Le gouvernement Legault voit arriver très rapidement la date du 29 janvier, quand les armes à feu sans restriction circulant au Québec devront avoir été enregistrées.

La CAQ, la chèvre et le chou

CHRONIQUE / Jusqu’ici, le gouvernement de François Legault s’est souvent tiré de mauvais pas en ménageant la chèvre et le chou. Il tente de faire la même chose dans le dossier du registre des armes à feu. Mais il pourrait bien mécontenter très rapidement tout le monde dans ce cas-ci.

Reculons d’abord un peu dans le temps.

La baisse des niveaux d’immigration est contestée? La réduction est temporaire et les seuils seront rehaussés le plus rapidement possible, s’est empressé d’indiquer le ministre Simon Jolin-Barrette.

Le droit de la famille doit être révisé, rappellent des experts? Il le sera, a promis la ministre Sonia LeBel. Elle a ainsi fait plaisir à ceux qui réclament une révision sans hérisser ceux susceptibles de se cabrer, puisqu’elle n’a rien dit sur les changements qui pourraient intervenir. Le fond des choses est renvoyé à plus tard.

La mise à jour économique ne correspond pas en tout point à certains engagements électoraux? Attendez le budget du printemps, a-t-on fait valoir.

Le gouvernement a jeté aux oubliettes les objectifs de 2020 sur la réduction des gaz à effet de serre? Pas de problème, il a promis d’atteindre ceux de 2030! Rendez-vous dans quelques années, donc...

Alors, «droit acquis» ou pas pour les enseignants sur les signes religieux? Là-dessus, on a tout entendu depuis l’élection.

Tel dossier surgit dans l’actualité? Un ministre se déclare «préoccupé». Très bien, mais encore? Une controverse fait irruption? Un autre ministre se dit «préoccupé» … On pourrait allonger la liste. Mais plus le temps passe, plus un gouvernement doit se commettre. Même lorsqu’il fait tout pour l’éviter, des échéances le rattrapent. Et le résultat est le même, voire pire.

L’épreuve politique du registre

Le gouvernement Legault voit arriver très rapidement la date du 29 janvier. C’est celle où les armes à feu sans restriction circulant au Québec devront avoir été enregistrées par leur propriétaire.

Ce dossier est plus délicat que d’autres à la Coalition avenir Québec (CAQ). C’est pour éviter une grogne interne que le chef François Legault avait autorisé au printemps 2016 ses députés à voter librement sur le projet de registre des armes. La ligne de parti avait exceptionnellement été mise de côté. Huit députés de l’Assemblée nationale avaient voté contre le projet de loi du gouvernement Couillard, dont sept caquistes.

Par la voix de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, le gouvernement s’est montré jusqu’ici réticent à affirmer qu’il fera appliquer la loi dans son intégralité en allant jusqu’à infliger des amendes (de 500 $ pour une première offense) aux récalcitrants qui refuseront d’enregistrer leurs armes de chasse. Une façon de ménager la chèvre et le chou — de tenter de le faire en tout cas.

S’il s’en tient à ce discours jusqu’au 29, Québec mécontentera ceux estimant que cette inscription est non seulement légitime, mais qu’elle est nécessaire.

À moins qu’il ne fasse annuler la loi, celle-ci s’appliquera toutefois. À partir de là, ce sont des chasseurs qui seront mécontents. Et ils le seront d’autant plus que le gouvernement leur aura un peu fait croire qu’il ne se passerait rien après le 29 janvier.

Ce sont les forces de l’ordre et l’appareil administratif qui appliqueront la loi. Pas tout d’un coup, pas le 1er février. Mais au fil du temps.

Et des partisans du registre imputeront au «laxisme» gouvernemental les difficultés qui naîtront du fait qu’un très grand nombre de personnes n’auront pas enregistré leurs armes d’épaule.

Dans cette affaire, le gouvernement pourrait bien en fin de compte n’avoir ménagé ni la chèvre ni le chou. Plus rapidement que dans d’autres dossiers en tout cas.