Christian Daigle, président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, dénonce un «manque de respect» du gouvernement du Québec pour ses membres.

Erreur sur la paye: Québec doit 8,4 M$ à ses employés

Depuis le 1er avril, il manque 16 ¢ l’heure sur les chèques de paye des employés de l’État québécois. Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) dénonce un «manque de respect» pour ses membres, alors que le Conseil du Trésor évoque un problème de programmation du système de paye.

Le gouvernement devra environ 8,4 millions $ à ses employés syndiqués le 24 octobre, date où la situation devrait être réglée. Ce montant exclut les intérêts et le montant qui doit aussi être versé aux employés-cadres, victimes du même problème.

Le Conseil du Trésor indique qu’en moyenne, chaque employé est privé d’un montant de 5,60 $ par semaine. L’État compte environ 50 000 syndiqués et le retard aura été de 30 semaines, d’où le montant global de 8,4 millions $.

Ce montant forfaitaire de 16 ¢ l’heure avait été accordé à tous les employés membres du front commun, lors de la dernière ronde de négociation des conventions collectives. À l’époque, le gouvernement du Québec ne voulait pas accorder de hausse de salaire directe pour l’année 2019-2020 et avait compensé par ce moment forfaitaire.

«Bien que la somme individuelle soit risible, c’est un montant auquel les gens ont droit et qu’ils attendent. C’est une question de principe», commente Christian Daigle, président du SFPQ.

Le Conseil du Trésor est au courant depuis le début avril de ce retard dans les paiements. Le Soleil a pu lire une lettre datée du 8 avril, qui indique au SFPQ que le paiement de ce montant forfaitaire devra débuter en juin, en raison de «diverses difficultés».

Puis, le 20 juin, une autre lettre indique que comme ces difficultés ne sont pas «entièrement résolues», le paiement du montant forfaitaire devra encore attendre. «Pourquoi ils sont pas capables de se revirer de bord et de paramétrer en-dedans d’un mois ce changement-là? C’est ce qui est difficile à comprendre», commente M. Daigle.

Lors de la dernière négociation, les membres du SFPQ avaient obtenu un montant forfaitaire d’environ 500 $ pour 2015 (payé en un seul versement), ainsi que des augmentations de salaire de 1,5 % pour 2016, de 1,75 % pour 2017 et de 2 % pour 2018.

En 2019, ils ont obtenu une augmentation de salaire de 2,4 % en moyenne, en raison d’un exercice de relativité salariale. Cet exercice visait à simplifier les 150 échelles de salaire existantes pour les ramener à 28. Un montant forfaitaire de 250 $ par employé avait aussi été accordé, mais le gouvernement de l’époque avait demandé de l’étaler tout au long de l’année. C’est cet étalement qui semble aujourd’hui causer problème.

«Quand on avait présenté l’entente de principe en 2016, les gens étaient très déçus de ce 16 ¢ l’heure, qu’ils avaient accepté malgré tout. Alors aujourd’hui, d’être obligés de le rappeler au gouvernement et mettre de la pression pour l’avoir, ça démontre un peu un manque de respect envers les employés de l’État», critique M. Daigle.

Complexe 

«Le versement d’un forfaitaire à chaque période de paie est complexe et nécessite une programmation en conséquence. Compte tenu que cela coïncidait avec une mise à niveau planifiée des systèmes informatiques, des délais ont été occasionnés», explique Jean Auclair, responsable des relations avec les médias au Conseil du Trésor.

Le problème touche aussi le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Le conseiller à l’information Philippe Desjardins indique qu’une centaine de membres se sont plaints de ne pas avoir reçu ce montant forfaitaire sur leur paye.

«Nos membres doivent composer avec de maigres augmentations salariales d’environ 1 % par an pendant qu’une majorité de salariés québécois, selon l’Institut du Québec, encaisse des augmentations d’environ 5 % en 2019. Le gouvernement ne peut se soustraire à ses obligations et l’employeur doit respecter ses engagements», plaide-t-il.

Les employés des systèmes de santé et d’éducation du Québec ont aussi doit à un montant forfaitaire de 16 ¢ l’heure cette année. Comme leur système de paye est différent de celui de la fonction publique, ils ne connaissent pas ce problème et ont eu droit à toutes les sommes dues depuis le 1er avril.