L’historien et sociologue Gérard Bouchard a discuté avec le ministre Simon Jolin-Barrette avant de témoigner aux consultations sur le projet de loi sur la laïcité.

Projet de loi 21: «On n'a pas l'air d'une société décente», dit Gérard Bouchard

L'historien et sociologue Gérard Bouchard a fait savoir mercredi qu'il se rallierait au projet de loi 21 si le gouvernement parvenait à invoquer ne serait-ce qu'un seul «motif supérieur» justifiant d'interdire aux enseignants le port de signes religieux.

Le témoignage de M. Bouchard, coauteur du fameux rapport Bouchard-Taylor, était fort attendu au Jour 2 des consultations particulières sur le projet de loi, qui vise à ériger la laïcité au rang de valeur fondamentale du Québec et à interdire le port des signes religieux à plusieurs catégories d'employés de l'État en position d'autorité, dont les enseignants.

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La veille, son ancien confrère, le philosophe Charles Taylor, avait descendu en flammes le projet de loi, disant craindre pour l'intégration des immigrants.

Selon M. Bouchard, le gouvernement pourrait supprimer des droits fondamentaux des enseignants à la condition de prouver, par exemple, que le port de signes religieux:

- s'accompagne de prosélytisme;

- qu'il entrave la démarche pédagogique;

- qu'il entraîne une forme d'endoctrinement chez les élèves;

- qu'il traumatise des élèves;

- qu'il engendre des conflits qui perturbent le milieu de travail.

À l'heure actuelle, aucun de ces motifs ne peut être invoqué, car aucun n'a été démontré sur la base de données empiriques rigoureuses, a-t-il déploré lors de son passage à l'Assemblée nationale. Entre-temps, le projet de loi ne fait que nuire à l'image du Québec à l'étranger, estime-t-il. «On n'a pas l'air d'une société décente», soutient Gérard Bouchard.

Il a argué par ailleurs qu'il est de plus en plus difficile de légiférer sur les signes religieux. En France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni par exemple, des musulmans de seconde génération prennent leurs libertés par rapport au Coran et redéfinissent les choses à leur façon.

«Si bien qu'on en arrive à imaginer des signes religieux qui n'existaient pas avant, qui n'étaient jamais mentionnés dans les grands codes et on se retrouve avec des gens qui adhèrent à certaines religions et qui considèrent que porter un médaillon, un macaron, un t-shirt avec une certaine effigie, un tatouage, etc., c'est quelque chose qui est attaché intimement à leur religion.»

Qui au Québec se promènera dans les classes pour demander aux enseignants s'ils considèrent que ce qu'ils portent est religieux? Qui leur imposera des sanctions? Le projet de loi 21 est non seulement inapplicable, mais il sera bel et bien contesté devant les tribunaux, a prévenu le chercheur.

«Un des arguments principal qui vous assure un large appui dans la population, c'est que ce projet va mettre fin au débat, (...) mais malheureusement je pense que ce ne sera pas le cas», a-t-il poursuivi lors d'un échange avec le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette.

«Le recours à la clause dérogatoire (...) va être contesté lui-même devant les tribunaux, ce qui va ouvrir les portes aux contestations des autres dimensions du projet.»

Enfin, «si ce projet de loi n'était pas radical, il n'aurait pas besoin de recourir à la clause dérogatoire», a conclu M. Bouchard, d'un calme olympien.

Legault catholique non pratiquant

Plus tôt dans la journée, le premier ministre François Legault s'est prêté au jeu des journalistes qui lui demandaient si Dieu existe.

«Moi, je souhaite que Dieu existe, je pense que sinon, la vie serait injuste, a-t-il répondu. Je pense aux gens qui ont eu de la misère, qui sont décédés jeunes, moi je souhaite que Dieu existe, mais je n'ai pas de confirmation.»

Il a dit que la question prenait de l'importance en vieillissant. «Les deux théories se valent, on peut dire que Dieu existe, on peut dire que tout est un hasard, mais un hasard assez spécial, qu'il y a eu le Big Bang, la vie, les êtres humains qui pensent. Donc les deux options se valent, il n'y a pas personne qui peut confirmer par la science ni une position ni l'autre», a-t-il ajouté.