Le PM affirme pendre acte des réactions des groupes féministes, mais rappelle que même si le sujet suscitera «des émotions fortes», il faudra avoir ce débat.

Mères porteuses payées: la réflexion est nécessaire, dit Trudeau

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau estime que le débat sur le paiement des mères porteuses est incontournable.

La semaine dernière, un député libéral d’arrière-ban a annoncé son intention de déposer un projet de loi qui rendrait légal de payer des femmes pour qu’elles portent les enfants des autres et pour qu’elles fassent des dons d’ovules. Ces pratiques sont légales au Canada à condition de ne pas être rémunérées.

Depuis, des groupes féministes et au moins une députée libérale se sont inquiétés du marchandage qu’on ferait ainsi du corps des femmes.

Les femmes qui siègent au conseil des ministres du gouvernement Trudeau semblent divisées sur le sujet. Celles qui appuient l’initiative du député Anthony Housefather applaudissent à haute voix tandis que celles qui se montrent critiques s’expriment avec prudence.

Mercredi après-midi, au cours d’un point de presse aux côtés du secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, le premier ministre a finalement exprimé son opinion. Il avait refusé, à plusieurs reprises la semaine dernière, de faire des commentaires sur le sujet.

M. Trudeau dit maintenant que c’est une «réflexion que nous devons avoir». Il prend acte des réactions des groupes féministes, mais affirme que même si le sujet suscitera «des émotions fortes», il faudra avoir ce débat.

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Trudeau dénonce la «propagande russe» contre Freeland

Le premier ministre Justin Trudeau a fait référence à une campagne de désinformation contre la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, mercredi, pour préciser en quoi la Russie aurait tenté d’interférer dans le système démocratique canadien.

Cette idée que Moscou se soit ingérée dans la politique canadienne a été soulevée la semaine dernière au moment où Affaires mondiales Canada a annoncé qu’il procédait à l’expulsion de quatre diplomates russes identifiés comme «des agents du renseignement ou des personnes qui ont utilisé leur statut diplomatique pour compromettre la sécurité du Canada ou s’immiscer dans sa démocratie».

Alors que cette réaction faisait partie d’une action concertée des alliés du Royaume-Uni pour punir le Kremlin soupçonné d’être impliqué dans l’empoisonnement d’un ex-espion russe et de sa fille à Salisbury, cette référence à un complot contre le Canada a soulevé des questions afin d’obtenir plus de précisions.

Justin Trudeau a refusé d’approfondir ses commentaires lors d’une conférence de presse sur la colline parlementaire, mercredi. Il a plutôt accusé la «propagande russe» de chercher à discréditer la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland.

Des sites web pro-Russie ont ciblé à répétition Mme Freeland et sa famille. La ministre est l’une des critiques les plus sévères envers Moscou. Parmi les allégations répandues sur ces sites, on raconte que le grand-père de la ministre, qui est né en Ukraine, aurait aidé les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale.

Le premier ministre a soutenu que la propagande russe utilise tous les moyens possibles à travers les médias sociaux pour répandre des calomnies au sujet de la ministre des Affaires étrangères.

«La réponse du Canada évidemment n’est pas liée à ça, elle est tout à fait liée à notre solidarité avec nos alliés par rapport à l’attaque à Salisbury, mais c’est un autre exemple parmi tellement des efforts de la Russie de déstabiliser et de jouer dans l’opinion publique des pays développés», a commenté Justin Trudeau.

Ces déclarations de M. Trudeau faisaient suite à un entretien avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qui a lui aussi tenu des propos sévères au sujet de la Russie. Il croit qu’elle «sous-estime la détermination et l’unité de l’OTAN».

Jens Stoltenberg a salué la volonté du gouvernement canadien d’augmenter son effectif militaire au cours des deux prochaines décennies, comme l’ont promis les libéraux l’an dernier.

Le secrétaire général dit aussi s’attendre à ce que tous les membres de l’Alliance atlantique consacrent à leur budget de la défense l’équivalent de deux pour cent de leur produit intérieur brut - un objectif qui ne sera pas atteint dans un avenir prévisible, si l’on se fie à la Politique de défense du Canada dévoilée en juin 2017 par le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

Le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) s’est confié à La Presse canadienne mercredi après avoir rencontré des députés, des experts et des représentants de l’industrie militaire, sur la colline du Parlement à Ottawa. Le premier ministre Trudeau a aussi rencontré plus tard M. Stoltenberg en privé.

La visite de M. Stoltenberg à Ottawa survient alors que la Russie a procédé, mercredi, à plusieurs essais de tirs de missiles en mer Baltique, ce qui a forcé la Lettonie à fermer une partie de son espace aérien.

Le Canada a déployé 450 militaires en Lettonie et dirige le contingent de l’OTAN qui comprend des soldats d’une demi-douzaine de pays. M. Stoltenberg a estimé mercredi que ces essais russes ne font peser aucune menace directe sur les Canadiens ou leurs alliés, mais illustrent l’importance d’une présence forte de l’OTAN en Lettonie - et de manière plus générale en Europe de l’Est.

M. Trudeau a par ailleurs annoncé que le Canada lance une campagne médiatique, intitulée «Nous sommes l’OTAN», comme l’ont fait ses alliés au cours de la dernière année. «Cette nouvelle initiative a pour but de montrer aux Canadiens ce que fait le Canada pour l’Alliance, et ce que fait l’OTAN pour la sécurité de notre pays», a indiqué le premier ministre.

Plus tôt dans la journée, Chrystia Freeland a affirmé devant un public à Winnipeg que la prochaine rencontre des ministres des Affaires étrangères du G7 à Toronto serait consacrée à envoyer un message fort de désapprobation envers les récentes actions posées par la Russie.

L’annexion de la Crimée et l’attaque envers un ex-espion réfugié au Royaume-Uni, pour laquelle Moscou est fortement soupçonnée, font partie des actions dénoncées par le G7.

Lima, Paris et Londres ce mois-ci

Le premier ministre Justin Trudeau se rendra à Lima, au Pérou, puis à Paris et à Londres dans le cadre d’un voyage de huit jours plus tard ce mois-ci.

M. Trudeau sera à Lima du 12 au 14 avril, puis à Paris du 15 au 17 avril et à Londres du 17 au 20 avril, notamment pour une réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth.

À Lima, le premier ministre participera au huitième Sommet des Amériques, et il prendra la parole lors du troisième Sommet des Amériques à l’intention des PDG pour «mettre en valeur les avantages d’investir au Canada», a indiqué son bureau, mercredi, par communiqué.

À Paris, M. Trudeau doit s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron, le premier ministre Édouard Philippe et Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie et ancienne gouverneure générale du Canada.

Il doit rencontrer la première ministre britannique Theresa May et la reine Élisabeth II lors de son séjour à Londres.

Le thème de la rencontre du Commonwealth est «Vers un avenir commun», et le bureau du premier ministre a indiqué que M. Trudeau prévoyait «insister sur le besoin d’agir pour lutter contre les changements climatiques et assurer la protection des océans, et l’importance de promouvoir une croissance économique qui profite à tous».

M. Trudeau sera l’hôte du sommet du G7 en juin dans la région de Charlevoix, au Québec, et l’hôte se rend traditionnellement dans les principaux pays membres avant la rencontre, ce qui explique son passage à Paris.

Le premier ministre a affirmé par communiqué que le Sommet des Amériques offrait aux dirigeants de la région une occasion unique «de se rencontrer et de s’entendre sur un programme tourné vers l’avenir pour notre hémisphère, et de promouvoir une croissance économique commune».

«Le Sommet sera l’occasion de discuter de l’importance de la gouvernance démocratique dans la lutte contre la corruption, un sujet très pertinent. J’ai aussi hâte de discuter de ce que nous pouvons tous faire afin de promouvoir de fortes sociétés démocratiques», a-t-il affirmé.