Nathalie Roy

Budget 2020: à la défense de la culture québécoise 

L’investissement en culture effectue un bond de plus de 80 millions $ cette année. La ministre Nathalie Roy veut aider la création de contenus québécois, mais veut surtout assurer que les œuvres voyagent hors des frontières de la province. 

«L’année dernière, on conservait la vision culturelle libérale et on sécurisait les sommes dans chaque discipline. Là, c’est vraiment ma vision de la culture au Québec que j’impose. Les créateurs font des œuvres éclatées, avec la réalité virtuelle. Ce n’est pas couvert, je viens bonifier ça pour les créateurs qui voudront toucher à toutes ces nouveautés», indique la ministre de la Culture et des Communications.

Au même titre que le Québec reçoit le contenu artistique de partout dans le monde, le Québec doit pouvoir partager son art.

«On ne se bat pas à armes égales, on se bat contre des multinationales, parmi les meilleurs au monde. Ici, on réussit à faire des choses extraordinaires avec moins de moyens. On leur donne plus de moyens et ils pourront nous épater davantage.» 

En 2017, le secteur culturel offrait 3,9 % des emplois au Québec, et contribuait donc à 11 milliards de l’économie.

Le gouvernement souhaite surtout investir pour «décloisonner, créer et exporter la culture québécoise». Alors que 9,6 M$ étaient déployés dans l’année 2019-20 pour ce secteur d’activités, on parle de 73 M$ pour 2020-21, et un total de 371,9 M$ jusqu’en 2025. 

«On va soutenir pour la première fois les séries télé [15 millions $]. Aussi on va mettre 3 millions $ dans la captation. Les acteurs de pièces de théâtre ou les danseurs qui font des prestations magnifiques sont vus quelques fois en salle, avec une tournée s’ils sont chanceux. Après, l’œuvre disparaît, ça me brise le cœur. On va s’assurer de la garder avec nous et la diffuser à plus de monde», note la ministre Roy, parmi d’autres exemples. 

Un total de 457 millions $ additionnels est réservé à la culture dans le nouveau budget, pour tous les secteurs. Le ministre des Finances juge que ce sont «des interventions directes dans les programmes» et qu’il s’agit d’une «hausse extrêmement significative». 

Quelque 7 millions $ par année sont réservés pour soutenir les organisations culturelles et muséales, tandis que 10 millions $ par année sont utilisés pour protéger et valoriser la langue française.

L’industrie artistique entendue

Le développement constant des plateformes de diffusion en continu (Spotify, Apple Music) et l’ouverture aux marchés internationaux nuisent depuis quelques années déjà aux artistes québécois, surtout sur le marché de la langue française. On se souviendra de l’intervention du chanteur Pierre Lapointe au dernier gala de l’ADISQ. 

Les deux crédits d’impôt visant à soutenir l’industrie seront bonifiés pour 2020-2021; celui pour la production d’enregistrement sonore et l’autre pour la production de spectacles (35 % chacun applicable aux frais de main-d’œuvre). 

«On ajoute 20 millions $ additionnels à ce qu’on avait déjà. On a pris le pouls des artistes pour les soutenir davantage», note aussi Nathalie Roy.

Le patrimoine protégé

Le ministère de la Culture veut aussi mettre en place des infrastructures culturelles dans chaque région avec la création d’un parcours. Des immeubles patrimoniaux bien choisis seront restaurés et aménagés.

«Ce qui fait la beauté d’un village ce sont les vieux bâtiments qui racontent une histoire. Il y aura une annonce prochainement pour qu’on puisse valoriser tous ces bâtiments avec une vocation culturelle, leur donner une seconde vie pour qu’on puisse en profiter.»

Cette initiative s’ajoute à celle déjà annoncée par Mme Roy et Andrée Laforest (Affaires municipales) cet automne. Des fonds sont déjà déployés dans chaque région pour payer des professionnels qui assureront la protection des maisons privées jugées patrimoniales, afin de freiner la démolition de celles-ci par manque d’entretien. 


À lire aussi: Un budget vert pâle 

À lire aussi Budget 2020: sous le radar

À lire aussi : Budget 2020: des sommes pour les femmes, les enfants et les autochtones