ministre actuel Doug Ford a affirmé avoir eu une récente discussion téléphonique avec M. Harris, mais a admis qu’il ne savait pas que l’ex-premier ministre était à la tête de cette importante chaîne à but lucratif.

Il a aussi reconnu qu’il existe une différence entre les établissements pour aînés publics et privés en Ontario quant au nombre de cas de COVID-19. « Je pense qu’il y a une différence, mais ce que j’ai dit depuis le tout début est que le système est brisé et que nous allons le réparer. »

Un taux de mortalité plus élevé au privé ?  

En Ontario, une étude a déterminé que le taux de décès dus à la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée à but lucratif est beaucoup plus élevé que dans les établissements pour aînés à but non lucratif et les établissements financés par les municipalités.
L’affirmation selon laquelle « la propriété des résidences de soins de longue durée de l’Ontario est le facteur déterminant de la gravité des éclosions et des décès pendant la COVID-19 » est un exemple de « désinformation », a indiqué Mme Ranalli. 

« La désinformation, surtout dans ces conditions extrêmement difficiles, ne reflète pas le travail exceptionnel et le dévouement de notre personnel travaillant dans des conditions de pandémie pour prendre soin de l’être cher de quelqu’un d’autre », a-t-elle fait savoir.

Mme Ranalli assure que la qualité des soins est mesurée par des instances gouvernementales et qu’elle est uniforme dans les différents types de foyers. 

Aujourd’hui dans la province, 58 % des établissements de soins de longue durée sont à but lucratif, contre 24 % à but non lucratif et 16 % municipaux.