Le directeur général du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, Philippe Nadeau, n’accorde pas d’entrevue depuis la semaine dernière.

Pôles d'innovation: le lac-à-l’épaule annulé

SHAWINIGAN — La controverse soulevée par le budget réservé à l’organisation du lac-à-l’épaule du Réseau national des pôles régionaux d’innovation a mené à l’annulation de cet événement, prévu les 7 et 8 février à l’Auberge du lac à l’Eau claire, à Saint-Alexis-des-Monts. Aucune nouvelle date n’est encore prévue pour cette activité, alors que l’avenir de ce regroupement est toujours discuté au ministère du Développement régional.

La semaine dernière, La Presse révélait qu’un budget de 70 000 $ était réservé à l’organisation de ce lac-à-l’épaule. Le RNPRI prenait à sa charge tous les frais d’hébergement et de restauration pour les quelque 130 délégués attendus. Cette prévision de dépenses a fait bondir la ministre déléguée au Développement régional, Marie-Ève Proulx, qui a promis un examen de la gouvernance de cet organisme immatriculé au registraire des entreprises en juin 2018.

Rappelons que la direction générale de ce réseau a été confiée à Philippe Nadeau, qui occupe les mêmes fonctions au DigiHub de Shawinigan. L’ex-gouvernement libéral avait désigné cet organisme responsable de la mise en place d’un réseau national dédié au développement régional, lors d’une annonce en février 2018. Le Réseau national des pôles régionaux d’innovation héritait d’un budget de 32 millions de dollars sur quatre ans.

Le château de cartes risque toutefois de s’effondrer avec l’arrivée du gouvernement caquiste. D’une part, la Fédération québécoise des municipalités a alerté la ministre Proulx, à la mi-janvier, afin qu’elle analyse de près les risques de dédoublement avec les structures de développement économique déjà existantes à travers le Québec. Mais surtout, le budget du lac-à-l’épaule prévu la semaine prochaine a accéléré le processus d’examen.

Au cours de la dernière semaine, M. Nadeau n’a jamais voulu faire la moindre déclaration sur cette affaire. Geneviève Beaulieu-Veilleux, responsable des communications au RNPRI, répétait mardi que «nous n’émettrons pas de commentaires sur le sujet», alors qu’il s’agit pourtant d’une organisation qui vit grâce aux deniers publics.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, s’est avancé un peu plus en début de semaine. Président du conseil d’administration du DigiHub, il confirme l’annulation du lac-à-l’épaule à Saint-Alexis-des-Monts.

«Elle (la ministre) a décidé de l’annuler, alors c’est annulé», commente-t-il.

M. Angers a fait du RNPRI un élément de fierté au cours de la dernière année. L’ex-gouvernement libéral avait consacré la réputation du DigiHub en faisant de cet organisme le responsable de la mise en place d’un réseau provincial.

Le maire de Shawinigan demeure plus nébuleux pour la suite des événements, mais on devine qu’il souhaite mettre cartes sur table avec la ministre.

«Nous allons la rencontrer et faire notre bout de chemin», commente-t-il. «On ne peut pas avoir une consigne et après, faire le contraire. Les gens du réseau avaient organisé ce lac-à-l’épaule parce qu’ils avaient le mandat de l’organiser.»

Repris sur le fait que ce n’était pas tant la rencontre qui posait problème que le budget qui y était prévu, M. Angers apporte une réserve.

«Ça ne coûtait pas ça!», avance-t-il. «C’est n’importe quoi. Tout a été justifié, tout est fait. Il s’agit de voir la suite des choses. Je suis convaincu qu’un réajustement va se faire. On verra ce que le ministère veut.»

Alan Bernardi, président - directeur général de Cilex, désigné pôle régional d’innovation en Outaouais en août 2018, déplore l’annulation de ce lac-à-l’épaule.

«Je pense que la rencontre était nécessaire», confie-t-il, tout en comprenant les réserves soulevées par le fameux budget. Il laisse toutefois entendre qu’il ne faut pas perdre de vue l’essentiel.

«Il y a un besoin de rencontre de tous les hubs régionaux», insiste M. Bernardi. «Si on veut une coordination entre les régions, c’est très justifié. Chaque pôle est différent; nous avons tous à apprendre des différentes structures, comment faire les choses et comment s’entraider entre régions.»

Le maire de Shawinigan croit que cette controverse permettra sans doute à la ministre de clairement définir ses attentes en développement régional.

«Nous sommes passés d’un gouvernement libéral à un gouvernement caquiste», termine M. Angers. «Entre les préoccupations du gouvernement libéral et du gouvernement caquiste, il y a peut-être des changements. Le réseau va s’ajuster à ce que le gouvernement du Québec souhaite. (Les caquistes) sont au pouvoir et c’est légitime qu’ils organisent le développement local et régional comme ils le veulent. Nous avons fait des propositions et on verra ce que ça donnera.»