Retour sur les événements marquants de l'actualité politique québécoise en 2018.

L’année politique québécoise en 10 clins d’Œil

Prémonitoire En mai dernier, on avait demandé à Jean-François Lisée et à François Legault si l’un ou l’autre accepterait de former une coalition avec un éventuel gouvernement libéral minoritaire. — Réponse de M. Legault : «Moi, je travaille pour un gouvernement majoritaire de la CAQ.» — Réponse de M. Lisée : «Même réponse!» …?!?!?!?! — Étonnement de M. Legault, qui était aux côtés de M. Lisée à ce moment-là : «Un gouvernement majoritaire de la CAQ?», avait ainsi appuyé le chef caquiste, comme s’il lui demandait s’il était sûr de ce qu’il disait.

L’art d’épicer une campagne

Cette année, entre Noël et le Jour de l’An, Philippe Couillard a décidé de nourrir sa famille en dépensant en tout et pour tout 75 $... Vous vous souvenez? C’était pendant la campagne électorale. Un animateur de radio avait demandé au premier ministre sortant s’il estimait possible qu’une famille monoparentale avec deux adolescents parvienne à se nourrir avec 75 $ par semaine. «Je penserais que oui», a répondu le chef libéral. Remarquez, il aurait répondu non, on lui aurait alors demandé pourquoi il tolérait que ce soit le cas pour de nombreuses familles. Il a donc répondu oui… Si on ne met pas beaucoup d’épices dans nos plats avec 75 $ par semaine, M. Couillard, lui, a sérieusement épicé sa campagne.

Bonjour monsieur

Il n’y a pas si longtemps, lorsque François Legault et son député François Paradis se croisaient, on entendait tout naturellement «Salut François» et «Salut François». C’était la vie simple, sans flafla. C’est ce que racontait le nouveau premier ministre récemment en faisant référence au nouveau président de l’Assemblée nationale, l’autre François de l’histoire. Et de conclure François Legault : «Ici, à l’Assemblée nationale, il n’y aura plus de «Salut François», «Salut François». Ce sera «Bonjour, M. le Président», «Bonjour, M. le premier ministre». À n’en pas douter, une élection est passée par là.

Traduction svp

L’affaire avait défrayé la chronique en début d’année. Le premier ministre Philippe Couillard avait-il reconnu, oui ou non, que son gouvernement avait pris trop d’argent dans les poches des Québécois? On vous laisse le soin de juger de ses propos. «C’est à vous cet argent-là, avait lancé M. Couillard. C’est vous autres qui l’avez envoyé. Et on trouve qu’on n’a pas besoin de tout l’argent que vous nous avez envoyé pour faire la job comme il faut. Ça fait qu’on vous en redonne. C’est un retour que vous avez parce que le Québec va bien. C’est pas un cadeau. C’est ce qui était dû aux citoyens du Québec qui ont participé à l’effort, pis qui ont le droit de toucher leur part de cet effort-là.» Quel débat autour de cette phrase! Mais constatons qu’il existe une continuité à la tête de l’État du Québec. Près de 12 mois après cette déclaration alambiquée de M. Couillard, son successeur, François Legault, ne cesse de se targuer de «remettre de l’argent dans le portefeuille» des Québécois.

Hommage collectif et particulier

En tout, 71 députés sur 125 ont quitté de gré ou de force l’Assemblée nationale entre les élections générales de 2014 et celles du 1er octobre. Comment leur rendre hommage à tous? On a pensé le faire à travers l’un des plus humbles d’entre eux : André Drolet, ex-député de Jean-Lesage. En 2014, M. Drolet avait dit se souvenir avoir vu jouer Jean Béliveau pour les As de Québec, alors qu’il n’était pas encore né à cette époque... Cette année, en 2018, la mémoire du député l’a encore un peu embrouillé. Lors d’un événement public dans sa circonscription, il avait indiqué avoir fréquenté l’école de la Grande-Hermine, dans Limoilou, quand il était petit. Impossible; elle a été construite il y a 10 ans! Il devait bien sûr parler de l’ancienne école Saint-François d’Assise, qui s’élevait autrefois sur le même terrain.

L’année du look

La preuve que le look ne suffit pas... Jean-François Lisée avait pris le parti d’en rire. Et pour cause : il ne pouvait pas cacher qu’il avait un peu changé la couleur de ses cheveux. C’était visible, et c’est ce qu’il voulait. Un coup de jeunesse ne peut pas faire de tort. M. Lisée avait aussi chaussé de nouvelles lunettes à ce moment-là. Elles étaient davantage dans le vent. Avec la tuque et les Dr Martens de Catherine Dorion, on aura finalement beaucoup parlé de mode en politique québécoise cette année. Une leçon? La mode et ses accessoires ne font ni gagner ni perdre. Mais ça fait jaser! Pendant ce temps, dans nos villes et dans nos campagnes…

Des dépenses décortiquées

Combien de bouteilles de vin les députés boivent-ils lors des missions parlementaires à l’étranger? Et à quel prix? L’année 2018 aura laissé ces questions, et bien d’autres, en suspens. Ces questions ont d’ailleurs tellement irrité l’ancien président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, qu’il a fini par lâcher «que le coût du teinturier» des «petites culottes» du journaliste qui l’interrogeait ce jour-là là-dessus ne serait pas connu non plus du grand public. M. Chagnon n’a pas voulu décortiquer ses dépenses ni celles de ses collègues, alors qu’on se rappelle qu’il n’hésitait pas à commander du homard décortiqué au restaurant Le Parlementaire pour dîner, un mets qui ne figure pas au menu. 

Accrochages sur le cannabis

Même si le cannabis est censé calmer les esprits, il les a échauffés à l’Assemblée nationale. En avril, l’ex-ministre libérale Lucie Charlebois s’est emportée contre le caquiste Simon Jolin-Barrette, qui l’accusait de prendre la légalisation du pot à la légère. Piquée au vif, elle a tour à tour lancé être «en maudit» et l’avoir «vraiment sur le cœur». M. Barrette lui a fait valoir qu’elle devrait écouter ses arguments au lieu de «se pomper». Aujourd’hui au pouvoir, la CAQ savoure sa revanche en déposant un projet de loi plus sévère que celui que Mme Charlebois avait fait adopter. Mais on est passé des emportements à la langue de bois. Pourquoi faire passer l’âge minimal pour consommer à 21 ans? Le ministre Lionel Carmant a toujours la même réponse en bouche : «Le cannabis, c’est légal, mais ce n’est pas banal». Un slogan répété si souvent qu’il lui a valu les railleries de ses adversaires. 

Pas un génie!

Pas besoin de briller dans les concours de connaissances générales pour devenir premier ministre. La preuve : François Legault s’est emmêlé les pinceaux en répondant aux questions des journalistes sur l’immigration en campagne électorale. Il a avoué bien candidement le lendemain qu’il n’aurait pas «gagné Génies en herbe» et qu’il aurait dû prendre la question «en délibéré». Même sa lecture effrénée sur la façon d’immigrer au Québec durant la nuit n’aura pas suffi à faire en sorte qu’il réponde convenablement aux questions le lendemain. Mais il faut croire que les Québécois ont un grand cœur et pardonnent à ceux qui s’excusent. Lors du dernier débat, M. Legault a fait son mea culpa. «Je suis pas parfait. Ça m’arrive de faire des erreurs.» Retenons la leçon : il faut savoir s’excuser.

Bien traiter son nain

Quand une situation est gênante, vaut mieux ne pas en rajouter. C’est ce qu’a vraisemblablement appris la CAQ lorsqu’elle a montré la porte à son candidat Stéphane Laroche, dans St-Jean, en septembre. La Presse canadienne avait découvert que comme propriétaire de bar, M. Laroche avait entre autres organisé deux soirées de Saint-Jean-Baptiste, appelées Nain-Jean-Baptiste, en embauchant un animateur de petite taille. «Le nain a été bien traité et il a été payé», a d’abord soutenu l’attaché de presse Mathieu St-Amand en se portant à la défense du candidat. Mais la CAQ ne l’a pas défendu bien longtemps. Quelques heures plus tard, le candidat Laroche était éjecté de l’équipe. Reste cette étonnante et douteuse citation de l’attaché de presse, l’une des tristes perles de la campagne 2018.