Le député conservateur Pierre Poilievre entend terminer son discours-fleuve lorsque le gouvernement libéral acceptera qu’un comité parlementaire reprenne l’étude de l’affaire SNC-Lavalin.

Affaire SNC-Lavalin: nouvelle manoeuvre d'obstruction parlementaire

OTTAWA — La Chambre des communes est à nouveau perturbée par l'affaire SNC-Lavalin.

Peu après 12h, lundi, un député conservateur a entamé un discours qu'il n'entend finir que lorsque le gouvernement libéral acceptera qu'un comité parlementaire reprenne l'étude de cette affaire.

Avant de se lancer dans son discours-fleuve, Pierre Poilievre a convoqué la presse dans le foyer de la Chambre des communes.

«Je vais continuer à parler à la Chambre des communes [...] jusqu'au moment où M. [Justin] Trudeau mettra fin au camouflage et permettra à tous les témoins de paraître devant le comité», a-t-il prévenu.

Son discours étant la réponse de l'opposition officielle au budget déposé le 19 mars dernier, les règles parlementaires n'en limitent pas la durée.

La manoeuvre d'obstruction devra cependant être suspendue quotidiennement pour l'heure de la période des questions, ainsi qu'à la fin de chaque journée. Et on peut déjà prévoir sa fin, puisque la réponse au budget se fait normalement en quatre jours.


« Je vais continuer à parler à la Chambre des communes [...] jusqu’au moment où M. [Justin] Trudeau mettra fin au camouflage et permettra à tous les témoins de paraître devant le comité »
Pierre Poilievre

La dernière fois qu'une réponse au budget a servi d'outil à une obstruction parlementaire, c'était en avril 2012. Le néo-démocrate Peter Julian avait parlé pendant 14 heures étalées sur les quatre jours.

Il y a deux semaines, les conservateurs ont réussi à faire siéger les parlementaires nuit et jour, en imposant un vote d'une trentaine d'heures. Cet exercice-là aussi avait pour but d'attirer l'attention sur l'affaire SNC-Lavalin.

Vendredi, l'ex-ministre Jody Wilson-Raybould a ajouté de l'eau au moulin de l'opposition en publiant l'enregistrement d'une conversation qu'elle avait eue avec le greffier du Conseil privé, en décembre. On l'y entend répéter à plusieurs reprises qu'elle estime qu'intervenir pour éviter un procès à SNC-Lavalin serait de l'ingérence politique.

Les conservateurs réclament que le comité de la justice ou le comité de l'éthique puisse appeler une douzaine de témoins dont l'ex-ministre. Les libéraux, majoritaires aux deux comités, ont résisté aux demandes de l'opposition. Mardi, les conservateurs tenteront à nouveau de déposer une motion au comité de la justice pour qu'il reprenne l'étude de cette affaire.

L'avenir des deux ex-ministres

Pendant que l'opposition s'évertue à s'assurer que SNC-Lavalin continue de faire les manchettes, des collègues de Mme Wilson-Raybould et de Jane Philpott se demandent si les deux élues ont encore leur place au sein du caucus libéral. Leur sort pourrait être scellé à la prochaine réunion du caucus, mercredi matin.

L'opposition s'est déjà préparée pour cette éventualité.

«Si Justin Trudeau expulse ces dénonciatrices courageuses, ça va être une preuve d'un camouflage et ça va montrer un gouvernement corrompu», a averti le député Poilievre.

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UN JUGE DÉCIDERA SI SNC DEVRA SUBIR UN PROCÈS

L’enquête préliminaire sur les accusations criminelles contre Groupe SNC-Lavalin s’est terminée lundi, laissant à un juge le soin de déterminer s’il y avait suffisamment de preuves pour justifier la tenue d’un procès.

L’audience devant la Cour du Québec, qui est frappée d’une interdiction de publication, porte sur des accusations de fraude et de corruption contre le géant montréalais de l’ingénierie et de la construction.

La procédure a débuté l’automne dernier, lorsque SNC-Lavalin n’a pas réussi à obtenir un accord réparation, une sorte d’accord de plaidoyer qui aurait permis à l’entreprise d’accepter de payer une amende plutôt que de subir un procès.

Au cours des deux derniers mois, SNC s’est retrouvée au cœur d’une tempête politique à la suite de sorties de l’ancienne procureure générale, Jody Wilson-Raybould, qui accuse des hauts fonctionnaires d’avoir fait pression sur elle pour qu’elle casse une décision des procureurs fédéraux, qui avaient choisi de ne pas négocier un accord de réparation avec l’entreprise.

SNC-Lavalin et le premier ministre Justin Trudeau ont tous deux souligné qu’un procès criminel pourrait entraîner le retrait de l’entreprise aux États-Unis et la perte de milliers d’emplois.

La GRC a accusé SNC-Lavalin d’avoir versé près de 47,7 millions $ en pots-de-vin à des fonctionnaires en Libye entre 2001 et 2011. La société, sa division de la construction et une filiale font également face à une accusation de fraude et de corruption pour avoir privé diverses organisations libyennes 129,8 millions $.

Le juge a réservé sa décision, qu’il pourrait dévoiler lorsque l’affaire reviendra devant le tribunal, le 29 mai.