Justin Trudeau n’a pas décidé s’il gardera Jody Wilson-Raybould dans son équipe.

SNC-Lavalin: Gerald Butts veut s’exprimer en comité parlementaire

OTTAWA — Le défilé des témoins de l’affaire SNC-Lavalin se poursuit. Écorché par Jody Wilson-Raybould mercredi en comité, l’ancien secrétaire principal du premier ministre Gerald Butts lève la main pour faire une apparition sur le même plateau et offrir sa version des faits.

Il fait partie des 11 personnes identifiées par Jody Wilson-Raybould comme ayant mené auprès d’elle des pressions «constantes et soutenues» afin de la convaincre d’éviter un procès criminel à la firme d’ingénierie québécoise.

Lorsqu’il a remis sa démission, il a nié avoir quoi que ce soit à se reprocher. Dans sa missive, il demande «respectueusement» au comité de lui offrir l’occasion de s’exprimer, disant toutefois avoir besoin d’une «courte période de temps» pour obtenir des conseils juridiques.

Le comité de la justice devait se rencontrer à huis clos jeudi après-midi.

Les soubresauts de l’explosif témoignage de l’ancienne ministre de la Justice et procureure générale se faisaient toujours sentir sur la colline du Parlement, en particulier dans la Chambre des communes, qui a été le théâtre d’une période des questions houleuse, jeudi.

Même s’il n’était pas dans la capitale fédérale, le premier ministre Trudeau n’a pu échapper aux questions - celles des journalistes - au sujet de la comparution mercredi de Jody Wilson-Raybould devant le comité permanent de la justice et des droits de la personne.

Celle sur le maintien de l’élue au sein du caucus libéral s’est imposée en premier. La réponse n’est pas venue. «Il y a encore des réflexions à avoir par rapport à son statut à l’intérieur du caucus», a-t-il déclaré en marge d’une annonce à l’Agence spatiale canadienne, à Longueuil.

L’ex-procureure générale du Canada a livré un témoignage nuisible au gouvernement libéral mercredi après-midi - et ses collègues libéraux lui avaient réservé un interrogatoire serré, semblant chercher à la déstabiliser et à trouver des failles dans son récit.

Pendant près de quatre heures, en s’appuyant sur une chronologie détaillée de rencontres, échanges de textos ou discussions téléphoniques, elle a fait état d’une campagne de pressions «inappropriées» s’étant échelonnée sur quatre mois entre septembre et décembre 2018.

Selon sa version des faits, le premier ministre et son entourage lui ont fait subir des pressions «constantes et soutenues», voire des «menaces voilées» afin de la convaincre d’éviter un procès criminel à SNC-Lavalin.

Le premier ministre a réitéré jeudi - comme il le fait depuis que cette affaire a éclaté avec la parution d’allégations dans un article du Globe and Mail - que lui et ses proches conseillers avaient toujours agi de façon «appropriée» et qu’ils cherchaient à sauvegarder des emplois.

Ainsi, la «vérité» de l’ex-ministre n’est pas la sienne.

Alors qui croire? Justin Trudeau a évoqué jeudi des «divergences de perspectives», et il a fait valoir qu’il s’en remettait à l’examen du comité ainsi qu’à l’enquête qu’a déclenchée le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique sur cette histoire.

Il a par ailleurs de nouveau martelé que si l’ancien président du Conseil du trésor Scott Brison n’avait pas démissionné, il n’y aurait pas eu de remaniement en janvier dernier, et que Jody Wilson-Raybould serait toujours à la barre du ministère de la Justice.

Celle qui est redevenue simple députée a perdu son portefeuille lors ce de jeu de chaises musicales survenu le 14 janvier dernier. En comité, mercredi, elle a affirmé qu’elle croit que «cela était dû à l’affaire SNC-Lavalin», mais qu’au bureau du premier ministre, on avait «nié».

À l’issue de l’exercice, lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle restait au caucus libéral, elle a répondu qu’elle était «fière d’être députée de Vancouver-Granville», qu’elle avait été «élue députée libérale» et que cela n’avait «pas changé».

«Je ne m’attends pas à être exclue du caucus», a-t-elle ajouté.

Débat d’urgence et enquête

Les conservateurs ont réussi à obtenir un débat d’urgence en Chambre sur l’affaire SNC-Lavalin, qui se mettra en branle en soirée. Lorsqu’elle a plaidé sa cause, la députée Candice Bergen a affirmé que Justin Trudeau avait perdu «l’autorité morale» de gouverner.

Son chef Andrew Scheer avait tenu des propos similaires, mercredi soir, lorsqu’il a réclamé la démission du premier ministre. Il a par le fait même souligné que la GRC devrait déclencher une enquête criminelle.

Il est passé de la parole aux actes. Le leader a envoyé une lettre à la commissaire de la police fédérale, Brenda Lucki, pour lui demander d’»utilise(r) toutes les ressources» pour «enquêter de manière juste et exhaustive» sur tout acte «criminel potentiel» ayant pu être commis.

Or, la principale concernée a affirmé mercredi devant le comité qu’à son avis, les pressions étaient «inappropriées», certes, mais pas illégales. C’est ce qui fait dire au député bloquiste Gabriel Ste-Marie que cette requête à la GRC n’est qu’une manoeuvre politique.

Le premier ministre Trudeau a signalé jeudi matin à Longueuil qu’»à (sa) connaissance», aucun membre de sa garde rapprochée n’avait été contacté par la police fédérale.

Legault inquiet

Du côté de l’Assemblée nationale, le premier ministre François Legault a déclaré que la situation (de SNC-Lavalin) demeurait «très inquiétante, parce que le prix de l’action a baissé, il n’y a pas d’actionnaire de contrôle».

Car si la société «ne peut pas avoir de contrats publics pendant 10 ans, si le procès dure deux, trois ans, effectivement ça crée des gros problèmes et des gros risques pour l’emploi», a-t-il enchaîné.

Il a cependant refusé de se prononcer sur le bras de fer Trudeau/Wilson-Raybould qui se joue sur l’autre colline: «Je n’étais pas là. Est-ce que M. Trudeau a fait de la pression indue, je ne peux pas répondre. Il y a deux versions contradictoires, mais je n’étais pas là».

Sa ministre de la Justice et procureure générale, Sonia LeBel, a exprimé des craintes par rapport à l’intégrité des institutions.

«Je suis plutôt inquiète pour le respect de nos institutions et, si ce qu’on allègue est vrai, c’est effectivement inquiétant qu’on ait fait des pressions et ça, ça m’inquiète grandement», a-t-elle offert au micro des journalistes.

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LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL VEUT ASSOUPLIR SON RÉGIME D'INTÉGRITÉ, DIT QUALTROUGH

OTTAWA — Le gouvernement Trudeau souhaite un assouplissement du Régime d’intégrité, a reconnu la ministre fédérale des Services publics et de l’Approvisionnement et de l’Accessibilité, Carla Qualtrough.

Les modifications envisagées pourraient donner de l’oxygène à la société SNC-Lavalin, actuellement dans la tourmente.

La multinationale québécoise fait face à des accusations de corruption et de fraude liées à des pots-de-vin versés en Libye. Si la culpabilité de l’entreprise est reconnue, le nouveau Régime d’intégrité pourrait permettre de réduire les peines encourues.

Selon Mme Qualtrough, les modifications ont été proposées après des consultations auprès des acteurs du milieu de l’industrie qui estimaient que le programme existant était trop rigide.

Le Régime d’intégrité empêche automatiquement la plupart des entreprises délinquantes d’obtenir un contrat fédéral pendant une période de 10 ans. Celle-ci est parfois réduite à cinq ans.

Elle a indiqué que le nouveau régime continuera d’empêcher ces entreprises d’obtenir potentiellement des contrats du gouvernement fédéral pendant une période maximale de 10 ans. La mise à l’écart dépendra d’un certain nombre de facteurs comme la gravité des délits reprochés, mais la période de suspension pourra être beaucoup plus courte.

Comparaissant devant un comité parlementaire, Mme Qualtrough a indiqué que la mise à jour de la politique sera complétée d’ici quatre à six semaines. Le Régime d’intégrité couvrirait aussi un plus large éventail d’infractions.