C’était la première fois que Régis Labeaume (à droite) et André Fortin (à gauche) avaient rendez-vous depuis que ce dernier a été nommé ministre des Transports. Le ministre responsable de la Capitale-Nationale, Sébastien Proulx, était aussi de la rencontre.

Le tramway passe en vitesse supérieure

Le maire de Québec a tenu une première rencontre de travail mardi avec le ministre des Transports, André Fortin, sur les dossiers de mobilité dans la Capitale. Sans que personne le dise ouvertement, on sent que le dossier du tramway s’accélère avec l’imminence de l’élection provinciale à l’automne.

C’était la première fois que les deux hommes avaient rendez-vous depuis la nomination en octobre du ministre Fortin aux Transports. Le ministre responsable de la Capitale-Nationale, Sébastien Proulx, était aussi de la rencontre.

«C’est clair qu’on est engagé envers le transport en commun. C’est un des grands enjeux des prochains mois», a confirmé M. Fortin. 

Régis Labeaume raconte avoir profité du passage du premier ministre Justin Trudeau lundi soir à Québec pour se faire confirmer qu’Ottawa est toujours prêt à verser «des centaines de millions de dollars» pour l’implantation d’un tramway dans la capitale. M. Trudeau avait fait cette promesse au maire lors d’une visite il y a deux semaines.

«On a jasé avec lui. M. Proulx était aussi présent. Ottawa finance, en partie (40 %), mais c’est le provincial qui gère la répartition de l’argent», rappelle le maire. Celui-ci a toujours pour objectif de faire financer l’autre 60 % par Québec.

Malgré l’urgence évoquée par M. Labeaume de profiter des sommes offertes par les gouvernements supérieurs, les principaux intéressés refusent toujours d’établir un échéancier ou de poser le jalon de la prochaine élection provinciale comme date ultime pour présenter un projet. Mais ça devrait aller rondement d’ici l’été. «Faut qu’on mette la main sur l’argent. Ça presse», souligne le maire.

«La beauté de la chose, c’est que je n’attends pas après le voisin», ajoute-t-il, en référence à l’abandon en 2017 d’un projet commun de service rapide par bus avec la Ville de Lévis.

M. Labeaume promet de consulter la population lors de la présentation du projet, tout en écartant la possibilité d’un référendum sur le sujet. «On va faire comme la dernière fois. On va présenter le projet et on va rester ouvert aux suggestions. Il n’y aura pas de référendum, il y a eu une élection», a-t-il lancé pour une énième fois.

À ce sujet, le ministre Proulx appelle à la patience des citoyens. «On ne peut pas juger de l’appui des gens en fonction des paramètres d’aujourd’hui, sans connaître le projet et les impacts sur le réseau», insiste-t-il.

Ping-pong politique

Son collège Fortin en a profité pour commenter les récentes déclarations de la Coalition avenir Québec (CAQ) sur le projet de tramway à Québec. «Je trouve irresponsable de ne pas prendre en compte la volonté de la Ville de Québec, de se prononcer sur un projet qui n’a pas été présenté et dire qu’on n’est pas lié par le projet. C’est dans la foulée d’un chef qui, en 20 ans de carrière politique, n’a jamais parlé de transport en commun», a-t-il conclu.

Le député caquiste de La Peltrie, Éric Caire, a bondi devant cette attaque. «Contrairement à ce qui est avancé par le ministre libéral, la CAQ est favorable au développement d’un système de transport collectif dans la région de Québec, à la condition que son tracé bénéficie également à la population des banlieues et qu’il soit complémentaire au projet de troisième lien», a-t-il fait savoir en après-midi.

Il a de plus rappelé que sa formation politique «n’a pas de leçon de responsabilité à recevoir d’un ministre qui veut lancer un projet de monorail futuriste qui viendrait contrecarrer le projet de train à grande fréquence de VIA Rail, qui fait consensus partout au Québec».

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TRANSPORT EN COMMUN : LÉVIS VEUT DES RÉPONSES D'ICI LE 31 MARS

Le ministre des Transports, André Fortin, avait aussi rendez-vous à Lévis mardi où il a été question du manque à gagner d’un million de dollars dans le budget de la Société de transport que le maire Lehouillier souhaite voir comblé par le provincial.

«Jamais je n’ai eu une écoute aussi forte. Je pense qu’on a à la barre un ministre solide. Tous les ingrédients sont là.» Gilles Lehouillier ne tarissait pas d’éloges à la suite de sa rencontre avec André Fortin.

Il y a deux semaines, Lévis menaçait de couper dans ses services de transport en commun et d’en tenir responsable le gouvernement du Québec si ce dernier n’agissait pas.

Le litige

Au cœur du litige, la redistribution du fonds d’immatriculation. Lévis reçoit la moitié des contributions des Lévisiens — l’autre moitié va à Québec —, mais réclame la totalité depuis belle lurette. Le manque à gagner est de 1,3 million $ par année. Entre 2009 et 2014, le gouvernement du Québec a offert 1 million $ en compensation en attendant une révision de la formule de répartition. Depuis 2015, la source s’est tarie, sans explication.

«Comme Lévis va porter des citoyens jusqu’à l’Université Laval et sur la colline, la Société de transport [STL] devrait être compensée», estime M. Lehouillier, qui a exposé ses arguments au ministre Fortin.

«J’ai bien aimé l’ouverture du ministre», ajoute M. Lehouillier qui, selon lui, évaluera aussi la possibilité de compenser Lévis de façon rétroactive. Une réponse est attendue d’ici le 31 mars, date à laquelle la STL fixera ses tarifs et définira ses circuits pour la prochaine année. Pour le président de la STL, le conseiller Mario Fortier, c’est une date butoir. En marge d’une conférence de presse tenue en après-midi, le ministre a réitéré son intention de trouver une solution à la satisfaction de Lévis.

M. Lehouillier a aussi discuté avec le ministre du redéploiement du réseau de transport de Lévis. Le plan de mobilité durable du maire prévoit toujours de faire du boulevard Guillaume-Couture et de la route 116 la colonne vertébrale de ce futur réseau, où circuleront des autobus articulés. M. Lehouillier estime que 75 millions $ sont nécessaires pour aller de l’avant dès 2019-2020. Dans ce dossier, une réponse est aussi attendue d’ici le 31 mars.