Erin O'Toole s'est présenté devant les journalistes mardi matin pour une première fois depuis qu'il a été déclaré gagnant dans la course à la chefferie du Parti conservateur.
Erin O'Toole s'est présenté devant les journalistes mardi matin pour une première fois depuis qu'il a été déclaré gagnant dans la course à la chefferie du Parti conservateur.

Erin O'Toole martèle qu'il est «pro-choix» et qu'il respectera tous les membres

Catherine Lévesque
La Presse canadienne
OTTAWA - Le chef fraîchement élu du Parti conservateur (PCC), Erin O'Toole, a martelé qu'il est «pro-choix» même s'il a voté en faveur d'un projet de loi d'initiative parlementaire qui aurait donné des droits légaux au foetus.

Se présentant devant les journalistes mardi matin pour une première fois depuis qu'il a été déclaré gagnant, le nouveau chef conservateur a été rattrapé par l'enjeu de l'avortement qui avait fait dérailler la campagne électorale de son prédécesseur Andrew Scheer l'an dernier.

Le projet de loi C-225, déposé par la députée antiavortement Cathay Wagantall en 2016, visait à modifier le Code criminel afin d'«ériger en infraction le fait de blesser un enfant à naître ou de causer sa mort» lorsqu'une femme enceinte est victime d'un acte criminel.

M. O'Toole estime que ce projet de loi portait sur un enjeu de sécurité publique pour les femmes et non sur le droit à l'avortement. Il dit avoir voté en faveur du projet de loi en deuxième lecture pour l'envoyer en comité parlementaire afin qu'il soit étudié.

Comme la majorité des projets de loi d'initiative parlementaire, C-225 n'a pas vu le jour.

M. O'Toole, qui doit sa victoire à sa capacité d'avoir rallié les partisans de ses adversaires Leslyn Lewis et Derek Sloan, de la frange sociale-conservatrice, a répété qu'il allait avoir une attitude respectueuse envers tous les membres du parti, quelles que soient leurs opinions.

«C'est possible d'écouter les gens et, en même temps, d'être un député pro-choix. Et je vais avoir une approche comme ça», a-t-il dit, ajoutant qu'il n'avait rien à cacher sur ses opinions personnelles.

«J'ai gagné la course à la chefferie comme un député pro-choix, comme un député avec un bilan totalement clair sur les enjeux sociaux et ce sera mon approche comme chef de l'opposition et comme premier ministre», a-t-il ajouté.

Depuis son entrée en fonction lundi, au petit matin, M. O'Toole a multiplié les rencontres. Il a discuté avec le premier ministre Justin Trudeau du sentiment d'aliénation dans l'Ouest canadien et de la prorogation du Parlement jusqu'au 23 septembre.

Au téléphone, il s'est entretenu avec les premiers ministres conservateurs Jason Kenney, Scott Moe et Doug Ford. Il veut cependant rencontrer le premier ministre du Québec, François Legault, en personne. Aucune date n'a été avancée pour une telle rencontre pour le moment.

«C'est important pour moi de connecter avec le premier ministre Legault comme chef de l'opposition parce que j'aimerais travailler en étroite collaboration sur les enjeux pour le bien-être des Québécois et Québécoises», a affirmé M. O'Toole.

L'équipe prend forme

M. O'Toole a annoncé mardi ses premières nominations comme chef de l'opposition officielle et, déjà, ses choix sont critiqués par les libéraux qui l'accusent de ressusciter l'ère Harper.

Ainsi, Tausha Michaud devient conseillère principale de M. O'Toole et Fred DeLorey devient directeur de campagne national. Les deux sont des vétérans de l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper et ont gravité dans les cercles conservateurs au pays.

L'ex-député Alupa Clarke, qui a agi comme président de la campagne O'Toole au Québec, devient également conseiller principal du chef.

«(Les conservateurs) semblent être coincés dans le passé», a critiqué le ministre de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie, Navdeep Bains, s'exprimant quelques minutes après M. O'Toole.

Le ministre Bains a également déploré que le nouveau chef conservateur semble suivre la voie de la «politique négative» en laissant l'ancien candidat à la direction et député Derek Sloan dans ses rangs malgré des propos controversés.

M. Sloan avait notamment laissé entendre que l'administratrice en chef de l'Agence de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, née à Hong Kong, travaille pour la Chine et non pour le Canada. Ces propos lui avaient valu des accusations de racisme et des menaces d'expulsion.

M. Scheer n'avait pas voulu se prononcer à ce sujet, estimant qu'il revenait au nouveau chef de décider du sort de M. Sloan.

À ce sujet, M. O'Toole a dit qu'il avait eu des «différences marquées» avec son ancien rival, mais n'a pas semblé indiquer qu'il y aurait des sanctions pour ses propos envers la Dre Tam.

«Pendant une course à la chefferie, il y a des pressions, des chicaneries dans une course... et c'est fini. Nous sommes unis comme parti maintenant et je vais parler avec Derek et tous les députés à la première réunion du caucus», a dit le nouveau chef.

M. O'Toole a dit qu'il en est à former son cabinet fantôme. Il restera à voir s'il fera une place de choix à ses anciens rivaux Leslyn Lewis et Peter MacKay, non élus au Parlement.

Une élection anticipée?

Sous la direction de M. O'Toole, les conservateurs ne semblent pas pressés de réclamer une élection anticipée - pour l'instant. Ce serait plutôt le premier ministre qui serait pressé d'en découdre avec ses adversaires.

«Je vais toujours mettre les intérêts des Canadiens en priorité et nous allons collaborer quand nous pouvons. Si M. Trudeau croit qu'il peut jouer des jeux politiques avec le nouveau chef et forcer une élection, nous serons prêts», a affirmé M. O'Toole, mardi.

La colline parlementaire à Ottawa recommencera à grouiller d'activités le 23 septembre, quand la gouverneure générale Julie Payette prononcera un discours du Trône pour marquer une nouvelle session parlementaire. Un vote de confiance s'ensuivra.

Quoi qu'il en soit, M. O'Toole a déjà commencé à réciter la présentation qu'il offrira aux électeurs le temps venu. Il s'est déjà décrit comme un homme qui a servi le Canada toute sa vie adulte et un politicien qui a de l'expérience dans le «vrai monde».

«C'est pour cela que je ne suis pas célèbre ni connu... je sais comment faire avancer les choses. Je n'échappe pas le ballon et je me suis toujours battu pour les Canadiens depuis que j'ai quitté l'école secondaire et que j'ai rejoint les rangs de l'armée», a-t-il dit.

«Le Canada a besoin d'un "fighter"», a ajouté le nouveau chef.