Décodage: la CAQ est d’attaque

DÉCODAGE / Dans les médias, la Coalition avenir Québec a parfois l’air d’une victime. Elle passe pour la formation sur laquelle ses adversaires fondent sans cesse. C’est vrai qu’ils ne cessent de l’attaquer. Mais la CAQ est plus souvent à l’offensive qu’il n’y paraît.

Elle fait flèche de tout bois depuis longtemps. Au fil des ans, son organisation est même passée maître dans l’art des demandes d’accès à l’information visant à débusquer tout ce qui pourrait égratigner ou écorcher le gouvernement. Elle est particulièrement efficace dans cet exercice.

Elle sait aussi débusquer les mots qui peuvent créer la polémique. Dernière démonstration en date : mardi soir. Philippe Couillard tenait un rassemblement militant dans la capitale. Les médias présents n’ont pas relevé une phrase qu’il a lancée sur le fait que son gouvernement «n’a pas besoin de tout l’argent» envoyé par les citoyens «pour faire la job comme il faut». Ils ne l’ont pas fait parce que dans le contexte de son discours, il n’y avait pas de «nouvelle» comme telle.

Dès la fin de la soirée et le lendemain matin à la première heure, la Coalition avenir Québec a toutefois mis en exergue cet élément du discours du chef libéral. Résultat : son gouvernement a été placé sur la défensive tout le reste de la semaine.

«C’est à vous cet argent-là», a dit M. Couillard lors de cette soirée. «C’est vous autres qui l’avez envoyé. Ça fait qu’on vous en redonne. C’est un retour que vous avez parce que le Québec va bien.»

Mercredi, après l’intervention de la CAQ, Philippe Couillard a dû se défendre d’avoir admis que son gouvernement avait perçu des impôts et des taxes en trop.

Le lendemain, c’est son ministre des Finances, Carlos Leitão, qui a cru nécessaire d’expliquer le sens des propos de son chef : «Nous sommes rentrés depuis 2015 dans un cercle vertueux où il y a plus de consommation, plus d’investissement, plus de revenus de l’État; donc, on peut se permettre de faire des allègements fiscaux.»

Dans son discours de mardi soir, Philippe Couillard avait accusé les caquistes d’être «bricoleurs», «dépensiers», «amateurs» et «brouillons»…

La CAQ sait être d’attaque. Elle a répliqué par la bouche de ses canons avec cette histoire de «trop-perçu» de taxes et d’impôts. Elle est parvenue à nuire au gouvernement.

Cela dit, ce dernier est désormais confronté à un problème : comment faire des annonces, comme celle de vendredi sur le transport aérien régional, sans qu’elles soient perçues comme des cadeaux électoraux? Est-ce même possible? 

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Tandem

La décision de Jean-François Lisée de nommer Véronique Hivon vice-chef du Parti québécois n’a pas été prise sur le coin d’une table à la suite de la parution du dernier sondage Léger.

Une preuve? C’est parce que la principale intéressée savait, elle, ce qui s’en venait qu’elle a par exemple décliné deux semaines avant cette annonce une demande d’entrevue du Soleil.

En préparation depuis quelques semaines, cette nomination constitue un bon coup de M. Lisée. Comme Alexandre Cloutier qui, lui, a cependant décidé de ne pas se représenter aux prochaines élections, Mme Hivon incarne une façon différente de faire la politique.

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Apaisement

Quelques-uns ont applaudi les mots utilisés par le premier ministre du Canada Justin Trudeau lors d’une cérémonie commémorant le terrible attentat commis l’an dernier à Québec. D’autres, plus nombreux, selon l’écho médiatique, les ont pourfendus.

Justin Trudeau a invité à ne pas avoir peur du mot islamophobie et à voir le racisme là où il se trouve — à ne pas seulement dire qu’il est le fait des autres, qu’il ne serait le fait que des «nonos qui se promènent avec des pattes de chien sur le t-shirt».

Pour le Parti québécois et la Coalition avenir Québec, il y avait là amplement de quoi réagir. Tous les deux dénoncent chaque fois que l’occasion s’en présente toute idée pouvant suggérer qu’un racisme systémique existe dans la société. En plus, pour le Parti québécois, le propos émanait du premier ministre du Canada.

L’un et l’autre, et la CAQ et le PQ, ont pourtant choisi de rester en retrait, de ne pas réagir ou alors en sourdine. Ils ont choisi de ne pas exploiter l’affaire à des fins politiques.

C’était sage. Car, ce dont la société a besoin, la nôtre comme bien d’autres, c’est d’apaisement sur ces questions.

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Souvenir de Lucien Bouchard

Le gouvernement Couillard marche sur des œufs devant les difficultés dont témoignent les infirmières. Il s’en prend à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec tout en tentant d’éviter de braquer ses membres et les infirmières en général.

Au gouvernement et au Parlement, nombreux sont ceux qui se souviennent du dur conflit qui avait opposé le premier ministre Lucien Bouchard et les infirmières à la fin des années 90. Elles bénéficiaient d’un très fort soutien au sein de la population, une situation qui avait sérieusement ébranlé le gouvernement Bouchard.

Les situations ne sont pas comparables, mais certaines servent de leçon.