Le chef conservateur Andrew Scheer et sa femme Jill à Upper Kingsclear, au Nouveau-Brunswick, jeudi

Avortement: Scheer se dit pro-vie; les candidats conservateurs de Québec sont pro-choix [VIDÉO]

Après avoir passé deux heures de débat à refuser de dire tout haut sa position personnelle sur le droit à l’avortement, et avoir maintenu ce refus durant le point de presse qui a suivi le débat télévisé au réseau TVA mercredi, Andrew Scheer, jeudi matin, s’est ravisé.

«Je suis personnellement pro-vie», a-t-il dit lorsqu’il est apparu à un événement de campagne dans le sud du Nouveau-Brunswick.

Lorsqu’il a répété, à la demande des journalistes, cette déclaration en anglais, la petite foule de militants l’a applaudi.

«Mais [la] chose important[e] pour tous les Canadiens, tous les Québécois et Québécoises, c’est le fait que j’ai fait un engagement que comme premier ministre, je ne vais pas ouvrir ce débat et je vais voter contre n’importe quelle mesure qui essaie de réouvrir ce débat», a-t-il rappelé, en français.

En anglais, il a dit qu’il avait toujours répondu à cette question de manière «ouverte et honnête» depuis la première fois qu’il s’est porté candidat aux élections fédérales en 2004, en passant par sa campagne au leadership en 2016, et depuis.

Lors de cette campagne au leadership,

M. Scheer n’avait pas voulu joindre sur scène les autres candidats qui s’opposent au droit à l’avortement lors de la manifestation qui envahit la colline parlementaire chaque printemps. Il y avait cependant délégué des députés qui appuyaient sa course à la chefferie pour dire à la foule qu’il était dans son camp.

«Ma position personnelle a toujours été ouverte et cohérente», a-t-il déclaré en anglais, jeudi à Kingsclear.

Mercredi soir, alors que des centaines de milliers de téléspectateurs québécois regardaient le Face-à-face du réseau TVA, M. Scheer avait choisi de ne pas étaler cette «position ouverte».

«Criminel du climat!»

De son côté, le chef libéral Justin Trudeau s’est offert un minuscule bain de foule dans un café où étaient réunis bénévoles et candidats montréalais.

«Hier soir, c’était clair dans le débat», leur a-t-il dit, grimpé sur une chaise. Ce qui était clair, selon lui, c’est le refus du chef conservateur de lutter contre les changements climatiques.

«On comprend, les autres partis pensent qu’il faut agir sur les changements climatiques, évidemment. Mais ça prend un gouvernement pour le faire. Andrew Scheer ne veut pas lutter contre les changements climatiques et le Bloc ne peut pas mettre en place un plan pancanadien pour lutter contre les changements climatiques», a argué M. Trudeau, applaudi par ses militants.

Sorti à l’extérieur du café où se tenait son point de presse du jour, il a été accueilli par les cris d’un manifestant. «Criminel du climat!», a-t-on entendu hurler en anglais à quelques reprises.

«La menace, c’est que Andrew Scheer arrive au pouvoir et on se retrouve dans les années Harper où rien ne se fait pour l’environnement», a offert aux micros des journalistes le chef libéral.

Puis, il a justifié son acharnement sur la question de l’avortement et sur l’opinion personnelle d’Andrew Scheer sur cet enjeu.

«Le débat qu’on est en train d’avoir dans cette campagne, c’est parce qu’on a un chef qui refuse de répondre à une question simple. Est-ce qu’il croit que les femmes ont le droit de choisir, oui ou non?», a-t-il demandé pour la énième fois.

Deux heures plus tard, dans le sud du Nouveau-Brunswick, Andrew Scheer a répondu... non. «Cette idée de s’en remettre à la loi comme il le fait, quand un gouvernement a le pouvoir de changer les lois, est tout simplement irresponsable», disait M. Trudeau, le matin.

«Je pense que les femmes peuvent voir que Andrew Scheer ne sera pas là pour défendre leurs droits», concluait-il.

«Il a eu la chance de le dire mais il ne l’a pas dit», a fait remarquer le chef néo-démocrate Jagmeet Singh à propos de l’admission tardive de M. Scheer. «Ça montre un manque de courage», de l’avis de M. Singh.

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LES CANDIDATS CONSERVATEURS DE QUÉBEC PRO-CHOIX

Leur chef Andrew Scheer s’est finalement affirmé contre l’avortement, jeudi matin, après avoir été pressé de questions sur le sujet lors du débat de la veille. «Je suis personnellement pro-vie», a-t-il dit lorsqu’il est apparu à un événement de campagne dans le sud du Nouveau-Brunswick. Les candidats conservateurs de la région de Québec Marie-Josée Guérette, Bianca Boutin, Pierre Paul-Hus, Joël Godin et Alupa Clarke se rangent néanmoins dans le camp pro-choix, c’est-à-dire en faveur du droit à l’avortement. Voici ce qu’ils ont dit, en marge d’un point de presse commun sur la protection du lac Saint-Charles :

«Je ne me cherchais pas un emploi [elle est vice-présidente exécutive chez La Capitale]. Avant de m’engager, j’ai rencontré M. Scheer et c’était ma première question, une condition d’engagement. Comme chef de gouvernement, il s’est engagé à ne pas rouvrir le débat sur l’avortement. Sa position [pro-vie] est personnelle, mais il place son devoir de chef d’État au-dessus.» ­

Marie-Josée Guérette, candidate dans Louis-Hébert

«Si j’étais inquiète qu’on allait rouvrir le débat [sur l’avortement], je ne serais pas candidate chez les conservateurs. Je n’ai aucun doute, la position est claire. Je suis pro-choix et ce n’est pas un enjeu pour moi, sinon je ne serais pas ici.»

Bianca Boutin, candidate dans Québec

«Si M. Scheer le déclare, c’est sa position. Mais l’important, du point de vue politique, c’est que pour un gouvernement conservateur, il n’est aucunement question de rouvrir le débat. Le débat [télé de mercredi] a commencé par ce sujet-là. Pourquoi? J’ai trouvé ça un peu retors [tricky]. C’est supposé être un débat sur ce qui s’est passé en politique au cours des quatre dernières années et pour voir où on s’en va dans l’avenir, mais de toujours ramener ça, c’est faire par exprès. C’était très abrutissant de voir des questions comme ça sur le débat de l’avortement qui ne devrait même pas avoir lieu.» 

Pierre Paul-Hus, député sortant et candidat dans Charlesbourg—Haute-Saint-Charles

Olivier Bossé