La pêche sur glace, au lac Saint-Pierre, pourrait être malmenée par l'interdit imposé sur les menés vivants.

Poissons appâts vivants interdits au lac Saint-Pierre: manifestation des opposants

Les intervenants qui sont touchés de près ou de loin par la nouvelle réglementation concernant l'utilisation de poissons appâts pour la pêche manifesteront, mercredi, contre la prise de position du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs annoncée la semaine dernière.
La protestation, organisée par Menés.Québec, qui regroupe des distributeurs et des détaillants de menés, se tiendra sur un site d'entreposage de cabanes à pêche situé à Contrecoeur, près de Sorel.
Au moins cinq députés de l'opposition ont confirmé leur présence, de même que des pêcheurs commerciaux, la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec, l'Aire faunique communautaire du lac Saint-Pierre ainsi que des propriétaires de centres de pêche.
Selon les intervenants du milieu, la décision ministérielle met en péril l'industrie de la pêche blanche, au lac Saint-Pierre de même que le travail d'une centaine de pêcheurs de poissons appâts. «Ces gens-là vivent de leur métier et fournissent des commerces», rappelle le directeur général de l'Aire faunique communautaire du lac Saint-Pierre, Stéphane Marin.
Rappelons que la pêche qui utilise des poissons appâts vivants était déjà interdite, mais en été seulement. Il y a quelques jours, le ministère a annoncé que leur utilisation sera désormais interdite aussi sur le fleuve Saint-Laurent en hiver à l'état vivant. Seuls les menés morts seront désormais utilisés dans ce plan d'eau pour la pêche blanche.
Le ministère a confirmé, au cours de la même conférence de presse, qu'un poisson envahissant et très destructeur, la carpe asiatique, a été repéré à plusieurs endroits dans le fleuve et qu'il est maintenant aux portes du lac Saint-Pierre.
Plusieurs organismes ont réagi très négativement au fait que le ministère ait regroupé les deux dossiers dans la même conférence de presse et estiment qu'il n'existe aucun lien entre les deux.
Comme l'explique Stéphane Marin, les frontières sont en effet fermées depuis 2012, au Québec, à l'importation de menés de l'Ontario et des États-Unis. Les poissons appâts qui servent à la pêche, au Québec, sont capturés dans les plans d'eau où ils sont utilisés par la suite, rappelle Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre qui entend bien être de la manifestation lui aussi.
Selon Véronik de la Chenelière, porte-parole de ce dossier du ministère, il serait illusoire d'essayer d'être certain que les poissons appâts utilisés dans le lac Saint-Pierre proviennent tous du lac Saint-Pierre.
L'utilisation d'appâts vivants représente un «vecteur d'espèces aquatiques envahissantes qui ont déjà occasionné des dommages importants au Québec», rappelle-t-elle en citant l'exemple du meunier noir qui a fait chuter les rendements de pêche de 50 % à 70 %.
David Joly, de l'organisme Menés.Québec, indique qu'il est difficile de joindre tous les intervenants pour la rencontre de mercredi puisque plusieurs ne sont pas regroupés en associations. Il invite donc tous ceux et celles qui se sentent interpellés par ce dossier à se présenter, incluant les élus municipaux, mercredi matin, au 15 Chemin de l'Île, à Contrecoeur, près de la jonction des rues Marie-Victorin (route 132) et de la Montée de la Pomme d'or. En cas de mauvais temps, la rencontre se déroulera au Centre multifonctionnel de Contrecoeur, 475 rue Chabot.
Au cours de cette manifestation, «il va y avoir des allocutions et des demandes au ministère», indique Stéphane Marin. «Oui, la carpe asiatique est présente dans le fleuve, mais ils n'ont pas d'études démontrant que les poissons appâts sont les vecteurs de la carpe asiatique», affirme-t-il.
Véronik de la Chenelière assure tout le contraire. Des carpes asiatiques juvéniles, dit-elle, peuvent facilement être confondues avec d'autres espèces «et dans la gamme de tailles et dans l'apparence. Elles sont très proches parentes de nos espèces indigènes et surtout à l'étape juvénile, elles sont extrêmement faciles à confondre avec plusieurs de nos espèces locales», explique-t-elle. «Le risque est vraiment très concret. Étant donné que les enjeux sont tellement grands, on ne veut pas courir ce risque», dit-elle.
Stéphane Marin, de son côté, déplore que le ministère, avant de prendre sa décision «n'ait consulté personne du milieu. Il ne communique plus avec aucun partenaire, ne consulte plus personne», déplore-t-il.