Ottawa a donné le feu vert à Trans Mountain, mardi.

Trans Mountain: les libéraux pensent avoir trouvé le «juste équilibre»

OTTAWA — Le projet d'expansion de l'oléoduc Trans Mountain viendrait bel et bien augmenter la production de gaz à effet de serre (GES) au pays, concèdent des députés libéraux fédéraux, mais il est nécessaire pour financer la transition énergétique, à leur avis.

«On a trouvé le juste équilibre», se justifie le ministre fédéral de l'Infrastructure, François-Philippe Champagne. Il suggère même que l'augmentation des GES prévue sera «une conséquence de l'accélération» de la fin des énergies fossiles, selon lui.

Dans un rapport produit en 2016, l'Agence canadienne d'évaluation environnementale prévoyait que, compte tenu de la capacité ajoutée grâce au projet, les émissions de GES en amont pourraient varier de 13 à 15 mégatonnes additionnelles par année.

Comme trois millions de voitures

Selon Équiterre, ce serait l'équivalent de l'ajout de trois millions de voitures sur les routes en termes d'émissions de GES.

Cette future augmentation de GES n'empêchera pas le Canada d'atteindre ses cibles internationales, martèlent les députés libéraux fédéraux.

«Nos objectifs restent les mêmes, affirme le député libéral Joël Lightbound. Quand on finance l'électrification des transports, quand on finance le transport en commun, on vient baisser nos émissions de gaz à effet de serre et c'est l'objectif du gouvernement.»

«Le but, ce n'est pas d'augmenter la production de pétrole, mais plutôt d'assurer qu'il y ait un plafond d'émissions de gaz à effet de serre», ajoute de son côté la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly.

Même le libéral Nathaniel Erskine-Smith, qui a déposé un projet de loi pour forcer son gouvernement à atteindre l'objectif «zéro émission nette» en matière de GES d'ici 2050, s'est rallié au plan.

«Selon moi, on ne devrait pas pointer du doigt un seul projet pour voir si nous avons du succès ou non pour combattre les changements climatiques. Ce qui m'intéresse, c'est notre perspective d'ici 2030, d'ici 2050», a-t-il dit.

M. Erskine-Smith ajoute que, même sans ce projet, les Canadiens continueront d'utiliser les combustibles fossiles, qu'ils soient transportés par pipelines ou par trains.

«Diversion»

L'oléoduc Trans Mountain a animé la période de questions à Ottawa, mercredi, au lendemain de l'approbation du gouvernement Trudeau.

Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice, a accusé le gouvernement Trudeau d'essayer de faire «diversion» en créant un «Fonds vert» avec les éventuels profits du pipeline.

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MORNEAU CHERCHE À CONVAINCRE LES SCEPTIQUES

Dans son discours devant l’Economic Club of Canada, Bill Morneau a insisté sur le fait que le Canada pouvait approuver l’oléoduc tout en luttant contre le changement climatique.

CALGARY — Le ministre des Finances du Canada affirme que le meilleur moyen de convaincre les plus sceptiques du secteur pétrolier que l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain aura bel et bien lieu est d’aller de l’avant et de la construire.

Après avoir prononcé un discours au centre-ville de Calgary, mercredi, Bill Morneau a expliqué aux journalistes que le projet de 7,4 milliards $ visant à tripler la capacité de la canalisation reliant Edmonton à la côte ouest allait de l’avant avec l’obtention des permis.

Il a répété un engagement pris mardi par le premier ministre Justin Trudeau, au moment de l’annonce de l’approbation du projet. M. Trudeau avait alors assuré que les travaux sur l’oléoduc commenceraient au cours de la saison de construction de cette année, sans préciser le moment exact.

Dans son discours devant l’Economic Club of Canada, le ministre Morneau a reconnu «l’immense inquiétude» de Calgary face à l’avenir du secteur pétrolier et gazier, malgré la deuxième approbation du projet d’oléoduc par le gouvernement Trudeau près de 10 mois après l’annulation par la Cour d’appel fédérale de sa première approbation en 2016.

Il a insisté sur le fait que le Canada pouvait approuver l’oléoduc tout en luttant contre le changement climatique, établissant un lien entre la question du réchauffement planétaire et le problème des incendies de forêt dans l’ouest du pays, ce printemps.

Mais une grande partie du discours a été consacrée à une liste électorale des réalisations économiques de son gouvernement au cours des trois dernières années. Des élections fédérales sont prévues en octobre.

«Ce que nous avons dit hier, c’est que nous avons renouvelé cette approbation [pour le pipeline]», a affirmé M. Morneau aux journalistes. «Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que nous sommes de retour au travail. [...] Nous allons commencer à travailler dès cette saison de la construction. Je veux que les habitants de l’Alberta et du pays sachent que cette intention est réelle.»

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L’OPPOSITION À TRANS MOUNTAIN SE MOBILISE

VANCOUVER — Les opposants à l’oléoduc Trans Mountain se préparent pour un été chaud, marqué par des contestations judiciaires et des manifestations visant à bloquer la construction du projet qui a reçu le feu vert du gouvernement fédéral mardi.

Rueben George, de la Première Nation Tsleil-Waututh, a annoncé qu’il contestera la décision devant la Cour fédérale d’appel et a dit être certain de gagner sa cause.

Khelsilem, un membre du conseil de la Première Nation Squamish, a indiqué que le conseil de bande contestera également la décision du gouvernement.

Le maire de Vancouver, Kennedy Stewart, a affirmé mardi que la ville se joindrait à toute contestation judiciaire. Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, n’a pas fermé la porte à appuyer de telles démarches.

La chef Leah George-Wilson, de la Première Nation Tsleil-­Waututh, fera valoir devant le tribunal que les consultations n’ont pas été constructives. Le gouvernement n’a pas répondu aux inquiétudes de la communauté sur les conséquences possibles d’un déversement de bitume et sur l’impact des bruits sur les épaulards résidents du sud, a-t-elle déploré.