Mardi, le maire Émile Loranger a tranché en votant contre la proposition d’enquête sur la plainte de harcèlement psychologique déposée contre lui, ce qui a vivement fait réagir la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest.

Le comportement de Loranger sous enquête

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec renverse la décision du conseil de L’Ancienne-Lorette et demande à la Commission municipale du Québec (CMQ) d’enquêter sur le comportement du maire Émile Loranger.

«Qu’est-ce qui est peut-être anormal, c’est qu’il y a des agissements depuis 2016 assez particuliers avec le maire Loranger», a commenté la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest mercredi.

La ministre dit avoir «réagi tout de suite» lorsqu’elle a été mise au courant de ce qui s’est passé au conseil de ville mardi soir. Ses conseillers étant divisés sur la question, M. Loranger a tranché en votant contre la proposition d’enquête sur la plainte de harcèlement psychologique déposée contre lui. «Est-ce que c’est légitime de laisser faire ça? On pose la question», a soutenu Mme Larorest. 

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L’enquête de la CMQ, qui est un tribunal administratif, portera sur un possible manquement aux règles d’éthique municipales et «si on doit y aller, on va demander une enquête publique». 

Mme Laforest a fait remarquer qu’elle agit promptement, comme dans le cas de la Ville de Chambly. À la fin novembre, elle a demandé à la Commission municipale d’enquêter sur les agissements du maire Denis Lavoie, accusé d’instaurer un climat de terreur à Chambly. 

Le Parti libéral du Québec a réclamé qu’une telle enquête soit déclenchée à L’Ancienne-Lorette. La députée Marie-Claude Nichols, porte-parole en matière d’affaires municipales, croit que le maire Émile Loranger s’est placé dans une situation de conflit d’intérêts en décidant de voter sur un sujet qui le concerne personnellement. «C’est dans l’intérêt des citoyens de L’Ancienne-Lorette d’avoir l’heure juste.»

Pour avoir déjà été mairesse, Mme Nichols est d’avis qu’il faut «avoir un comportement irréprochable» et qu’il faut «qu’un clignotant rouge s’allume» dès qu’il y a apparence de conflit d’intérêts. 

Année tumultueuse

Le maire de L’Ancienne-Lorette a connu une année pour le moins tumultueuse. En avril, il a commencé à se faire discret en cessant de siéger au conseil municipal. En juin, son ex-directrice de cabinet Marie-Ève Lemay, alors en arrêt de travail, a déposé une plainte pour harcèlement psychologique auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). 

À la fin octobre, M. Loranger et Mme Lemay en sont venus à une entente hors cour et la Ville de L’Ancienne-Lorette a accepté de verser 200 000 $ à la plaignante, qui a quitté son emploi. 

Aujourd’hui, trois conseillers municipaux se disent mal à l’aise avec cette histoire de harcèlement psychologique et demandent que la lumière soit faite. 

Éric Caire

Le ministre caquiste Éric Caire, qui a dû s’expliquer en pleine campagne électorale pour avoir accepté un prêt de 55 000 $ des mains du maire Loranger, ne devrait pas être mêlé à des discussions sur la Ville de L’Ancienne-Lorette. «M. Caire, c’est vraiment un autre dossier, c’est vraiment deux choses complètement différentes», a commenté sa collègue Andrée Laforest. 

«Dans un avenir prévisible, il y a peu de chances que le dossier de L’Ancienne-Lorette se rende jusqu’au conseil des ministres. Pour le moment, la CMQ peut se pencher sur la question et le politique ne se mêle pas de ses travaux», a précisé plus tard son attaché de presse Hugo Lemay. 

Rappelons que Marie-Ève Lemay est l’ex-conjointe de M. Caire et que tous deux avaient accepté ce prêt de M. Loranger en 2017, alors qu’ils étaient en processus de séparation. La Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale a toutefois blanchi M. Caire dans cette affaire.