Au début des années 2000, Bernard Landry avait défendu la décision de son gouvernement de se priver de 18 millions $ d’Ottawa pour éviter la présence de l’anglais et d’unifoliés sur le site du futur aquarium de la capitale et de ce qui devait être le nouveau zoo de Québec. On avait alors parlé du «style Landry».

Bernard Landry (1937-2018): la blessure du patriote

BILLET / Bernard Landry a été un homme d’État, même s’il a été premier ministre du Québec relativement peu de temps. Cet homme, qui aimait se qualifier de patriote, a accompagné la modernité du Québec. Il était lui-même très moderne.

Cet indépendantiste pur pouvait être bouillant. Ses adversaires, mais aussi ses compagnons de route et ses camarades du Parti québécois le savent.

Sur le plan personnel, Bernard Landry était porté vers l’optimisme et la bonne humeur — et tout à la fois sensible. Très sensible. Beaucoup plus qu’il en donnait l’impression à travers les médias.

Il a ainsi porté comme une vraie blessure au cœur sa démission du Parti québécois en 2005. Au Centre des congrès de Québec, en juin de cette année-là, il a tout quitté sur-le-champ — et la direction du Parti québécois et son siège de député de Verchères. Il n’avait recueilli «que» 76,2 % d’appuis au vote de confiance qui venait de se dérouler.

Il estimait que son devoir était de céder sa place. Comme le premier ministre François Legault l’a exprimé, M. Landry était un homme de devoir. En démissionnant, il pensait faire passer «les intérêts de la patrie» avant les siens.

Bernard Landry était un homme de devoir et de responsabilités. Et un homme décidé. Ce qui n’excluait pas les doutes parfois, bien que jamais sur la pertinence de l’indépendance.

Après sa démission fracassante, plus tard en soirée, dans un restaurant de la Grande Allée, des gens de son entourage ont perçu que le chef démissionnaire vacillait, qu’il ne savait plus trop ce qu’il devait faire. Mais il était trop tard. Les dés avaient été jetés.

Quelques années après sa démission, il avait partagé entre autres avec l’auteur de ces lignes les doutes qui le tenaillaient encore sur la décision qu’il avait prise — six ans plus tôt.

Des regrets? «Évidemment», avait-il dit sans faux-fuyant. «Mais les regrets sont stériles. Je ne les cultive pas. J’ai peut-être fait une erreur... mais en tout cas.»

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Depuis l’annonce du décès de Bernard Landry, plusieurs font référence à l’épisode du «chiffon rouge». En janvier 2001, il avait déclaré que «le Québec n’a pas l’intention de faire le trottoir pour des bouts de chiffons rouges ou pour d’autres raisons».

Ce n’était pas une phrase préparée, sachons-le. Alors vice-premier ministre du Québec et candidat à la succession de Lucien Bouchard, M. Landry l’avait lancée en réponse à une toute dernière question posée par un représentant des médias à la toute fin d’un point de presse, un point de presse qui venait même de se terminer.

M. Landry avait ainsi défendu la décision de son gouvernement de se priver de 18 millions $ d’Ottawa pour éviter la présence de l’anglais et d’unifoliés sur le site du futur aquarium de la capitale et de ce qui devait être le nouveau zoo de Québec. On avait alors parlé du «style Landry». 

Plus personne ne semble s’en souvenir, mais, le lendemain, le bouillant politicien avait présenté ses excuses. Pour lui, c’était de la noblesse politique de savoir s’excuser.

Passionné, volontaire, déterminé. Tous ces qualificatifs décrivent bien Bernard Landry. Il était aussi un politicien entier et authentique. Il en avait tout naturellement fait un style.

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