Dans le plan pluriannuel que présentera le ministre Simon Jolin-Barrette l’automne prochain, on devrait remarquer des hausses progressives du nombre de personnes immigrantes admises au Québec.

Seuils d’immigration: à 40 000, mais pas pour longtemps [ANALYSE]

ANALYSE / Même si l’abaissement à 40 000 du nombre de personnes immigrantes admises au Québec en 2019 est une mesure populaire, le gouvernement Legault a cherché à donner le moins de prise possible aux critiques qui pourraient l’accuser de repli identitaire, de fermeture à l’égard de l’immigration. Les mots du ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, avaient été soigneusement choisis, mardi.

Pour le nouveau gouvernement, il n’était pas question de ne pas donner suite à ce qui est beaucoup plus qu’un engagement électoral. Ce projet a été un marqueur politique pour la Coalition avenir Québec (CAQ), même si elle l’a lancé dans un tout autre contexte social et économique que celui d’aujourd’hui.

Le gouvernement est en quelque sorte pris avec ce marqueur. Il fait donc avec.

Cela étant, à moins qu’une récession ne s’abatte, il cherchera à remonter le plus rapidement possible les cibles d’immigration, vraisemblablement dès 2020.

On devrait le constater dans le plan pluriannuel que présentera le ministre Jolin-Barrette l’automne prochain, dans un an. Pourquoi? Entre autres, parce que des caquistes eux-mêmes réclameront une augmentation du nombre d’immigrants au Québec.

Au sein de la CAQ, les sensibilités sont diverses sur cette délicate question. Il y a des caquistes, les «économiques», qui sont susceptibles de s’inquiéter à terme de l’impact de la baisse à venir sur les emplois à pourvoir. Il serait faux de croire qu’il n’y a que le premier ministre Justin Trudeau et l’aile parlementaire libérale à Québec — pour ne rester que sur ce terrain — qui s’en inquiètent et s’en inquiéteront. Car les «travailleurs temporaires» ne pallieront pas le manque.

Cela étant, l’apport des personnes immigrantes ne doit pas se réduire à la sphère économique. Leur apport est aussi social et culturel. Le Québec a par ailleurs des obligations humanitaires. Des caquistes le pensent aussi. Ils savent que les mots choisis par Simon Jolin-Barrette ne peuvent pas apaiser ceux qui attendent de revoir un parent ou un enfant.

Un relais de l’ADQ

En 2011, avant que la CAQ devienne officiellement un parti politique, François Legault avait présenté comme provisoire la proposition qu’il faisait alors, soit de réduire à 45 000 le nombre d’immigrants au Québec. Il avait pris le relais de l’Action démocratique du Québec (ADQ) là-dessus. Cela rappelle que le projet de réduction ne date pas d’hier.

M. Legault avait aussi parlé d’une simple «pause». Et il soutenait que «l’immigration constitue, et constituera encore davantage dans l’avenir, une clé de la croissance démographique au Québec et un frein à une diminution trop brutale de son poids démographique dans l’ensemble canadien». Ce qui valait en 2011 vaut certainement encore aujourd’hui dans son esprit.

Voilà pourquoi on peut croire que la baisse annoncée mardi sera très rapidement suivie de hausses progressives en 2020, 2021 et 2022. On peut le croire parce que le Québec peut faire mieux.

Dans le contexte politique actuel, avec un gouvernement récemment élu et un autre — celui de Justin Trudeau — qui partira en élections dans moins d’un an, Ottawa ne jettera pas le plan de Simon Jolin-Barrette à la poubelle, même s’il ne l’apprécie pas. Il fera avec, lui aussi.