La dirigeante birmane Aung Sang Suu Kyi à Naypyitaw, au Myanmar, le 20 septembre

Trudeau prêt à débattre de la citoyenneté honoraire d’Aung Sang Suu Kyi

OTTAWA - Le premier ministre Justin Trudeau se dit maintenant prêt à débattre de la possibilité de dépouiller la dirigeante birmane Aung Sang Suu Kyi de sa citoyenneté honoraire canadienne.

Le gouvernement canadien s’était jusqu’à présent montré réfractaire à poser un tel geste pour signaler sa désapprobation face au silence de la conseillère d’État du Myanmar sur les exactions commises contre les Rohingyas par la junte militaire.

Le discours a vraisemblablement changé: Justin Trudeau a affirmé mercredi, à l’issue de sa participation à la réunion annuelle des Nations unies, que le Parlement pouvait bien avoir une discussion sur cette question.

«Je crois que c’est l’une des questions sur lesquelles le Parlement peut certainement se pencher», a-t-il affirmé en conférence de presse.

«C’est le Parlement qui lui a décerné la citoyenneté honoraire, et c’est une conversation que nous pouvons certainement avoir», a complété le premier ministre.

Mais selon lui, «que Aung Sang Suu Kyi ait ou non une citoyenneté honoraire canadienne ne va pas avoir un impact positif ou négatif sur les millions de personnes que nous voulons aider, qui sont victimes de cette crise humanitaire».

Il a conclu en plaidant que l’accent devait être mis sur les efforts déployés par le Canada et la communauté internationale «pour aider ces gens qui sont dans une situation extrêmement difficile que nous avons reconnue comme étant un génocide».

Il y a un peu moins d’un an, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait fait valoir que l’on ne pouvait retirer à Aung Sang Suu Kyi sa citoyenneté honoraire, sous prétexte qu’»un Canadien est un Canadien est un Canadien».

L’ancienne prisonnière politique, lauréate du prix Nobel de la paix, fait partie d’une petite poignée de dignitaires étrangers à avoir obtenu cet honneur.

La Bibliothèque du Parlement avait signalé en octobre dernier n’avoir «pu trouver aucune indication que le gouvernement du Canada a jamais retiré ce genre de citoyenneté à date».

La citoyenneté honoraire canadienne est un titre symbolique et ne confère à ses titulaires aucun droit de citoyen au Canada.

Des centaines de milliers de personnes de la minorité musulmane apatride rohingya ont fui l’État de Rakhine vers le Bangladesh voisin pour fuir l’armée birmane depuis août 2017.

La junte militaire est accusée de perpétrer un nettoyage ethnique et de commettre des crimes contre l’humanité. Selon un rapport déposé le 27 août dernier par les Nations unies, les Rohingyas sont victimes d’un «génocide».