Le bureau d’audiences publiques en environnement fête ses 40 ans d’existence. Il souhaite entendre davantage de points de vue et rétrécir «l’écart entre le Québécois moyen et le participant type» aux audiences, dit le président de l’organisme, Philippe Bourke.

Le BAPE veut se rapprocher du «Québécois moyen»

Le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) veut se rapprocher des femmes, des jeunes, des communautés culturelles et des autochtones, question d’entendre d’autres points de vue que ceux de ses habitués.

«On a le défaut d’attirer dans nos audiences un certain type de clientèle. En général, un homme instruit, retraité», constate Philippe Bourke, président du BAPE depuis un an.

L’organisme, qui fête ses 40 ans, souhaite entendre davantage de points de vue et rétrécir «l’écart entre le Québécois moyen et ce participant type». C’est pourquoi il signe mardi une série d’ententes avec différents organismes de participation citoyenne, en plus de rafraîchir son image et de lancer sa page Facebook.

Le BAPE a tardé à faire son entrée dans les médias sociaux parce qu’il craignait une certaine perte de contrôle. «C’est quoi la valeur d’un avis sur un site Web par rapport à un mémoire? Nos commissaires sont inquiets et je les comprends par rapport à ça», commente M. Bourke.

Parce que même si le BAPE veut entendre plus de citoyens, il ne souhaite pas entrer dans l’ère de l’opinion instantanée, où les gens n’ont qu’à cliquer sur un pouce vers le haut ou un pouce vers le bas. «On se donne peu maintenant le temps de bien réfléchir», croit M. Bourke. 

Selon lui, le BAPE doit devenir «plus techno» et se défaire d’une certaine «rigidité» dans ses processus, tout en conservant sa richesse, soit de creuser une question en profondeur. «On ne veut pas juste des opinions. On veut des avis basés sur une compréhension. Il faut que la personne entre dans une démarche où elle s’informe, et ensuite elle réfléchit et elle propose.»

Mais M. Bourke comprend qu’il peut être contraignant d’écrire un mémoire complet ou de se rendre à une audience publique. Certaines personnes se sentent aussi intimidées lorsqu’elles doivent s’exprimer devant tout le monde au micro, alors que le climat social autour d’un projet peut être tendu. 

En mars 2016, par exemple, une séance du BAPE sur le projet Énergie Est, qui se tenait à Lévis, a été interrompue une vingtaine de minutes par des manifestants antipétrole. 

C’est pourquoi le BAPE explore d’autres avenues de communication. Comme celle d’offrir aux participants un formulaire de questions et de réponses, ou d’utiliser la webdiffusion et la possibilité de poser des questions à distance. M. Bourke croit que le BAPE pourrait faire des économies en argent et en émissions de gaz à effet de serre s’il choisit de ne pas déplacer tous les experts lors des différentes audiences. 

L’institution compte s’inspirer de l’Office de consultation publique de Montréal, qui utilise davantage la technologie pour communiquer, mais qui a également réussi à «amener davantage de gens à venir en salle».

Confiance

Titulaire d’une maîtrise en sciences de l’environnement, Philippe Bourke a été 20 ans à la tête du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement avant d’obtenir le poste de président du BAPE. Selon lui, l’institution a réussi à s’attirer la confiance des Québécois au fil des ans.

C’est la ministre de l’Environnement qui doit donner au BAPE le mandat d’étudier l’impact environnemental de tel ou tel projet, mais une fois que le processus est enclenché, l’organisme agit de façon indépendante. M. Bourke explique que le BAPE détient les pouvoirs d’une commission d’enquête, si bien qu’il peut exiger d’obtenir certains documents ou d’entendre certains experts. «On sent quand même que le BAPE demeure une institution à laquelle on se réfère.»

Les promoteurs, eux, se plaignent souvent des délais occasionnés par une telle analyse. «Le promoteur, ce qu’il trouve long, c’est pas le BAPE, c’est la procédure d’évaluation environnementale», corrige M. Bourke. Cette procédure menée par le ministère de l’Environnement prend environ 13 mois, ou parfois davantage. L’étude du BAPE ne doit quant à elle pas dépasser le délai maximal de quatre mois.