Le 5 février 2018, le DigiHub avait reçu le premier ministre Philippe Couillard pour annoncer la création du Réseau national des pôles régionaux d’innovation. Il était alors accompagné de Philippe Nadeau (directeur général du DigiHub), Michel Angers (maire de Shawinigan), Julie Boulet (ministre responsable de la Mauricie) et Stéphane Billette (ministre délégué aux Petites et Moyennes entreprises, à l’Allègement réglementaire et au Développement économique régional). Un an plus tard, l’avenir du réseau demeure en suspens.

Pôles régionaux d'innovation: «Nous, on y croit»

SHAWINIGAN — Même si l’avancement des démarches pour la création des pôles d’innovation varie beaucoup d’une région à l’autre, les responsables de cette initiative annoncée à pareille date l’an dernier par l’ex-premier ministre Philippe Couillard, à Shawinigan, souhaitent que le travail abattu au cours des derniers mois ne soit pas balayé du revers de la main par le gouvernement caquiste.

Les nouvelles continuent à tomber au compte-gouttes en ce qui concerne l’avenir du Réseau national des pôles régionaux d’innovation (RNPRI). La ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, poursuit l’analyse de ce dossier. Pendant ce temps, les responsables des pôles discutent ensemble de l’opportunité de communiquer une position commune sur l’importance de maintenir ce réseau.

Au cours de la dernière année, les dix-sept régions administratives, en plus des Îles-de-la-Madeleine, avaient désigné un organisme pour prendre ce pôle en charge. Mais la majorité des régions n’ont toujours pas signé leur convention avec le ministère de l’Économie et de l’Innovation. Elles n’ont donc pas encore touché leur première tranche de 400 000 $ qui, en principe, doit avoir été décaissée avant le 31 mars 2019.

La plupart des responsables de pôles interrogés par Le Nouvelliste au cours de la dernière semaine souhaitent que la première année d’exploitation soit décalée, en raison des délais trop serrés. La constitution des pôles et leur orientation a souvent pris plusieurs mois, sans compter que la révision de la ministre met la signature des protocoles sur la glace.

«On souhaite que ce soit temporaire, que l’analyse qui s’en dégage conclue que la pertinence est là», témoigne Éric Laliberté, président du pôle d’innovation régional de l’Abitibi-Témiscamingue (PIRAT). «Il faut que le réseau se mette en place et aille de l’avant sans qu’il y ait d’interminables remises en question sur la pertinence et le fonctionnement de l’ensemble des pôles. Je souhaite que ce ne soit pas trop long et que ça n’aille pas jusqu’à l’annulation du programme, parce qu’il y a eu énormément d’énergie mise dans l’ensemble des territoires au Québec.»

À Laval, la création du pôle régional d’innovation a impliqué pas moins de 48 partenaires. Il s’agit de l’une des rares structures semblables au Québec à avoir signé son protocole avec le ministère.

«Je verrais mal comment le gouvernement pourrait dire qu’il n’est pas pour le développement des régions», commente Hervé Pilon, président du Pôle régional d’innovation de Laval. «Qu’un nouveau gouvernement pose des questions sur quelque chose qui a été lancé en fin de mandat par son prédécesseur, je trouve ça normal. Mais il faut voir le fond de l’affaire, qui est le support au développement des régions.»

«Nous avons une entente signée avec des mandats», fait remarquer M. Pilon. «Je pense qu’on devrait être plus en mode ajustement qu’en mode chambardement majeur.»

À Montréal également, le pôle est bien structuré. Deux organismes déjà existants en ont pris la responsabilité et ont ainsi pu avancer les fonds nécessaires au développement d’une plateforme en ligne et à l’embauche de trois personnes, explique Liette Lamonde, directrice générale de la Fondation Montréal inc. Elle attend des nouvelles du réseau, mais d’ici là, les initiatives déjà entreprises se poursuivent.

Du côté de Québec, le pôle régional d’innovation de la Capitale-Nationale a été délégué à Québec International. Quatre spécialistes doivent être embauchés, mais l’entente avec le gouvernement n’est toujours pas signée.

Dans le Bas-Saint-Laurent, Joël Bourque, directeur de Développement économique La Pocatière, précise qu’un appel de candidatures avait déjà été lancé pour faire fonctionner le nouveau pôle, dont l’entente est signée. Ces démarches se poursuivent malgré l’incertitude, indique-t-il.

Le pôle régional d’innovation des Laurentides possède aussi sa convention avec le ministère. Là également, le processus d’embauche à la direction générale était amorcé avant que tout soit mis sur la glace.

Délais

En Estrie, François Chalifour, président d’Économie Estrie, porteur du pôle d’innovation de cette région, rappelle que la mobilisation a nécessité énormément de rencontres au cours de la dernière année.

«Notre directeur de pôle est choisi», avance-t-il. «Nous sommes prêts à embaucher, à lancer les activités, mais nous sommes en attente d’avoir la signature de notre entente avec le ministère.»

«Nous avons quand même engagé des frais», ajoute M. Chalifour. «On ne peut pas nous demander de travailler sur quelque chose et, au bout de huit mois, nous dire que finalement, ça ne fonctionne plus! En Estrie, à chaque fois qu’on se réunissait, on rassemblait 30 ou 40 personnes. Nous, on y croit et on souhaite que ce dossier se règle le plus rapidement possible.»

M. Laliberté observe que cette période d’incertitude fait perdre un temps précieux aux intervenants économiques des quatre coins de la province. «Au fond, on prend un retard et malheureusement, on laisse un peu de moyens sur la table», déplore-t-il. «Plutôt que de se parler d’innovation, de développement économique, de soutien aux entrepreneurs, on se parle de perte de budgets, de remise en question de réseau. C’est dommage, car en attendant, on est sur le qui-vive et ça nous retarde dans le développement de nos affaires sur le territoire.»