Le ministre des Finances du Québec Éric Girard. 
Le ministre des Finances du Québec Éric Girard. 

Budget: peu de mesures concrètes pour la population

Trois-Rivières — Le budget du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) déposé mardi ne changera pas le quotidien des ménages québécois. Selon le professeur d’économie au Département de finance et d’économie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Frédéric Laurin, il contient peu de mesures touchant directement les citoyens.

Le spécialiste de l’UQTR mentionne d’emblée qu’il «ne s’agit pas d’un budget électoraliste». C’est tout le contraire, précise-t-il. «Il n’y a pas tant de dépenses à gauche et à droite parce qu’on va chercher des marges de manœuvre en versant de l’argent au Fonds des générations, ce qui équivaut à un remboursement de dette. Ça peut donner des marges de manœuvre s’il y a un ralentissement économique dans les prochaines années», explique le professeur d’économie à l’UQTR.

«Il n’y a presque rien que les citoyens pourront toucher comme argent dans la prochaine année. C’est soit des investissements à long terme ou des remboursements au Fonds des générations. C’est pour ça que les gens trouvent que le budget est un peu ennuyant, parce qu’il ne nous touche pas immédiatement et directement.»

Selon le professeur d’économie, il s’agit du type de budget que le gouvernement doit faire lorsqu’il y a des surplus budgétaires et que nous ne sommes pas en année électorale. «Il faut en profiter pour faire des mesures à long terme qui ont moins de retombées ou de visibilité immédiates, mais qui ont leurs importances à moyen et long terme. Si le gouvernement veut rattraper l’économie de l’Ontario, c’est ce qu’on doit faire.»

La professeur d’économie à l’UQTR, Frédéric Laurin.

Le gouvernement de la CAQ affirme en déposant ce budget mettre en place d’importantes mesures pour lutter contre les changements climatiques, mais Frédéric Laurin soutient que ses démarches semblent plutôt timides. «Je trouve que ça manque d’ambition au niveau de la politique environnementale. Les nouveaux montants investis sont environ de 67 millions $ par année. Tout le reste, c’est des crédits déjà alloués ou des montants qui étaient déjà là pour l’environnent, notamment des montants qui viennent du marché du carbone», mentionne Frédéric Laurin en ajoutant toutefois que le gouvernement va dans la bonne direction avec l’électrification des transports.

«Comme nous avons l’hydroélectricité au Québec, l’essentiel des gaz à effets de serre vient du transport. C’est là-dessus qu’il faut travailler. Mais je me serais attendu à quelque chose de plus ambitieux, compte tenu de l’urgence climatique. Peut-être que pour la CAQ c’est très ambitieux, parce que c’est nouveau comme enjeux pour eux.»

Des parents déçus

Au cours des derniers mois, les parents d’enfants fréquentant une garderie privée non subventionnée ont vivement dénoncé leur exclusion du retour au tarif universel des services de garde subventionnés. Avant l’annulation de la contribution additionnelle l’automne dernier, les tarifs de garde étaient modulés en fonction du revenu familial. Depuis quelques mois, les parents qui ont la chance d’avoir une place dans une garderie subventionnée paient 8,35 $ par jour par enfant, alors que le prix peut s’élever à 35 $ ou 45 $ par jour.

Paméla Marcotte-Michaud du Regroupement de parents utilisateurs de garderies non subventionnées et son fils Arnaud Vézina.

Au cours des derniers mois, le Regroupement de parents utilisateurs de garderies non subventionnées a multiplié les démarches auprès du gouvernement. Ces parents affirment que cette disparité dans les tarifs de garderie touche environ 25 % des familles du Québec.

Celles-ci doivent débourser davantage pour les services de garde, alors que nous sommes dans une situation de pénurie de place dans le réseau public. Ce regroupement a même déposé un mémoire lors des consultations prébudgétaires ainsi qu’une pétition signée par plus de 24 000 personnes.

«Le gouvernement fédéral a déjà compris l’importance et l’impact positif des femmes sur le marché du travail depuis l’avènement des garderies. Le provincial a l’opportunité de bénéficier de cet impact positif dès maintenant. Il ne le fait pas par entêtement du ministre de la Famille Mathieu Lacombe?», se demande Paméla Marcotte-Michaud, une mère de Trois-Rivières membre du regroupement et instigatrice d’une plainte déposée à la Commission des droits de la personne pour dénoncer l’iniquité dans les tarifs de garde.

«C’est très frustrant, il met des familles au bord de la faillite personnelle, nous avons un paquet de témoignages choquants. C’est très décevant de la part d’un gouvernement se disant proche du peuple. D’autant qu’ils ont encore des surplus.»