Avec un poids fiscal de 38,6 % de son PIB, le Québec se classe 12e en comparaison des 36 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques.
Avec un poids fiscal de 38,6 % de son PIB, le Québec se classe 12e en comparaison des 36 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Le fardeau fiscal des Québécois continue d’augmenter

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Malgré les baisses d’impôts des dernières années, le poids fiscal continue de peser encore un peu plus lourd sur les épaules des Québécois.

De 2017 à 2018, le fardeau des contribuables québécois a grimpé de 38,2 % à 38,6 % du produit intérieur brut (PIB) de la province. Mesure en hausse continuelle depuis une décennie, soit depuis la récession de 2008 et son creux de 36,2 %. Le poids de 2018 s’avère le plus pesant depuis le sommet de 40,2 % de 2000 et similaire à celui de 2001.

«À la même date l’an passé, je vous aurais dit que le poids fiscal au Québec allait baisser [pour l’année suivante]. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit», constate le professeur et chercheur Luc Godbout, en entrevue téléphonique au Soleil.

Jeudi soir, M. Godbout et son équipe de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke ont lancé leur Bilan de la fiscalité au Québec - Édition 2020, au campus de Longueuil de l’UdeS. Une tradition de début d’année.

Les résultats dévoilés se basent sur l’année d’imposition de 2018. Et n’ont donc rien à voir avec le gouvernement de la Coalition Aaenir Québec (CAQ) en place depuis le 1er octobre 2018. «Notre analyse porte sur l’année où les libéraux ont quitté le pouvoir. Il y a un décalage avec le premier budget de la CAQ [de mars 2019], dont on mesurera les impacts réels dans le Bilan de l’an prochain», explique M. Godbout.

En attendant de voir si le gouvernement de François Legault va réellement «remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois», comme se plaît à le répéter le premier ministre, le ministre des Finances, Eric Girard, était le conférencier d’honneur de la présentation de jeudi soir.

Valeur en retour

La fiscalité comprend tous les impôts, taxes et cotisations sociales. En gros, les prélèvements des divers gouvernements sans retour immédiat aux contribuables. En 2018, ce montant totalisait 169,41 milliards $ collectés au Québec par l’ensemble des administrations publiques, dont 49 % par au niveau provincial, 32 % au fédéral, 9 % au municipal et 9 % pour les régimes des rentes et de pension.

Une hausse du poids fiscal signifie que ces recettes augmentent plus vite que le PIB.

Mais cela n’est pas nécessairement négatif, assure le prof Godbout, qui a présidé en 2014 la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise. «Ça veut dire que l’économie va bien, que les entreprises font plus de profits» et paient donc plus d’impôts, explique-t-il.

«Une fois versés au coffre de l’État, les prélèvements ne disparaissent pas du circuit économique. La contrepartie en biens et en services publics offerte par l’État et financée à même les recettes fiscales n’apparaît pas dans la détermination du taux de pression fiscale», souligne avec justesse le rapport.

Le poids fiscal québécois est le plus élevé des provinces canadiennes depuis 1982 et se compare davantage à celui de certains pays européens aussi plus généreux dans leurs services publics.

États-Unis et Trump

«Force est de constater que, même s’il y a eu depuis 2016 plusieurs réductions fiscales au Québec dans les dernières années, le ratio de pression fiscale du Québec ne diminue pas», lit-on dans le Bilan.

Avec un poids fiscal de 38,6 % de son PIB, le Québec se classe 12e en comparaison des 36 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), palmarès dominé par la France (46,1 %) et conclu par le Mexique (16,1 %).

Le Québec s’y insère entre la Grèce (38,7 %) et l’Allemagne (38,2 %), devant l’ensemble du Canada (33,4 %, 21e sur 36) et les États-Unis (24,3 %, 33e). Sans le Québec, le Canada glisserait en 24e position (32,2 %).

De 2017 à 2018, la pression fiscale a diminué dans 15 des 36 pays de l’OCDE. La plus forte baisse s’est manifestée chez nos voisins du sud, aux États-Unis, avec une diminution de 2,5 points de pourcentage, 26,8 à 24,3 %. Témoignage de la réforme fiscale implantée par le président Donald Trump, fait valoir M. Godbout.

La Corée arrive en tête avec 1,5 de hausse, tandis que le Québec, avec 0,4 d’augmentation depuis l’an passé, arriverait 16e.

Les plus riches

L’étude montre que la fiscalité québécoise atténue les inégalités. Il reste que le 1 % des plus hauts salariés au Québec, ceux qui gagnent 220 100 $ ou plus par année, accaparent 10,1 % des revenus et paient près de 18,8 % des impôts. Aux États-Unis, c’est le double : le 1 % empoche 21,4 % des revenus et paie 38,5 % des impôts.

À l’autre bout du spectre économique, en 2016, plus de 70 % des contribuables québécois déclaraient un revenu total sous la barre des 50 000 $. L’année précédente, en 2015, 70 % des impôts sur le revenu au Québec ont été payés par 20 % des contribuables les plus riches, qui encaissent plus de la moitié des revenus totaux. La proportion des contribuables qui ne payaient pas d’impôt provincial au Québec était de 35,9 %, en 2015.