Les conservateurs ont tiré à boulets rouges sur les libéraux qui ont décidé d’appuyer Michaëlle Jean, qui tente d’obtenir un second mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Michaëlle Jean, «un embarras» pour le pays, selon les conservateurs

OTTAWA — Les conservateurs reprochent au gouvernement libéral d’«oser» appuyer la candidature de Michaëlle Jean — devenue «un embarras» pour le Canada — pour un second mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le député conservateur Alupa Clarke a demandé jeudi à la ministre de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, pourquoi les libéraux se rangeaient derrière elle vu toutes les histoires de dépenses discutables qui ont été rapportées dans les médias.

«Comment ce gouvernement-là peut-il oser [appuyer] encore aujourd’hui la nomination prochaine pour une réélection» de la Québécoise qui a «refusé de s’expliquer publiquement sur ses dépenses frivoles» et «fait preuve de non-transparence totalement», a-t-il lancé.

Son collègue Gérard Deltell a poursuivi sur la même lancée lorsqu’est venu son tour de se lever en Chambre pendant la période des questions.

«Ça prend juste des libéraux pour être fiers de ce que Michaëlle Jean fait! Michaëlle Jean est devenue un embarras pour le Canada. Elle a géré de façon tout à fait irresponsable son organisme», a-t-il martelé.

La ministre Bibeau a répliqué que l’ancienne gouverneure générale du Canada avait toujours le sceau d’approbation libéral, tout en concédant qu’il y avait place à amélioration sur le plan de la gestion financière à l’OIF.

«Nous sommes fiers d’appuyer une Canadienne. [...] Madame Jean a fait un excellent travail au niveau de la mission de l’organisation, elle fait la promotion des valeurs qui sont chères aux Canadiens», a-t-elle offert.

«L’Organisation internationale de la Francophonie a besoin d’une modernisation au niveau de ses pratiques financières, et c’est ce que nous allons les aider à faire», a ajouté la ministre Bibeau.

À sa sortie de la période des questions, Gérard Deltell a nié que cette affaire faisait mal paraître les conservateurs — c’est l’ancien gouvernement de Stephen Harper qui a moussé la candidature de Michaëlle Jean dans les cercles diplomatiques internationaux.

«Absolument pas! Notre gouvernement a nommé quelqu’un qui avait une feuille de route quand même intéressante et importante, et puis malheureusement, elle n’a pas agi de façon responsable dans sa gestion», a-t-il argué.

Au Bloc québécois, on pense aussi que les libéraux ne devraient pas miser sur Mme Jean étant donné le bilan qu’elle laissera derrière elle. «Ce n’est pas la bonne personne pour ce poste-là», a tranché en mêlée de presse le député Xavier Barsalou-Duval.

«Ils ne devraient pas l’appuyer. En l’appuyant comme ça, c’est la réputation du pays qui est mise à mal, parce que c’est une personne qui fait scandale après scandale [...] et ça déteint sur la réputation que nous, on a ici, parce que c’est une citoyenne qui vient d’ici», a-t-il ajouté.

Du côté des néo-démocrates, on n’a pas voulu dire si les libéraux devraient ou non endosser la candidature. Mais on semble prêt à laisser la chance au coureur, à en croire les propos du député Robert Aubin.

«Si elle se présente, il faudra l’entendre sur ce qu’elle entend faire pour amener une meilleure reddition de comptes et redonner confiance à tout le monde», a-t-il exposé en entrevue téléphonique.

Québec appuiera aussi Jean

Le président français, Emmanuel Macron, a jeté un pavé dans la mare de la Francophonie, mercredi, en jetant son dévolu sur une rivale de Michaëlle Jean. Il a confirmé que l’Élysée miserait sur la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

Celle qui se retrouve au cœur de la tempête n’a pas souhaité accorder d’entrevue. «Nous ne faisons pas de commentaire sur le sujet pour l’instant», a écrit jeudi son porte-parole, Bertin Leblanc, dans un échange de courriels avec La Presse canadienne.

Il a souligné que l’ancienne journaliste avait abondamment signifié son désir de se représenter pour le poste: «Elle l’a dit à plusieurs reprises depuis juin dernier, oui, elle souhaite le renouvellement de son mandat.»

Le porte-parole a noté qu’il n’y a pas de «procédure spécifique» entourant la nomination du patron de la Francophonie, et que la «tradition veut en Francophonie que le ou la secrétaire général(e) soit nommé par consensus par les chefs d’États et de gouvernements».

De son côté, le premier ministre Philippe Couillard a signalé jeudi que son gouvernement appuierait Michaëlle Jean si celle-ci se porte effectivement candidate pour un deuxième mandat à la tête de l’OIF.

«Je suis content qu’on ait une Québécoise et une Canadienne là. Je crois qu’elle va vouloir solliciter un deuxième mandat; si c’est le cas, on va la soutenir», a-t-il affirmé en mêlée de presse en marge d’un événement à Montréal.

Le premier ministre a mentionné que «les remarques sur la question de l’administration» de l’OIF «ont été entendues». Et «Mme Jean, je crois, a l’intention de présenter un plan au prochain sommet de la Francophonie à Erevan», a indiqué Philippe Couillard.

Son adversaire de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a pour sa part déclaré qu’il «n’appuie aucune des deux candidates» en mentionnant qu’un «vrai débat sur la transparence et sur le contrôle des coûts» s’imposait.

Le mandat de Michaëlle Jean à la tête de l’organisation internationale vient à échéance à la mi-octobre. Une élection pour le poste de secrétaire général aura lieu au sommet qui se tient dans la capitale arménienne, les 11 et 12 octobre.

Dépenses douteuses

Les médias de Québecor ont fait état de plusieurs dépenses discutables effectuées par Michaëlle Jean dans une série de reportages au cours des derniers mois.

Elle a notamment fait rénover au coût de 500 000 $ puisés à même les fonds publics la résidence officielle qu’elle loue à Paris, en plus de se procurer un piano de 20 000 $.

Également, le projet de croisière pour de jeunes francophones à bord d’un grand voilier devait coûter des centaines de milliers de dollars tirés des budgets de l’OIF, faute de commanditaires privés.