Des commentaires de Justin Trudeau sur Donald Trump enregistrés par une caméra de télévision ont mis le feu aux poudres, le président américain qualifiant son homologue canadien «d’hypocrite». Un peu plus tard au sommet de l’OTAN, M. Trump a déclaré que Justin Trudeau était un «gars sympa».

Macron, Johnson et Trudeau surpris semblant se moquer de Trump [VIDÉOS]

LONDRES — Justin Trudeau semble avoir maintenu intactes ses relations avec le président américain Donald Trump à l’issue du sommet de l’OTAN à Londres, malgré des commentaires du premier ministre enregistrés sur vidéo qui menaçaient d’enflammer les tensions entre les deux dirigeants.

Quatre chefs de gouvernement de pays membres de l’OTAN, dont le premier ministre Trudeau, se seraient moqués du président américain lors d’une conversation enregistrée mardi soir par une caméra de télévision dans un salon du palais de Buckingham.

Le président des États-Unis a répliqué mercredi, notamment en qualifiant M. Trudeau de visage à deux faces, tout en laissant croire qu’il ne faisait pas grand cas de cet incident. Lors d’une conférence de presse avec la chancelière allemande Angela Merkel, M. Trump a ajouté qu’«honnêtement», il estimait que M. Trudeau était un «gars sympa».

«Les relations entre le président et moi-même sont très bonnes et constructives, ce qui nous a permis de protéger nos travailleurs grâce au nouvel ALENA, aux tarifs sur l’acier, que nous avons fait lever, grâce à plusieurs initiatives», a déclaré M. Trudeau. «Nous allons continuer à avoir une excellente relation.»

Les images de la BBC retransmises par le réseau anglais de Radio-Canada montrent le premier ministre britannique, Boris Johnson, qui demande au président français Emmanuel Macron : «c’est pour ça que vous êtes en retard?». M. Trudeau ajoute alors : «il est en retard parce qu’il a tenu une conférence de presse inattendue de 40 minutes». Cette remarque semblait être une référence au long échange entre MM. Trump et Trudeau devant les journalistes.

M. Trudeau a ensuite ajouté : «son entourage en était bouche bée». Le nom de Donald Trump ne semble jamais avoir été mentionné lors de cet échange auquel a aussi assisté le premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte.

Le premier ministre Trudeau a minimisé l’incident, mercredi. «Hier soir, j’ai évoqué le fait qu’il y avait eu une conférence de presse imprévue avant ma rencontre avec le président Trump et j’étais heureux d’y participer, mais c’était certainement digne de mention», a déclaré le premier ministre lors d’une conférence de presse à la clôture du sommet de l’OTAN. «Et j’ai eu un certain nombre de bonnes conversations avec le président aujourd’hui et hier.»

Le président Donald Trump lors de sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel, mercredi

Divisions sur les dépenses militaires et la Syrie

Lors de sa rencontre devant des journalistes aux côtés de la chancelière allemande, le président Trump a dit croire que M. Trudeau était furieux après qu’il lui eut dit la veille que le Canada ne consacrait pas 2 % de son produit intérieur brut (PIB) à la défense, ce qui est l’objectif établi par l’OTAN.

Plus tôt en journée, le président Trump avait aussi manifesté de l’irritation face à la France à propos du budget consacré à la défense.

M. Trudeau est arrivé lundi au Royaume-Uni dans l’espoir d’apaiser des divisions croissantes entre certains membres de l’alliance militaire — en particulier les États-Unis, la France et la Turquie —, au moment où l’OTAN souligne son 70e anniversaire.

Ces trois pays sont en désaccord sur plusieurs fronts. Le président Macron a exprimé sa frustration devant le manque de coordination et de communication au sein de l’alliance, comme en témoignent les actions américaines et turques en Syrie. Il a même soutenu récemment que l’OTAN était en état de «mort cérébrale».

M. Trudeau a plutôt dû faire face à des questions répétées sur l’incapacité du Canada à atteindre la cible de 2,0 % de son produit intérieur brut en dépenses militaires. Le premier ministre a également annoncé que le Canada mettrait à la disposition de l’OTAN, avec un préavis de 30 jours, un escadron d’avions de chasse et des navires de guerre, afin de renforcer sa capacité à réagir rapidement aux urgences.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, n’a fait aucune référence à l’incident impliquant M. Trudeau en mettant fin au sommet au cours duquel les membres ont réitéré le principe fondateur de l’alliance selon lequel une attaque contre l’un d’entre eux équivaut à une attaque contre tous, et ils ont réaffirmé leur intention de dépenser davantage pour la défense.

Les leaders ont également convenu d’un nouveau plan de défense de la Pologne et des pays baltes, dans le cadre duquel le Canada a déployé 600 soldats en Lettonie pour lutter contre la menace russe. Des membres avaient craint un blocage par la Turquie si les leaders ne décidaient pas de qualifier de terroriste un groupe kurde, comme le souhaite Ankara. Il y a également un engagement à assurer la sécurité de l’infrastructure de télécommunications des membres, y compris les réseaux 5G. Cependant, il n’est pas clair si cela impliquait une interdiction par des pays comme le Canada — comme le réclament les États-Unis — de faire appel à la société chinoise Huawei.

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APPELS À LA PRUDENCE DE QUÉBEC ET D'OTTAWA

Les partis d’opposition à Ottawa ont dénoncé le comportement du premier ministre Justin Trudeau, qui s’est moqué des agissements du président américain Donald Trump en marge du sommet de l’OTAN.

Selon les conservateurs, il s’agit d’une autre bourde de M. Trudeau sur la scène internationale. 

«C’est sûr que la conversation était privée, [...] mais on comprend que ce n’est pas la première fois que M. Trudeau fait des gaffes à l’international. [...] On doit toujours être prudent et avoir un comportement approprié, peu importe qu’on soit en public ou non», soutient le député Pierre Paul-Hus.

«Aussi longtemps qu’il veut rester là et potiner comme un jeune adolescent, ce n’est pas utile pour nos relations à l’international», a ajouté son collègue James Bezan, porte-parole en matière de Défense nationale.

Au moins un conservateur, Erin O’Toole, réclame des excuses de la part de M. Trudeau. Le whip du parti, Mark Strahl, pense que M. Trudeau aura à s’expliquer à ce sujet, mais qu’il «n’a certainement pas eu de mal à s’excuser pour d’autres sujets par le passé».

Plus tôt en journée, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a déclaré que M. Trudeau aurait dû démontrer «un certain respect» à l’égard du président Trump, et ce, même si ce dernier accumule les incidents diplomatiques.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, est pour sa part d’accord pour dire que M. Trudeau est un «visage à deux faces». «C’est difficile de dire que je suis d’accord avec M. Trump, mais j’ai déjà dit à plusieurs reprises que oui, M. Trudeau se présente de deux manières [en privé et en public]. La question est toujours : qui est le vrai M. Trudeau?» affirme le chef néo-démocrate.

Sans se prononcer sur le fond de l’affaire, le premier ministre du Québec, François Legault, rappelle qu’il est «important d’avoir des bonnes relations avec les États-Unis» et qu’il s’agit de «notre principal partenaire».

Son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, veut éviter que les États-Unis imposent de nouveau des tarifs douaniers sous le coup de l’émotion, comme cela s’est vu pour les importations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada par le passé.  

Les images tournées par les caméras britanniques et sous-titrées par la chaîne canadienne CBC montrent Mark Rutte (de dos, à gauche), Justin Trudeau, Emmanuel Macron et Boris Johnson, et discuter vivement avec la princesse Anne (cachée à gauche) et manifestement amusés.