Lundi, Jean Lapointe était à l’école Jean-de-Brébeuf où il a participé avec la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, à une annonce du gouvernement du Québec d’une subvention de 1,5 million $ à la Fondation Jean Lapointe.

Cannabis: Trudeau n'aura pas le vote de Jean Lapointe

La légalisation à venir du cannabis au Canada ne fait toujours pas l’affaire du gouvernement du Québec, et encore moins de Jean Lapointe. L’ancien sénateur libéral a lancé une flèche en direction de Justin Trudeau, lui assurant qu’il n’aura pas son vote aux prochaines élections.

Inquiet, Jean Lapointe n’est pas passé par quatre chemins pour exprimer son désaccord envers la décision unilatérale du premier ministre d’aller de l’avant avec la légalisation du cannabis partout au pays. 

«C’est clair, net et précis, il m’a mis trop en maudit en faisant cette annonce. Il ne le sait peut-être pas, mais peut-être qu’il va être responsable du décès de quelques uns, on verra», a déclaré M. Lapointe, qui a été nommé au Sénat par Jean Chrétien en 2001. 

Celui qui est maintenant le président honoraire de la fondation de lutte contre la toxicomanie, qui porte son nom, a lancé ce cri du cœur personnel à la toute fin d’une conférence de presse, lundi midi. 

À l’école Jean-de-Brébeuf, dans Limoilou, le gouvernement a annoncé une subvention de 1,5 million $ à la Fondation Jean Lapointe pour prévenir les conséquences de la consommation de drogues, particulièrement la marijuana, chez les jeunes.

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, n’a pas voulu commenter les paroles éditoriales de M. Lapointe. «Je travaille sur mon projet de loi qui encadre le cannabis, et je ne ferai pas d’évaluation sur aucun autre gouvernement. Je ne suis pas une personne qui s’amuse à juger les autres, je travaille à faire en sorte qu’on améliore notre sort», a-t-elle dit par la suite. 

«C’est sa déclaration, j’ai beaucoup de respect pour M. Lapointe», a-t-elle poursuivi. M. Lapointe avait aussi déclaré que la légalisation du cannabis pourrait coûter des vies et que Justin Trudeau en serait responsable. 

«Tout ce qui m’importe en ce moment, c’est de faire bien les choses. On a une clientèle jeune et il faut faire en sorte qu’il n’y ait pas de malheureux événements», a ajouté la ministre. 

Programme de sensibilisation

Ainsi, un total de 3 millions $, financé à parts égales par Québec et la Fondation Jean Lapointe, appuiera le déploiement d’un programme de sensibilisation dans les écoles secondaires de la province. 

Mme Charlebois a rappelé que les délais sont serrés pour les parlementaires — qui siégeront jusqu’en juin — pour adopter le projet de loi sur l’encadrement du cannabis. Même si la date exacte de la légalisation n’est pas encore connue, la fin de la session parlementaire suivie de l’été et des élections générales pressent le gouvernement à adopter son projet de loi rapidement.

«Comme parlementaire aguerrie, il est important pour nous de faire notre travail correctement», a-t-elle commenté. «L’objectif visé c’est d’avoir fini ça avant la fin juin. [...] Il faut adopter le projet de loi avant la fin juin sinon c’est le projet de loi fédéral qui va prévaloir et le cannabis va rentrer de partout», a-t-elle réitéré plus tard. 

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CHARLEBOIS S'EMPORTE

La ministre responsable de la Santé publique Lucie Charlebois est grimpée dans les rideaux lundi, ne tolérant pas qu’on l’accuse de «prendre à la légère» l’encadrement du cannabis.

En commission parlementaire pour étudier le projet de loi 157, le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) Simon Jolin-Barrette a soutenu que le gouvernement libéral prenait à la légère la légalisation du cannabis. 

«Je suis tellement en maudit […] Je me laisserai pas dire ce que je viens de me faire dire», s’est emportée Mme Charlebois. Elle a soutenu qu’avec son expérience de 58 ans de vie et ayant huit petits-enfants, elle était loin de se foutre des conséquences de la légalisation du cannabis. 

«Je l’ai vraiment sur le cœur», a-t-elle lancé, passionnée. La ministre a expliqué que le projet de loi prévoit déjà l’interdiction de fumer du cannabis dans une longue liste de lieux publics, comme les abribus, les chapiteaux, sur les terrains sportifs, les aires de jeux pour enfants, les terrains des cégeps et universités, etc. 

Pour les autres lieux publics, Mme Charlebois souhaite laisser les municipalités qui le désirent être plus restrictives. C’est une question d’autonomie municipale, a plaidé la ministre. 

M. Jolin-Barrette a déploré l’«attitude» de la ministre. Selon lui, elle aurait dû écouter ensemble de son intervention au lieu «de se pomper». «C’est pas une question d’autonomie municipale, c’est une question de responsabilité provinciale», a-t-il plaidé. 

Tout comme le Parti québécois, la CAQ aurait souhaité modifier le projet de loi afin qu’il s’arrime sur celui de l’Ontario et interdise la consommation de cannabis sur les trottoirs et dans la rue. Ce qui a été rejeté par le gouvernement.  

Alors qu’elle répète depuis plusieurs semaines que le travail sur ce projet de loi est fait en collaboration avec les députés de l’opposition, la ministre Charlebois montre maintenant des signes d’impatience, en répétant qu’il faut adopter la loi avant la fin juin, afin que le Québec soit prêt lorsque le fédéral légalisera le cannabis.  Patricia Cloutier