Le représentant au Canada du Haut commissariat aux réfugiés de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Jean-Nicolas Beuze, aimerait voir le gouvernement Legault revenir sur sa décision d’accueillir 10 000 immigrants dce moins, dont 1600 réfugiés, en 2019.

Immigration: le haut commissaire aux réfugiés espère voir la CAQ reculer [VIDÉO]

Le représentant au Canada du Haut commissariat aux réfugiés de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Jean-Nicolas Beuze, aimerait voir le gouvernement Legault revenir sur sa décision d’accueillir 10 000 immigrants de moins, dont 1600 réfugiés, en 2019. Devant la plus importante quantité de réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale, il déplore aussi les politiques réfractaires à l’arrivée de nouveaux arrivants tant en Amérique qu’en Europe.

«Nous avons rencontré le nouveau ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barette et on espère sincèrement que la décision de réduire de 50 000 à 40 000 le nombre d’immigrants au Québec cette année peut être changée. J’espère que le ministre entendra notre appel à revoir sa décision. Il faudrait qu’au départ, on ne soit pas si émotifs sur cette question et qu’on en vienne à se baser sur des statistiques et le recensement. Il faut que les élus prennent des décisions à l’avantage des provinces et des Québécois», a-t-il plaidé vendredi dans une conférence donnée au Centre multiethnique de Québec.

Désirés ailleurs

«Il y a certaines provinces qui demandent à ce que les réfugiés viennent chez elles, notamment les provinces maritimes qui ont besoin de travailleurs manuels dans plusieurs industries comme la pêche et l’agriculture. Elles aiment aussi que les réfugiés, davantage encore que les immigrants dits économiques, aient tendance à rester dans leur communauté d’origine par besoin de se reconstruire», explique M. Beuze.

«Sans oublier que les réfugiés arrivent souvent avec beaucoup d’enfants et que des provinces qui vieillissent, comme le Nouveau-Brunswick, enregistrent plus de décès et de gens qui quittent que de naissances. L’arrivée de réfugiés leur permet alors, entre autres, de garder des écoles ouvertes et des services en fonction. Il faut arrêter de voir les réfugiés comme un fardeau et les voir plutôt comme un apport économique», poursuit-il.

Pour M. Beuze, il est faux de prétendre que les réfugiés ne s’intègrent pas bien à leur société d’accueil. «On sait que selon le recensement de 2016, un réfugié prend de 10 à 15 ans pour arriver au même niveau socio-économique qu’un Canadien né au Canada. Ce n’est rien du tout dans une société comme la nôtre. De plus, leurs enfants ont de meilleurs résultats que ceux nés au Québec au niveau universitaire puisque ces enfants ont beaucoup de pression à ce niveau, mais une pression qui devient positive d’atteindre un niveau de vie meilleur que celui de leurs parents», explique-t-il.

Perception changée

Selon M. Beuze, c’est l’arrivée irrégulière de quelque 20 000 demandeurs d’asile en un an au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle qui a contribué à faire changer les perceptions concernant les réfugiés au Québec. «Auparavant, il y avait eu un élan de solidarité énorme envers les réfugiés syriens en 2016. «C’est là qu’on a vu un changement de discours de certains politiciens pour gagner des points aux élections et de certains journaux aussi qui se sont mis à parler «de réfugiés illégaux», un mot qui inspire la crainte, le risque alors qu’il n’y a pas de réfugiés illégaux même s’ils entrent au pays de façon irrégulière avant de faire une demande d’asile.»

Pourtant, les besoins sont grands pour les réfugiés et M. Beuze estime que ce sont loin d’être les pays occidentaux qui font les plus grands efforts. «Ce sont plutôt des pays pauvres comme le Bangladesh, qui a accueilli 800 000 réfugiés rohingyas en six semaines, le Mexique avec les Salvadoriens, la Tanzanie avec les réfugiés du Sud-Soudan, la Colombie avec les Vénézuéliens. Ce ne sont pas l’Europe, l’Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada qui doivent composer avec le gros du problème.»

Selon lui, le Canada, qui demeure le troisième pays en importance pour la réinstallation de réfugiés, pourrait en faire plus et investir davantage à ce niveau au moment où les États-Unis, toujours numéro un avec de 25 000 à 30 000 réfugiés reçus par année, ont diminué grandement leur accueil par rapport aux 80 000 à 100 000 par année de l’ère Obama.