La vice-première ministre du Québec et députée de Louis-Hébert Geneviève Guilbault a rencontré <em>Le Soleil </em>au domaine Cataraqui, cette semaine.
La vice-première ministre du Québec et députée de Louis-Hébert Geneviève Guilbault a rencontré <em>Le Soleil </em>au domaine Cataraqui, cette semaine.

Geneviève Guilbault: allier pouvoir et prudence

«On s’en est quand même bien sortis, dans les circonstances. Mais tous ces décès-là qu’il y a eu... Si on pouvait éviter des décès dans une deuxième vague, ce serait un gros gain.»

Son débit ralentit. Geneviève Guilbault pèse ses mots. L’émotion fait surface. Durant l’heure d’entrevue, c’est à peu près le seul moment où son air s’assombrit, où elle se fait plus hésitante.

La vice-première ministre du Québec a rencontré Le Soleil au domaine Cataraqui, cette semaine, chic propriété gouvernementale de Sillery en rénovation jusqu’en octobre. Ils en sont à la toiture. Ça donne quand même de plus belles photos que le décor beige du ministère de la Sécurité publique, logé pas loin en face de Place Sainte-Foy.

L’animatrice Julie Snyder l’a proclamée «la femme la plus puissante du Québec», il y a quelques mois.

Mais en plus d’être vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, la députée et résidente de Louis-Hébert, circonscription de l’ouest de Québec, est ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale. A sous sa gouverne la Commission de la capitale nationale, organisme qu’elle a redynamisé depuis l’accession de la Coalition avenir Québec (CAQ) au pouvoir et qui gère entre autres le domaine Cataraqui.

Pas si à l’aise avec l’idée de poser, elle demande au photographe si elle peut s’asseoir «comme j’ai tendance à me placer pour vrai». Mais les questions la replongent vite dans son élément.

Longueur de retard

«Pour l’heure, je pense que le plan de déconfinement s’est bien opéré et les conséquences semblent être assez bien contrôlées. Mais il faut rester prudent. Est-ce qu’il y aura une deuxième vague? Et il y a tout l’effet combiné avec l’été, la saturation des gens qui entendent parler de la COVID et d’avoir peut-être l’impression que le risque a été surestimé», énumère-t-elle, parmi les raisons pour ne pas crier victoire trop vite sur ce coronavirus.

La région de Québec «a été relativement épargnée comparativement à d’autres régions», avec un peu plus de 3 % des décès et des cas dans la province pour près de 9 % de la population. «Mais on a tous appris, comme dans toutes les régions», dit Mme Guilbault.

L’ancienne porte-parole du Bureau du coroner constate que «l’angle mort des résidences pour personnes âgées» a ici aussi fait très mal.

À commencer par le Jeffery Hale, premier foyer d’éclosion à Québec, jusqu’aux Jardins du Haut-Saint-Laurent, qui comptent encore leurs morts, à côté de chez elle, à Saint-Augustin.

«On avait déjà des enjeux de main-d’œuvre dans la Capitale-Nationale avant la COVID. On partait avec une longueur de retard, si on veut. Ce n’était pas évident pour le CIUSSS de réussir à couvrir tous les besoins», fait-elle valoir.

Le président-directeur général du centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, Michel Delamarre, a encore toute sa confiance.

Le mot dit maudit

Geneviève Guilbault a remplacé à quelques reprises le premier ministre Legault lors de ses fameux points de presse de 13h, durant la crise.

«C’était des grands souliers à chausser. En particulier la première fois. Tu arrives et tu espères que les citoyens vont te trouver aussi utile, aussi instructive et aussi pertinente que notre premier ministre», explique celle qui participait déjà aux réunions tenues chaque matin au bureau de M. Legault.

«Ça se décidait à court terme, les choses changeaient vite, fallait être prêt. Souvent, les décisions des annonces se prenaient le matin même. L’idée, c’était vraiment d’être utile pour le monde et d’arriver avec un message clair, parce que les gens suivaient ça religieusement.

«Les gens nous ont écoutés! poursuit-elle. C’est quand même impressionnant de repenser à ça! Du jour au lendemain, il a fallu fermer le Québec, que les gens arrêtent de vivre ou presque. Et ç’a très, très bien fonctionné! C’est impressionnant de regarder un tel mouvement social qui a pu se faire aussi rapidement et aussi, somme toute, aussi harmonieusement. Les gens ont été tellement… Je vais faire attention à mon mot...»

Elle s’interrompt. Le mot bloque dans sa gorge, refuse de sortir. Elle cherche un synonyme. Sourit.

Le mot qu’elle ne dit pas, c’est dociles. Elle l’a prononcé lors du point de presse du 29 avril. D’aucuns s’en sont sentis offusqués.

«Je ne savais pas que ce mot-là avait une connotation négative!» se défend-elle aujourd’hui, assurant y avoir vu «un pur synonyme de “respectueux des consignes”».

«Dans un point de presse que j’avais fait avant, je l’avais déjà employé, mais personne n’avait semblé remarquer. Alors je l’ai redit. Mais là, quand je suis sortie, on marchait la passerelle [vers le bureau du premier ministre] et les gens de l’équipe me disait : “Twitter... Dociles...” J’étais très surprise! Il n’y avait aucune malice derrière ça. 

«Je suis tout de suite allée googler le mot docile et effectivement, ça peut avoir une mauvaise connotation. Alors j’ai fait mon petit tweet pour dire que j’avais mal choisi mon terme. Mais en fin de compte, c’est cocasse», estime celle qui a ainsi ajouté à son capital d’autorité.

Maman multitâche

À 37 ans et mère de deux jeunes enfants — elle a accouché le 4 janvier et est revenue au travail une semaine avant le confinement —, Mme Guilbault a connu un printemps multitâche.

Mi-avril, elle a publié une photo sur ses réseaux sociaux où on la voit installée dans son fauteuil voisin de ce qu’on devine être une couchette, téléphone dans la main droite, dans la gauche un stylo planté sur des dossiers en équilibre sur ses cuisses, avec entre les bras le petit Christophe emmailloté dans le porte-bébé.

«Ç’a l’air mis en scène, mais non! C’était ma vraie vie, pas maquillée, pas rien, avec le bébé et je parlais au téléphone. Et s’il faisait trop de bruit, je le donnais à l’homme!» lance-t-elle en rigolant, rendant hommage à son conjoint.


« Je suis tout de suite allée googler le mot docile et effectivement, ça peut avoir une mauvaise connotation. Alors j’ai fait mon petit tweet pour dire que j’avais mal choisi mon terme. Mais en fin de compte, c’est cocasse »
Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec

Période appréciée où l’«on était 24/7 les quatre ensemble», même si elle a dû par moments aiguiser sa patience plus que de coutume.

Les mousses ont pu profiter de la présence de maman à la maison, alors qu’elle pouvait suivre une conférence en ligne, donner le bain à bébé et surveiller la grande de deux ans et demi du coin de l’œil, tout en ayant une brassée dans la laveuse.

Geneviève Guilbault

LE TROISIÈME LIEN PLUS D'ACTUALITÉ QUE JAMAIS

La première pelletée de terre dans le premier mandat. C’était la promesse électorale pour le troisième lien. Près de deux ans et une pandémie plus tard, le gouvernement de la CAQ garde le cap.

«Il y a des priorités qui s’imposent d’elles-mêmes. Le troisième lien, c’est notre gros chantier, notre gros projet. La première pelletée de terre dans le premier mandat? Oui, on travaille pour respecter cet engagement-là», réitère la vice-première ministre et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault.

«On veut accélérer les projets d’infrastructures. Il y aurait quelque chose d’incohérent de vouloir ralentir celui-là, alors que c’est notre projet de notre gouvernement de notre parti politique dans la Capitale-Nationale élargie, avec Chaudière-Appalaches et même tout l’Est-du-Québec.»

Les partisans du tunnel autoroutier entre Québec et Lévis ont franchi un pas de plus en début de semaine. Mme Guilbault a été ajoutée au comité de ministres pour la relance économique post-confinement.

Locomotive de la relance

«Je suis là comme vice-première ministre, mais j’associe aussi ma présence sur ce comité à ma responsabilité pour la Capitale-­Nationale, affirme-t-elle. Ça cristallise l’importance de la région dans la future relance. S’il y a des projets intéressants dans la Capitale-Nationale à mener ou à faire valoir, ce sera la tribune toute désignée.»

Selon la ministre Guilbault, Québec et ses environs ont «tout en main pour avoir une relance prometteuse et même devenir une locomotive pour la relance provinciale». La qualité de vie s’avère l’aspect le plus attractif de la région, évalue-t-elle.

Pour ce territoire s’étendant de Portneuf à Charlevoix et où Mme Guilbault inclut Lévis, le troisième lien s’inscrit dans sa «vision régionale élargie et inclusive», affirme-t-elle.


« Il y a des priorités qui s’imposent d’elles-mêmes. Le troisième lien, c’est notre gros chantier, notre gros projet. La première pelletée de terre dans le premier mandat? Oui, on travaille pour respecter cet engagement-là »
Geneviève Guilbault

Une connexion interrives en transport en commun relève aussi de l’évidence pour la ministre. Tout comme l’idée d’ensuite rejoindre «toutes les banlieues : Boischatel, L’Ange-Gardien ultimement, la MRC de La Jacques-Cartier, en haut Val-Bélair, en montant jusqu’à Lac-Saint-Charles, aller à l’ouest aussi!

«On a deux liens en ce moment, mais c’est presque comme juste un, parce qu’ils sont au même endroit. Le pont Pierre-Laporte a parfois besoin d’être fermé et le pont de Québec est vieux. Sécuritaire, mais vieux!» justifie Mme Guilbault.

Port et achat local

Le projet Laurentia d’un nouveau terminal de conteneurs au port de Québec prend aussi beaucoup d’importance à ses yeux.

La COVID accélérera de plus la mise en ligne d’une plateforme régionale d’achat local. Un seul endroit virtuel pour trouver tous les produits fabriqués dans la région. Ce sera relié au Panier bleu provincial.

Enfin, celle qui s’est loué un chalet dans Portneuf pour les vacances estivales vante au maximum le tourisme local. Les entreprises d’hébergement et de restauration sont les plus touchées par la crise. Olivier Bossé

PLAIDOYER POUR LE PORT DU MASQUE

Geneviève Guilbault remarque que «les gens portent très peu le couvre-visage, à Québec. Sauf peut-être un peu à l’épicerie et au centre d’achats», constate la vice-première ministre, ministre de la Sécurité publique et ministre responsable de la Capitale-Nationale.

Elle plaide pour une utilisation plus généralisée du couvre-visage, sans toutefois parler d’obligation. «C’est un outil de prévention très simple, peu coûteux et qui peut juste nous aider. Si jamais il n’y a pas de deuxième vague, on se dira qu’on a porté un masque pour rien? Ben oui! Mais c’est pas grave, ça n’enlève rien à personne!

«Je ne vois pas quel pourrait être le frein à porter un couvre-visage, réfléchit-elle à voix haute. Sinon peut-être un petit malaise, une petite gêne. On n’ose pas. On arrive quelque part et personne n’en a, c’est ça qu’il faut surmonter avant tout. Peut-être que les gens ne voient pas une nécessité parce qu’ils ont l’impression qu’on n’est pas vraiment à risque.

«Mais dans la mesure où une deuxième vague pourrait survenir, c’est partout dans le monde, il n’y a pas de raison que le Québec fasse exception. Une fois que tu es conscient qu’il y a un risque, quel pourrait être le frein, sinon une coquetterie mal placée», conclut-elle. Olivier Bossé