Le député péquiste Joël Arseneau a estimé que c’était «ahurissant» que des parlementaires ne fassent pas valoir leur langue dans un débat qui touche 25 000 à 30 000 personnes au Québec.

Le français absent d’une commission parlementaire, déplore le PQ

QUÉBEC — «Profond malaise» linguistique vendredi en commission parlementaire sur la réforme de l’industrie du taxi à l’Assemblée nationale.

L’audience avec la multinationale californienne Lyft s’est déroulée en quasi-totalité en anglais, alors qu’il y avait pourtant un service de traduction des échanges. Rappelons que le projet de loi 17 vise à uniformiser les règles entre l’industrie du taxi et de nouveaux joueurs comme Uber et Lyft qui ont perturbé le marché.

Le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, a tenu à exprimer son «profond malaise» et à s’objecter auprès de ses collègues des autres formations, soit les élus du gouvernement caquiste et de l’opposition libérale.

La présidence de la commission a rappelé qu’il n’y a pas de règles sur une langue d’usage en commission parlementaire.

Avec ironie, M. Arseneau a répliqué qu’«il n’y a pas de règlement qui nous oblige à respecter les Québécois de langue française et de s’adresser à eux sur un dossier aussi fondamental que ce projet de loi 17 qui modifie du tout au tout les règles qui permettent aux Québécois d’avoir des services de transport de personnes».

Il a affirmé qu’on déroule «le tapis rouge» pour une entreprise de San Francisco maintenant établie à Ontario, mais qui a au moins fait l’effort de produire un mémoire en français, tandis que les autres parlementaires lui disent que «pour aller plus rapidement, on va faire ce dialogue en anglais».

Le député péquiste a insisté pour que les échanges sur les taux horaires de chauffeurs soient traduits en français pour qu’ils apparaissent dans les transcriptions officielles, au bénéfice des citoyens.

En entrevue avec La Presse canadienne, M. Arseneau a estimé que c’était «ahurissant» que des parlementaires ne fassent pas valoir leur langue dans un débat qui touche 25 000 à 30 000 personnes au Québec.

«On a un rôle d’exemplarité», a soutenu celui qui se dit choqué que, dans le seul Parlement de langue française en Amérique du Nord, on abdique aussi facilement sa vigilance et sa responsabilité.

M. Arseneau aurait souhaité que le ministre des Transports, François Bonnardel, qui s’est exprimé en français, impose par son «autorité morale» à son collègue caquiste de Bourget, Richard Campeau, de discuter avec les porte-parole de Lyft en français.

On voit un «malaise» d’un gouvernement «qui se dit nationaliste» à défendre la langue française, a-t-il résumé.

Et par ailleurs, cet incident, cette «complaisance», lui rappelle l’époque pas si lointaine des années 1950 où le Québec vendait son fer à un cent la tonne à des entreprises étrangères.

«Il s’agit d’une formidable métaphore de la prise de contrôle de l’industrie du taxi par des intérêts étrangers basés à San Francisco», a-t-il déclaré.

Il a pris le parti des propriétaires de permis de taxi réclamant d’être pleinement indemnisés par le gouvernement pour la déréglementation de l’industrie qui a fait chuter la valeur de leur permis.

«On fait fi d’un entrepreneuriat issu de l’immigration et on en discute en anglais, pour enfoncer à travers la gorge aux Québécois un modèle.»

M. Arseneau a précisé qu’il a lui-même enseigné l’anglais trois ans au Japon, et que sa conjointe est anglophone et ses enfants sont bilingues.

«Ça n’a rien à voir. L’enjeu, c’est le respect de la majorité francophone québécoise.»