Nancy Guillemette devient la quatrième députée caquiste au Saguenay–Lac-Saint-Jean et la 75e pour le parti de François Legault qui n’existait pas, il y a sept ans.

Et de 75 pour la CAQ! Gare à la grosse tête... [ANALYSE]

ANALYSE / Un député de plus, ça ne change pas le monde, mais l’équipe de François Legault aura tout intérêt à gouverner avec humilité, sans arrogance ni grosse tête, durant le reste de son mandat.

Et de 75! Avec sa victoire sans surprise dans Roberval, lundi, la Coalition avenir Québec (CAQ) passe de 74 à 75 élus à l’Assemblée nationale. C’est beaucoup dans une assemblée qui compte 125 places.

Gouverner sans arrogance, sans rouler des mécaniques... C’est ce que les députés et ministres caquistes sont parvenus à faire depuis le 1er octobre. Mais cette discipline collective pourrait bien finir par s’évanouir avec le temps. Ça s’est déjà vu... L’ivresse du pouvoir enivre.

Gouverner avec humilité, c’est, dans ce cas-ci, gouverner en ayant à l’esprit le poids obtenu dans les urnes; et pas seulement celui apparaissant au parlement en raison des distorsions inhérentes à notre système électoral. Pour mémoire, la CAQ a récolté moins de 38 % des voix en octobre.

Gouverner avec humilité, c’est gouverner en tenant compte des partis d’opposition. Et pas seulement en faisant jouer son poids parlementaire écrasant.

Toute la question est de savoir ce que peut signifier «en tenant compte» dans le contexte actuel. Car, de législature en législature, c’est toujours ce que réclament les partis d’opposition; et bien des commentateurs aussi.

Tenir compte, oui, mais comment?

Un partage avant l’heure

Il est normal que le gouvernement Legault veuille honorer ses engagements électoraux. Qu’entendrions-nous sur la place publique s’il avait déjà jeté aux oubliettes ses principales promesses? 

Même s’ils ont des arguments on ne peut plus valables à avancer sur le cannabis et sur l’immigration, les libéraux et les péquistes ne sont pas les mieux placés pour faire la leçon au nouveau gouvernement sur les engagements qu’il devrait abandonner. C’est de bonne guerre politique, mais ils savent de surcroît qu’il ne rendra pas les armes de ce côté-là. C’est du bla-bla.

Le gouvernement Legault devrait par contre réellement faire en sorte qu’un nombre significatif de projets de loi présentés par les libéraux, les péquistes et les solidaires puissent traverser les différentes étapes législatives et se rendre jusqu’à un vote final des députés. Il tiendrait ainsi mieux compte de la place qui doit être la leur dans un système parlementaire moderne.

Une autre dynamique s’installerait. C’est vers là que le gouvernement devrait aller, même s’il compte maintenant un député de plus dans ses rangs.

Ce serait d’autant plus logique qu’il affirme lui-même vouloir passer d’un mode de scrutin uninominal à un mode de scrutin proportionnel. Et il répète qu’il présentera un projet de loi en ce sens.

S’il met lui-même ce principe sur la table, pourquoi ne gouvernerait-il pas dès ce mandat-ci en tenant un peu mieux compte — et de cette façon — des partis d’opposition?