Monsef Derraji, porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation.

Pôles régionaux d’innovation: «Estomaqué par l’attitude de la ministre»

Shawinigan — Le Parti libéral du Québec est revenu à la charge, à l’Assemblée nationale mercredi matin, au sujet de l’avenir du Réseau national des pôles régionaux d’innovation. Monsef Derraji, porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation, n’est pas rassuré par la tournée qu’entreprend lundi, à Shawinigan, la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx.

Selon lui, le temps presse. Les responsables des 18 pôles à travers le Québec veulent être fixés rapidement, plus particulièrement les 12 qui n’ont toujours pas signé leur protocole d’entente avec le ministère de l’Économie et de l’Innovation. Certains d’entre eux ont tout de même engagé des frais, sans maintenant savoir ce qu’il adviendra du soutien gouvernemental de 400 000 $ promis pour la première année d’exercice, qui se termine le 31 mars.

Soumise à ces questions au Salon bleu mercredi, Mme Proulx a répété qu’il fallait prendre une pause pour remettre de l’ordre. Sa tournée lui permettra justement de faire le point, croit-elle.

«Dans ce dossier, l’important, c’est d’avoir l’avis des municipalités, des acteurs de développement socio-économique et de la société civile, qui ont à cœur le développement de chaque région.»

«Ce que nous avons pu constater, c’est que les pôles régionaux d’innovation sont démarrés sur les chapeaux de roues, sans vision, sans mission, sans orientation, sans lien clair avec le milieu», enchaîne Mme Proulx. «Ça a soulevé énormément de questions dans l’ensemble de la population. C’est ce qui nous préoccupe dans ce dossier.»

La ministre a profité de l’occasion pour s’étonner des questions formulées par le député de Nelligan, en rappelant que pendant une quinzaine d’années, les libéraux ont «saccagé et abandonné les régions en fermant les CLD, les conférences régionales des élus, l’aide aux jeunes via les forums régionaux du Québec...»

Cet échange n’a visiblement pas satisfait M. Derraji.

«Je suis vraiment estomaqué par l’attitude de la ministre», dénonce-t-il. «La cassette de toujours revenir avec les CLD... Est-ce qu’elle peut trouver une autre ligne?»

«J’ai de sérieux doutes que la ministre sache de quoi elle parle», ajoute le député libéral. «L’année financière se termine le 31 mars. On est à moins de 45 jours et douze régions n’ont pas encore signé d’entente. Pire encore, l’annulation du lac-à-l’épaule est la réponse claire qu’elle a pris une mauvaise décision. Les pôles voulaient se réunir, faire un plan d’action. Elle est allée faire la politicienne en disant qu’on annule, parce que c’est trop cher... à partir d’un chiffre erroné.»

M. Derraji craint que la pression soit forte, dans certaines régions, pour donner un coup de masse dans ce réseau.

«Est-ce qu’ils se font interpeller par des lobbys?», questionne-t-il. «Veut-on détourner ça pour d’autres organismes et recréer d’autres structures? Sérieusement, je suis déçu qu’une ministre responsable du développement régional et de la promotion de l’innovation ne fasse pas l’effort de rencontrer les gens (plus rapidement).»

Rappelons que mardi, la ministre Proulx a annoncé qu’elle entreprenait, le 18 février à Shawinigan, une tournée québécoise sur le Plan d’action gouvernemental en entrepreneuriat 2017-2022.

«Après, il va rester deux semaines en chambre», précise M. Derraji. «L’année financière sera presque terminée. On met l’innovation sur pause dans les régions parce que Madame la ministre n’a pas le temps.»

Le porte-parole libéral ajoute que cette controverse sème un effet pernicieux chez les partenaires de ces pôles. En effet, chaque milieu doit obtenir des engagements pour au moins 40 % du financement annuel de ces structures avant de signer le fameux protocole d’entente. En termes clairs, chaque pôle doit trouver 266 000 $ dans sa région. Un bon contrat dans le contexte actuel, pointe M. Derraji.

«Depuis que les partenaires privés ont entendu ces réactions, certains ne veulent plus embarquer», note-t-il. «Son geste est très dangereux pour l’écosystème régional. Le signal est négatif et je le regrette. Plutôt que de donner un ton positif, de dire qu’elle croit à l’innovation et au développement régional, elle dit le contraire!»