Le fait que la circonscription de Saint-Maurice soit impliquée dans le redécoupage marque une étape significative dans la petite histoire de la carte électorale du Québec, puisque ce comté existe depuis... 225 ans!

Refonte de la carte électorale: des changements dans les associations locales

Le mariage forcé des circonscriptions de Saint-Maurice et de Laviolette ne provoque pas uniquement des réactions négatives chez les élus, mais aussi dans les associations de comté de chaque parti. De grands bouleversements se préparent de ce côté, autant au Parti libéral qu'au Parti québécois, mais à un rythme différent.
Les commentaires du député Pierre Giguère, qui a immédiatement annoncé son intention de se présenter candidat dans la nouvelle circonscription de Laviolette - Saint-Maurice en vue du scrutin de l'automne 2018, ont déstabilisé le PLQ. Vendredi, tout le monde marchait sur des oeufs à la suite de cette bravade à l'endroit de la ministre responsable de la Mauricie, Julie Boulet. Au cours des derniers mois, la députée de Laviolette a toujours maintenu qu'elle avait le goût de servir. Devra-t-elle se plier à une assemblée d'investiture si elle veut poursuivre sa carrière politique?
À Montréal, les ministres Hélène David (Outremont) et Pierre Arcand (Mont-Royal) vivront le même dilemme à la suite de la fusion de ces deux comtés. Ils sont toutefois demeurés plus vagues sur leurs intentions pour la prochaine campagne électorale. Il faut dire que Montréal offre une palette de possibilités plus vaste que la Mauricie pour ces élus.
Les intentions de M. Giguère ont-elles pris le parti par surprise? «Je ne commenterai pas ce que des élus ont pu déclarer dans les médias», indique Maxime Roy, directeur des communications au PLQ. «On va devoir se parler, discuter ensemble et au moment opportun, des annonces seront faites.»
Tout au plus, le porte-parole reconnaît-il «qu'il y aura des arbitrages à faire d'ici 2018». En ce qui concerne les associations locales, il estime qu'il est trop tôt pour se prononcer sur leur avenir.
Dans Saint-Maurice, le vice-président de l'association libérale, Guy Lemieux, croit comprendre que l'entité survivra jusqu'à la prochaine élection, avant d'être dissoute. Un exécutif sera élu en juin, comme prévu. Après le scrutin de 2018, une association libérale sera créée pour le nouveau comté de Laviolette - Saint-Maurice. Des discussions restent évidemment à venir pour établir la mécanique précise, convient M. Lemieux.
Au Parti québécois, le plan semble plus arrêté. Les représentantes des associations de Saint-Maurice et de Laviolette se disent tout aussi déçues des conclusions du Directeur général des élections. Cette fusion provoque la création d'un territoire aux dimensions immenses, constate Lise Racine, présidente de l'association péquiste de Saint-Maurice jusqu'au congrès local.
«On aurait souhaité qu'on applique le principe du comté d'exception», mentionne-t-elle. «Nous sommes très déçus; ça complique la situation pour tout le monde. En plus, en perdant un comté, la région s'affaiblit.»
L'avenir de l'association passera inévitablement par une fusion avec les militants de Laviolette. Le terrain se préparait devant l'évidence qui se dessinait depuis deux ans.
«Nous en avons discuté», souligne Mme Racine. «Nous avons nos congrès de comtés prochainement et jusqu'au congrès national en septembre, nous allons garder nos associations. Après ça, nous aurons des assemblées générales et c'est là que ça va se concrétiser.»
«C'est évident qu'il y aura une fusion», résume Louise Mailloux, présidente de l'association péquiste de Laviolette. «On va vivre avec (la nouvelle carte électorale) et nous allons nous préparer pour les élections de 2018. Mais on aurait préféré un découpage qui respecte davantage les appartenances naturelles.»
Le congrès de l'association péquiste de Saint-Maurice est prévu le 19 mars. Celui de Laviolette suivra une semaine plus tard. Un congrès régional sera présenté le 6 mai, au Collège Shawinigan. Le congrès national se déroulera les 8, 9 et 10 septembre, à Montréal.
Histoire
Le fait que la circonscription de Saint-Maurice soit impliquée dans ce redécoupage marque une étape significative dans la petite histoire de la carte électorale du Québec. En effet, ce comté existe depuis... 225 ans!
La société d'histoire Appartenance Mauricie établit sa création à l'adoption de l'Acte constitutionnel de 1791 par le Parlement de Londres. À ce moment, le Québec comptait 27 districts électoraux.
Dans son mémoire présenté le 21 mai 2015 dans le cadre des audiences sur la réforme de la carte électorale à Shawinigan, Appartenance Mauricie précisait que la première élection avait été organisée du 24 mai au 10 juillet 1792 et étrangement, deux députés avaient été élus dans Saint-Maurice: Augustin Rivard et Thomas Coffin.
Le comté a ensuite résisté à l'adoption de l'Acte d'Union de 1840, puis à l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867. 
Dans l'ère moderne, la circonscription avait connu quelques changements mineurs, principalement en 1972 et en 2001, mais rien qui puisse se comparer à la décision de la Commission de la représentation électorale du 2 mars.