Avec les délais de construction annoncés jeudi, l’actuel pont de l’île d’Orléans aura 92 ans lorsque le nouveau sera mis en service.

Le pont de l’île d’Orléans livré trois ans en retard

Le nouveau pont de l’île d’Orléans sera livré en 2027, trois ans plus tard que prévu. Caquistes et libéraux se blâment l’un et l’autre pour ce retard.

Le ministre des Transports François Bonnardel s’est dit étonné d’apprendre, à son arrivée en poste, que le projet accusait déjà beaucoup de retard. Il a annoncé jeudi que son gouvernement livrera le projet en 2027.

Il rejette la faute sur l’ancien gouvernement libéral, qui connaissait cette information sur les retards accumulés depuis le mois de février 2018, indique-t-il. Selon lui, les différents ministres des Transports libéraux ont «fait perdre trois ans» au projet, qu’ils ne suivaient pas attentivement. 

«On n’a pas dit la vérité aux gens de l’île et à la population en général. Jusqu’à la fin de leur mandat, les libéraux ont menti», accuse M. Bonnardel. 

À l’étude des crédits du ministère des Transports, en avril 2018, l’ex-ministre déléguée aux Transports Véronyque Tremblay a soutenu que son gouvernement respecterait l’échéancier de 2024. En juin, l’ex-premier ministre Philippe Couillard a répété cet engagement en marge d’un discours devant la Chambre de commerce de Lévis. 

Toutefois, en janvier 2017, un appel d’offres pour obtenir des services d’ingénierie avait été publié par le ministère des Transports. Aucun soumissionnaire n’avait levé la main et le ministère n’est jamais allé de l’avant avec un deuxième appel d’offres. 

«Les fonctionnaires m’ont expliqué qu’on leur a demandé de ne pas bouger», affirme M. Bonnardel. C’est sous sa gouverne que le deuxième appel d’offres a été publié, le 7 novembre dernier, afin que les choses avancent. 

Le ministre caquiste a promis aux élus de l’île d’Orléans jeudi qu’il ne les laissera plus jamais dans l’inconnu. «Je leur ai dit que je serais transparent avec eux.»

Pour ce qui est du troisième lien entre Québec et Lévis toutefois, le ministre Bonnardel maintient l’échéancier à un début de la construction en 2022, tel que promis en campagne électorale par la Coalition avenir Québec (CAQ). 

Mais comment expliquer qu’il est nécessaire de repousser la construction du pont de l’île entre 2024 et 2027, alors que pour le troisième lien, son gouvernement sera capable de faire plus vite et commencer la construction en 2022? «C’est tout ce processus qu’on expliquera à la population en temps et lieu», répond M. Bonnardel, sans fournir plus de précisions. 

Improvisation

Le député libéral de Jean-Talon Sébastien Proulx a répliqué en réfutant les accusations de manque de transparence. Il dit «ne pas avoir d’informations» qui indiquent que son ancien gouvernement était au courant des retards accumulés. 

Il accuse plutôt la CAQ de «manque de sérieux». «Clairement, il y a de l’improvisation, il y a un empressement de la CAQ de vouloir réaliser une promesse qui sera extrêmement difficile à tenir, de réaliser un troisième lien ou de débuter les travaux d’un troisième lien dans ce présent mandat.»

M. Proulx se demande pourquoi le ministre annonce que le pont serait livré en 2027, deux semaines à peine après que son cabinet ait affirmé au Soleil que ce pont serait prêt tel que prévu pour 2024. 

Sébastien Lépine, directeur des communications du cabinet du ministre Bonnardel, explique qu’à ce moment-là, le ministre n’avait pas encore eu de séance d’information avec les ingénieurs de son ministère sur ce projet. 

«On n’avait aucun indice comme quoi il y avait du retard et on se fiait à ce que le gouvernement libéral avait dit publiquement» dans le passé, explique-t-il.

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ENTRETIEN DU VIEUX PONT: LE PRÉFET A OBTENU DES GARANTIES

Peu surpris d’apprendre que le dossier du nouveau pont de l’île accusait du retard, Harold Noël, préfet de la MRC de l’île d’Orléans, est content d’avoir au moins obtenu des garanties quant à l’entretien du vieux pont.

M. Noël et tous les maires de l’île d’Orléans ont été conviés jeudi matin au bureau du ministre François Bonnardel afin d’apprendre en premier qu’ils allaient devoir patienter trois ans de plus. Ils ont posé de nombreuses questions lors de la rencontre qui a duré plus d’une heure. 

«On comprend qu’il y a des délais et que c’est des gros dossiers qui avancent lentement», exprime M. Noël. Pour les neuf prochaines années toutefois, les maires ont obtenu «des garanties supplémentaires» quant à l’entretien du vieux pont, qui aura atteint l’âge de 92 ans lorsque le nouveau pont sera mis en service. 

Le ministre Bonnardel indique qu’il ne lésinera pas sur l’entretien du pont actuel, afin qu’il demeure parfaitement sécuritaire. «Il y a des montants dédiés à l’entretien et on va les évaluer.»

Le préfet et maire de Sainte-Pétronille ne veut pas quant à lui jeter la pierre à l’un ou l’autre des gouvernements pour ce délai. Du temps des libéraux, les maires de l’île étaient informés par des ingénieurs du ministère de l’avancement des travaux. «On sentait qu’il y avait du retard, mais il n’y avait jamais de date précise», indique M. Noël. 

Le préfet comprend que la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec font de la politique avec ce dossier, mais il ne voit pas les choses du même œil. «Je pense surtout que c’est des délais administratifs et d’analyse qui retardent ce projet-là.»

Troisième lien

Sa rencontre avec M. Bonnardel n’a pas permis à M. Noël d’obtenir plus d’information sur le projet de troisième lien routier entre Québec et Lévis, à savoir si le pont de l’île en fera partie intégrante ou non. 

«Les informations vont nous être livrées en novembre 2019 sur le troisième lien», soutient M. Noël. Une information que ne confirme pas le cabinet du ministre Bonnardel, qui soutient qu’aucun échéancier de présentation du troisième lien n’a encore été fixé.